Alors que l’intelligence artificielle s’impose comme un levier stratégique dans les entreprises, la société française Capgemini estime que l’heure est venue de démontrer sa réelle valeur opérationnelle. Selon Euronews FR, le groupe de conseil en informatique a désigné l’année 2026 comme son « année de vérité » pour cette technologie, un cap crucial pour prouver que l’IA peut être déployée à grande échelle et générer des résultats tangibles.

Ce qu'il faut retenir

  • 2026, l’année décisive : Capgemini a fixé cette échéance pour valider le déploiement massif de l’IA en entreprise et son impact concret sur les opérations.
  • 2 400 emplois supprimés en France : Le groupe précise que ces suppressions, annoncées en janvier 2026, ne sont pas directement liées à l’IA, mais à une réorganisation structurelle.
  • L’IA agentique, future source de valeur : Pascal Brier, directeur de l’innovation, mise sur les systèmes capables d’accomplir des tâches autonomes pour transformer la gestion des opérations.
  • La confiance, clé de voûte de l’adoption : Sans une « chimie » entre humains et IA, la technologie ne pourra pas s’imposer durablement dans les processus métiers.
  • Une souveraineté technologique nuancée : Capgemini rejette l’idée d’une autonomie totale, privilégiant une approche de diversification des modèles et fournisseurs pour limiter les risques.
  • L’IA physique en retrait : Les robots et machines autonomes restent encore en phase expérimentale, freinés par des enjeux réglementaires et techniques.

L’IA à grande échelle : un pari risqué pour les entreprises

Lors du salon VivaTech, à Paris, Capgemini a rappelé que le véritable défi de l’IA ne réside plus dans son adoption, mais dans sa capacité à s’intégrer durablement dans les processus industriels. « Tout le monde ne sortira pas gagnant avec l’IA », a souligné Pascal Brier, directeur de l’innovation du groupe, dans un entretien accordé à Euronews FR. Si les entreprises voient dans cette technologie un moyen de « redéfinir le paysage technologique », beaucoup sous-estiment encore le temps nécessaire pour en maîtriser les rouages et en tirer des bénéfices tangibles.

Le groupe français, qui mise sur 2026 comme année charnière, mise sur la capacité des organisations à prouver que l’IA peut fonctionner à l’échelle, au-delà des projets pilotes. Une ambition qui suppose de surmonter des obstacles organisationnels, techniques et humains, bien au-delà des seules performances algorithmiques.

Humains et IA : l’équation délicate de la « chimie » technologique

Pour Capgemini, le succès de l’IA en entreprise dépend avant tout de la « chimie » entre les collaborateurs et les systèmes intelligents. Une confiance qui, selon Pascal Brier, ne peut s’instaurer que progressivement. « Une technologie ne peut pas réussir si vous ne bâtissez pas cette confiance », a-t-il expliqué. Le dirigeant note que la méfiance initiale des salariés, souvent alimentée par la peur de l’obsolescence, cède généralement la place à l’enthousiasme une fois que les équipes comprennent comment l’IA peut les assister dans leur travail quotidien.

Ce processus d’adoption n’est pas linéaire. Les suppressions d’emplois, comme celles annoncées par Capgemini en janvier 2026 (jusqu’à 2 400 postes en France), illustrent les craintes associées à la transformation numérique. Pourtant, Pascal Brier insiste : ces mesures ne sont pas directement liées à l’IA. « L’IA redéfinit clairement la manière de faire des affaires, a-t-il précisé. Il y a beaucoup de choses que nous allons faire différemment. Mais le fait de les faire différemment ne signifie pas pour autant qu’on va se débarrasser des gens pour y parvenir. »

L’IA physique : un horizon encore lointain

Si l’IA générative a connu une adoption rapide, son pendant physique – robots et machines autonomes – reste en retrait. Selon Capgemini, cette technologie en est encore à un stade précoce, freinée par des enjeux réglementaires et sécuritaires. Pascal Brier a insisté sur la nécessité de créer un environnement « harmonieux » où humains et machines pourraient coexister en toute sécurité. « Il faut que des humains, des machines et des robots coexistent dans le même environnement. C’est pour cela qu’il faut des règles », a-t-il déclaré.

Les priorités ? Protéger les personnes, prévoir des dispositifs d’urgence pour stopper immédiatement un robot en cas de défaillance, et adapter la réglementation de manière progressive. « Personne n’exploite aujourd’hui des flottes de centaines de robots », a rappelé le dirigeant. Contrairement à l’IA générative, dont la diffusion s’est accélérée, l’IA physique nécessitera des années avant de s’imposer massivement dans les environnements industriels.

L’IA agentique, futur moteur de la productivité

Pour Capgemini, la véritable valeur de l’IA réside aujourd’hui dans l’« agentic AI » – des systèmes capables d’accomplir des tâches complexes et de transformer la gestion des opérations en entreprise. « C’est vraiment là que l’IA change notre manière de gérer les opérations dans une entreprise, et c’est là que nous allons obtenir le plus grand retour sur investissement », a affirmé Pascal Brier. Ces agents autonomes, capables de prendre des décisions et d’agir sans intervention humaine constante, pourraient révolutionner des secteurs comme la logistique, la maintenance ou la gestion de la supply chain.

Le dirigeant voit dans cette approche un moyen de maximiser l’efficacité tout en limitant les risques liés à la dépendance à un seul modèle ou fournisseur. Une stratégie qui s’inscrit dans une logique de diversification technologique, essentielle pour garantir la résilience des entreprises face aux aléas géopolitiques ou réglementaires.

Souveraineté technologique : éviter l’isolement tout en limitant les risques

Autre enjeu majeur soulevé par Capgemini : la gestion des dépendances technologiques. Début juin 2026, le gouvernement américain a ordonné à Anthropic de suspendre l’accès de ressortissants étrangers à ses modèles Fable 5 et Mythos 5, contraignant l’entreprise à désactiver ces outils pour l’ensemble de ses clients. Un épisode qui illustre les risques de dépendance à un seul acteur ou modèle d’IA.

Pascal Brier a critiqué une vision « totale » de la souveraineté technologique, qui reviendrait, selon lui, à l’isolement. « Nous ne croyons pas à une souveraineté totale, qui reviendrait à l’isolement », a-t-il déclaré. À la place, le groupe prône une approche pragmatique : diversifier les sources d’IA, en combinant modèles open source et propriétaires, européens et internationaux. « Il existe quelque chose comme 1 000 modèles disponibles sur le marché, explique-t-il. Ils peuvent être petits ou grands, open source ou propriétaires, européens, américains ou chinois. Vous avez le choix. » L’objectif ? « Avoir toujours un plan B » et éviter de se retrouver prisonnier d’une seule technologie.

Et maintenant ?

Pour Capgemini, la période à venir sera déterminante. D’ici la fin 2026, le groupe devra démontrer que l’IA peut être déployée à l’échelle sans désorganiser les entreprises, tout en garantissant la sécurité des salariés et la protection des données. Les prochains mois pourraient voir une accélération des régulations européennes sur l’IA physique, tandis que les entreprises devront trancher entre adoption massive et gestion des risques. Une chose est sûre : l’IA ne remplacera pas les humains, mais ceux qui sauront l’intégrer intelligemment en tireront un avantage concurrentiel décisif.

Interrogé sur les prochaines étapes, Pascal Brier a rappelé que la réussite de l’IA dépendra moins de ses capacités techniques que de la capacité des organisations à l’adopter de manière responsable. « La régulation doit être progressive, a-t-il conclu, et chercher à s’ajuster à la manière dont cette technologie évolue. »