Selon Ouest France, l’ombre de l’eugénisme plane à nouveau sur les débats éthiques en France, alors que les technologies de procréation assistée franchissent de nouvelles étapes. Il y a trente ans, le biologiste Jacques Testard publiait un ouvrage d’alerte intitulé « Le magasin des enfants ». Avec le gynécologue René Frydman, il avait contribué en 1982 à la naissance d’Amandine, premier « bébé-éprouvette » français issu d’une fécondation in vitro. Dans ce livre, Testard mettait en garde contre le risque d’une quête effrénée du « bébé parfait ».
Ce qu’il faut retenir
- 1982 : Naissance d’Amandine, premier bébé français issu d’une fécondation in vitro, co-encadrée par Jacques Testard et René Frydman.
- Années 1990 : Publication par Jacques Testard de l’ouvrage « Le magasin des enfants », alertant sur les dérives potentielles de la sélection génétique.
- 2026 : Le professeur Jacques Le Goff, professeur émérite de droit public à Brest-Quimper et membre de l’ASPDH, estime que les conditions seraient aujourd’hui réunies pour une application concrète des pratiques eugénistes.
- L’ASPDH (Association pour la sauvegarde et la promotion de la dignité humaine) alerte régulièrement sur les risques liés aux manipulations génétiques.
- Les avancées en CRISPR et en diagnostic préimplantatoire (DPI) soulèvent des questions éthiques majeures en France.
Un avertissement historique qui résonne aujourd’hui
En 1996, Jacques Testard publiait « Le magasin des enfants », un essai où il dénonçait le fantasme du contrôle total sur la procréation. Son livre, salué pour sa rigueur scientifique, anticipait les dérives possibles des techniques de sélection génétique. Aujourd’hui, selon Ouest France, son message prend une nouvelle dimension avec les progrès réalisés en matière de génétique et de médecine reproductive. Le professeur Jacques Le Goff, spécialiste de droit public, partage cette analyse. Dans un entretien exclusif, il confirme que « le temps serait venu du passage à l’acte » en matière d’eugénisme.
L’eugénisme, un sujet qui divise les scientifiques et les juristes
Le terme « eugénisme » désigne une pratique visant à améliorer le patrimoine génétique de l’humanité, que ce soit par la sélection des embryons ou par des modifications génétiques. Historiquement associé aux dérives nazies, il soulève aujourd’hui des débats plus subtils. Les techniques de diagnostic préimplantatoire (DPI), autorisées en France depuis 2004, permettent de détecter certaines maladies génétiques avant l’implantation d’un embryon. Mais jusqu’où peut-on aller sans franchir une ligne rouge ?
Pour Jacques Le Goff, « le cadre légal actuel ne suffit plus à encadrer ces pratiques ». Selon lui, les avancées technologiques, notamment en édition génétique (comme la technique CRISPR-Cas9), rendent désormais possible une sélection beaucoup plus large des caractères génétiques. « On peut désormais envisager une sélection non plus seulement pour éviter des maladies, mais pour choisir des traits physiques ou intellectuels », explique-t-il. Une perspective qui interroge les limites éthiques et juridiques.
Les enjeux éthiques au cœur des discussions
Les détracteurs de ces techniques, comme Jacques Testard dans les années 1990, craignent une société où la naissance serait conditionnée par des critères de « perfection ». « Le risque n’est pas seulement médical, mais sociétal », souligne-t-il dans son livre. Les partisans des technologies de procréation assistée, eux, insistent sur les bénéfices concrets : réduction des maladies génétiques, augmentation des chances de survie des embryons, ou encore amélioration des conditions de vie des futurs parents.
Mais pour Jacques Le Goff, la question centrale reste celle du « consentement éclairé ». « Qui décide des critères de sélection ? Et sur quelles bases scientifiques ? » interroge-t-il. L’ASPDH, dont il est membre, milite pour un encadrement strict de ces pratiques. « Nous ne sommes pas contre le progrès médical, mais contre une instrumentalisation de la vie humaine », précise-t-il.
Pour l’instant, la France reste attachée à un principe : la liberté reproductive, mais sous contrôle. La question est de savoir si ce contrôle suffira à éviter les dérives annoncées par Jacques Testard il y a trente ans.
L’eugénisme historique, notamment sous le régime nazi, reposait sur une vision raciale et coercitive, visant à éliminer certaines populations. Aujourd’hui, les pratiques en question, comme le DPI ou l’édition génétique, sont souvent présentées comme des outils médicaux permettant d’éviter des maladies ou d’améliorer la santé des individus. Cependant, les critiques soulignent que ces techniques pourraient, à terme, conduire à une sélection plus large des caractéristiques génétiques, ouvrant la porte à des dérives similaires.