L’intelligence artificielle (IA) s’impose comme un levier majeur pour optimiser le travail des soignants, mais les systèmes de santé peinent à suivre le rythme de son adoption, selon le rapport Future Health Index 2026, publié par le groupe Philips et rapporté par Euronews FR. Basé sur les retours de plus de 2 000 cliniciens et 20 000 patients dans dix pays, ce document met en lumière les gains concrets apportés par l’IA, mais aussi les lacunes des établissements à intégrer ces outils de manière efficace.
Ce qu’il faut retenir
- Plus de 8 professionnels de santé sur 10 sont optimistes quant à l’impact positif de l’IA sur les soins, un chiffre en hausse de 4 points par rapport à 2025.
- 46 % des cliniciens estiment gagner au moins 132 heures par an grâce à l’IA, soit plus de trois semaines de travail à temps plein.
- 65 % des soignants voient leur confiance dans la prise de décision renforcée par l’IA, qui permet aussi d’identifier des erreurs médicales potentielles.
- Près des 2/3 des professionnels se tournent vers des outils d’IA personnels faute de solutions adaptées proposées par leur employeur.
- 70 % des cliniciens soulignent l’absence ou l’insuffisance des formations dédiées à l’IA dans leur organisation.
L’IA, un outil déjà perçu comme indispensable par les soignants
Selon l’étude de Philips, l’IA transforme progressivement les pratiques médicales, depuis la gestion des dossiers patients jusqu’à la prise de rendez-vous. Pour Shez Partovi, directeur de l’innovation chez Philips, « c’est la première année où les cliniciens mesurent un impact tangible de l’IA dans leur quotidien ». Ce dernier souligne que les gains de temps offerts par ces technologies sont particulièrement précieux dans un contexte de pénurie de personnel soignant.
Les bénéfices sont multiples : meilleure répartition des tâches, réduction du stress, optimisation des interactions avec les patients et amélioration de l’équilibre vie professionnelle-vie privée. Autant dire que, pour les soignants, l’IA n’est plus une option, mais une nécessité. Près de la moitié des cliniciens interrogés (46 %) estiment économiser au moins 132 heures par an, un temps qu’ils réinvestissent dans des activités à plus forte valeur ajoutée, comme le suivi personnalisé des patients ou la collaboration interprofessionnelle.
Des usages concrets, mais une adoption qui dépasse les capacités des hôpitaux
Le rapport détaille les principales applications de l’IA par les soignants : retranscription automatisée des comptes rendus, gestion des rendez-vous, analyse accélérée des radiographies, ou encore détection des interactions médicamenteuses dangereuses. 39 % des répondants déclarent avoir vu l’IA prévenir des erreurs médicales au moins trois fois en trois mois. Pourtant, cette adoption rapide se heurte à des limites structurelles.
Shez Partovi explique que « les cliniciens ont un appétit tel pour ces outils qu’ils en utilisent certains en dehors de ceux fournis par leur employeur, faute de solutions internes adaptées ». Près des deux tiers des professionnels se tournent vers des applications personnelles, un phénomène qui illustre le décalage entre la demande et l’offre des établissements. Pire : sept cliniciens sur dix estiment que la formation à l’IA est « inexistante, limitée ou incohérente » dans leur organisation, un constat qui révèle un retard dans l’accompagnement des équipes.
Les systèmes de santé pris de vitesse par le progrès technologique
Le rythme d’adoption de l’IA par les soignants dépasse largement la capacité des hôpitaux à s’adapter. Selon le rapport, les organisations peinent à suivre, tant sur le plan technique que réglementaire. Les questions de confidentialité, de sécurité des données, de gouvernance et de formation spécifique par métier restent en suspens. « Les structures ne savent parfois même pas par où commencer », admet Partovi. Ce retard s’explique aussi par la complexité à intégrer ces outils dans des systèmes informatiques souvent obsolètes ou hétérogènes.
Les enjeux ne se limitent pas à la technique. L’IA soulève des questions éthiques et humaines, comme la préservation des compétences cliniques ou l’équilibre entre automatisation et relation patient-soignant. Près de 96 % des professionnels anticipent une évolution de leur rôle, et 53 % craignent une transformation profonde de leur fonction. Parmi les craintes les plus citées : la perte de compétences techniques (44 %) et le sentiment de ne pas maîtriser suffisamment ces nouveaux outils (37 %).
L’humain reste au cœur des priorités, malgré l’essor de l’IA
Malgré ces bouleversements, les soignants insistent sur la nécessité de maintenir une supervision humaine. 86 % des cliniciens estiment que tous les résultats générés par l’IA doivent être validés par un professionnel, et plus de 80 % rejettent l’idée que l’IA puisse remplacer les liens humains entre soignants et patients. À l’inverse, sept professionnels sur dix considèrent que les compétences en interaction humaine deviendront encore plus cruciales avec l’essor de ces technologies.
Ce paradoxe illustre une tendance forte : l’IA est perçue comme un outil d’assistance, et non comme un substitut. « L’objectif n’est pas de remplacer le jugement clinique, mais de le compléter », précise Shez Partovi. Les soignants voient dans ces technologies un moyen d’alléger les tâches administratives pour se recentrer sur l’essentiel : le soin et l’écoute des patients.
Le rapport Philips souligne que les pays les plus avancés dans ce domaine, comme les États-Unis, les Pays-Bas ou l’Allemagne, serviront probablement de modèles pour les autres. Reste à voir si les budgets alloués à la santé et les politiques publiques suivront le rythme imposé par l’innovation technologique.
Le rapport Future Health Index 2026 couvre dix pays : le Brésil, la Chine, la France, l’Allemagne, l’Inde, l’Indonésie, les Pays-Bas, l’Arabie saoudite, le Royaume-Uni et les États-Unis. Parmi eux, les États-Unis, les Pays-Bas et l’Allemagne sont cités comme les plus avancés dans l’intégration de l’IA en milieu hospitalier, selon les retours des cliniciens interrogés.