Josef Aschbacher, le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), a tiré la sonnette d’alarme le 18 mai 2026 sur LinkedIn. Selon Numerama, il met en garde contre le risque pour l’Europe de devenir un simple « passager » de l’Histoire spatiale, reléguée au rang de spectatrice impuissante face aux décisions unilatérales des États-Unis.
Ce qu'il faut retenir
- Le projet Lunar Gateway, une station en orbite lunaire impliquant l’Europe, a été suspendu par les États-Unis.
- Le Congrès américain a également réduit le financement du programme Mars Sample Return, auquel participait le Vieux Continent.
- Josef Aschbacher souligne que l’Europe, malgré son excellence technologique, dépend des autres pour ses vols habités.
- L’ESA ne dispose pas encore de programme autonome pour les vols spatiaux habités, contrairement aux États-Unis, à la Chine ou même à la Russie.
- L’unité des 23 États membres de l’ESA est présentée comme la seule solution pour rivaliser avec les budgets pharaoniques des grandes puissances.
Dans son message, Josef Aschbacher évoque deux décisions américaines récentes qui illustrent cette dépendance. D’une part, la suspension du projet Lunar Gateway, une station en orbite lunaire dans laquelle l’Europe était partie prenante. D’autre part, la réduction drastique des financements du programme Mars Sample Return, dont l’objectif était de rapporter sur Terre des échantillons martiens. Ces deux annonces, intervenues à quelques mois d’intervalle, ont placé l’Europe dans une position inconfortable : celle d’un acteur spatial dont les choix sont dictés par d’autres.
Pour Josef Aschbacher, cette situation n’est pas seulement frustrante, elle est dangereuse. « Nos ingénieurs et nos scientifiques comptent parmi les meilleurs, notre industrie est de classe mondiale, et notre modèle institutionnel, qui consiste à rassembler plusieurs nations autour d’objectifs communs tout en accordant la priorité à la sécurité, à la légitimité et à la science, est solide et a fait ses preuves », a-t-il déclaré. Pourtant, malgré ces atouts, l’Europe reste tributaire des autres pour envoyer ses astronautes dans l’espace. Sophie Adenot, par exemple, a dû s’appuyer sur les Américains pour rejoindre l’ISS à bord d’une capsule SpaceX.
Cette dépendance s’explique en partie par l’histoire même de l’ESA. Historiquement, l’Europe a privilégié la coopération internationale, en se concentrant sur des instruments scientifiques ou des modules de service, tandis que d’autres puissances prenaient en charge les segments plus stratégiques, comme les capsules habitées. Une stratégie qui pouvait se justifier dans un contexte de stabilité géopolitique. Mais les revirements de la NASA et la rupture brutale de la collaboration avec la Russie – conséquence de l’invasion de l’Ukraine – ont montré les limites de cette approche. La mission ExoMars, par exemple, a été profondément affectée par le retrait russe, privant l’Europe de son partenaire pour le lancement du rover Rosalind Franklin.
Pourtant, l’ESA n’est pas en reste technologiquement. Avec des programmes emblématiques comme Copernicus (observation de la Terre) ou Galileo (navigation par satellite), elle a démontré sa capacité à mener des missions ambitieuses. La sonde Rosetta, qui a permis l’atterrissage de Philae sur la comète Tchouri en 2014, reste l’une des prouesses les plus remarquées de l’agence. Mais ces succès ne suffisent pas à combler le retard accumulé en matière de vols habités autonomes.
Contrairement à l’Europe, les États-Unis, la Chine, la Russie – malgré son affaiblissement partiel – et même l’Inde, qui développe activement son programme Gaganyaan, disposent déjà de capacités pour envoyer des humains dans l’espace. Un club que l’Europe n’a pas encore rejoint. Josef Aschbacher pose donc une question simple, presque brutale : « L’Europe préfère-t-elle rester dépendante de tiers pour envoyer ses astronautes dans l’espace, ou doit-elle assumer son rôle de puissance spatiale à part entière ? »
La réponse, pour lui, passe nécessairement par une plus grande intégration européenne. « Cette force n’existe que si nous agissons ensemble », a-t-il insisté. « La fragmentation nous affaiblit ; l’unité nous renforce. Les nations européennes doivent résister à la tentation de se replier sur elles-mêmes et de tracer seules leur chemin vers la Lune et au-delà. » Un message qui rappelle la célèbre citation de Paul-Henri Spaak, ancien Premier ministre belge et secrétaire général de l’OTAN : « En Europe, il n’y a que deux types de pays : les petits pays et ceux qui n’ont pas encore réalisé qu’ils étaient des petits pays. »
Pour Josef Aschbacher, le moment d’agir est venu. Plusieurs échéances clés sont attendues dans les prochaines années, notamment en 2028. « Le coût de l’inaction serait bien plus élevé que l’investissement nécessaire », a-t-il prévenu. « L’Histoire n’attendra pas que l’Europe se sente à l’aise et prête ; elle continuera d’avancer, avec ou sans nous. » Le message est clair : sans unité et sans autonomie, l’Europe risque de rester à la remorque des grandes puissances spatiales.
Josef Aschbacher n’a pas caché l’urgence de la situation. Selon lui, chaque année de retard dans la mise en place d’une stratégie commune pourrait creuser un écart difficile à combler. L’objectif n’est pas seulement de rattraper le retard technologique, mais aussi de s’assurer que l’Europe puisse peser sur les décisions qui façonneront l’avenir de l’exploration spatiale.
Reste à savoir si les 23 États membres de l’ESA parviendront à surmonter leurs divergences. L’enjeu est de taille : il s’agit ni plus ni moins de l’avenir de l’Europe en tant que puissance spatiale, capable de décider de son destin plutôt que de le subir.
Selon l’ESA, les programmes Lunar Gateway (station lunaire) et Mars Sample Return (retour d’échantillons martiens) sont directement impactés par les décisions américaines. D’autres missions, comme ExoMars, ont déjà subi les conséquences de la rupture de la coopération avec la Russie.
Historiquement, l’ESA a privilégié la coopération internationale, en se concentrant sur des modules scientifiques ou de service plutôt que sur des capsules habitées. Cette stratégie a montré ses limites avec les revirements américains et le conflit en Ukraine, qui ont fragilisé les partenariats existants.