« Si la frontière entre le vrai et le faux devient de plus en plus floue, pourquoi ne pas se raconter des histoires… » a lancé Lola Lafon, écrivaine et essayiste, dans une tribune publiée par Libération. Son texte, publié le 15 mai 2026, interroge notre rapport à la vérité à l’ère du numérique, où les récits se superposent et s’entremêlent sans toujours laisser de place à la vérification.

Selon l’auteure, cette porosité croissante entre réalité et fiction n’est pas un phénomène nouveau, mais elle s’est accélérée avec l’avènement des réseaux sociaux et des outils de création d’images artificielles. Libération souligne que son propos s’inscrit dans un débat plus large sur la propriété intellectuelle et la légitimité des récits, notamment lorsque ceux-ci sont générés ou modifiés par des algorithmes. L’écrivaine rappelle que l’imaginaire collectif a toujours été façonné par des histoires, qu’elles soient vraies ou inventées — une réflexion qui prend une résonance particulière en 2026, où l’authenticité semble parfois reléguée au second plan.

Ce qu'il faut retenir

  • L’écrivaine Lola Lafon publie une tribune dans Libération le 15 mai 2026, interrogeant la frontière entre réalité et fiction.
  • Elle y souligne que la confusion entre vrai et faux s’accentue avec les réseaux sociaux et les outils d’IA générative.
  • Son propos porte sur la propriété intellectuelle et la légitimité des récits, qu’ils soient authentiques ou artificiels.
  • La tribune s’inscrit dans un débat contemporain sur l’authenticité à l’ère du numérique.

Une réflexion née dans un contexte technologique en mutation

Dans sa tribune, Lola Lafon rappelle que l’imaginaire humain a toujours reposé sur des récits, qu’ils soient historiques, mythologiques ou purement fictifs. Pourtant, avec l’essor des deepfakes, des images générées par intelligence artificielle et des comptes automatisés sur les réseaux sociaux, la frontière entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas devient de plus en plus ténue. Libération précise que l’auteure évoque notamment le cas des influenceurs virtuels, dont les profils sont entièrement créés par des machines, mais qui interagissent avec des millions de personnes comme s’ils étaient humains.

« Ces avatars numériques posent une question essentielle, écrit-elle : qui possède le droit de raconter une histoire ? » La réponse, selon elle, ne peut être simple, car elle touche à des enjeux juridiques, éthiques et culturels. Les plateformes comme TikTok ou Instagram, qui amplifient ces contenus, deviennent malgré elles des arbitres invisibles de ce qui est considéré comme « vrai ». Lola Lafon note que cette situation interroge aussi la responsabilité des entreprises technologiques, qui, jusqu’à présent, se sont souvent retranchées derrière leur statut de simples hébergeurs.

La propriété intellectuelle face à l’IA : un vide juridique à combler

Un autre point central de la tribune concerne la propriété des récits générés par des outils d’IA. En 2026, plusieurs affaires judiciaires ont déjà ébranlé le droit d’auteur traditionnel : des images, des textes ou des musiques créés par des algorithmes ont été revendiqués par leurs utilisateurs, créant un flou juridique persistant. Lola Lafon cite en exemple une décision récente de l’Union européenne, qui a statué que les œuvres purement générées par IA ne pouvaient pas être protégées par le droit d’auteur — une position que certains pays, comme les États-Unis, commencent à remettre en question.

Pour l’auteure, cette situation révèle une contradiction fondamentale : alors que les outils technologiques permettent de produire des récits à une échelle inédite, le cadre légal reste désespérément en retard. Elle rappelle que, jusqu’à présent, les plateformes comme OpenAI ou Midjourney n’ont pas été tenues responsables des contenus qu’elles génèrent, alors même que ceux-ci peuvent influencer l’opinion publique ou le marché de l’art. « Si l’imaginaire n’a jamais eu de propriétaire, comme elle le souligne, il semble que ce principe doive être réaffirmé à l’ère de l’IA. »

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient faire évoluer ce débat dans les mois à venir. La Commission européenne doit rendre d’ici la fin de l’année 2026 un rapport sur l’adaptation du droit d’auteur à l’ère de l’intelligence artificielle. Parallèlement, des associations de créateurs, comme la SACD en France, militent pour un encadrement plus strict des outils génératifs, afin d’éviter que des œuvres entières ne soient pillées pour « nourrir » les algorithmes.

Reste à voir si les législateurs parviendront à concilier innovation technologique et protection des droits des auteurs — un équilibre que Lola Lafon juge aujourd’hui « plus que jamais nécessaire ».

Son appel à repenser notre rapport aux récits, qu’ils soient humains ou artificiels, invite à une réflexion collective. Car si l’imaginaire a toujours appartenu à ceux qui savent le raconter, la question est désormais de savoir qui, demain, en détiendra les rênes.

L’auteure s’appuie sur ces profils pour illustrer comment des récits entièrement fictifs peuvent gagner en crédibilité auprès du public. Les influenceurs virtuels, souvent présentés comme des « humains », montrent que la frontière entre authenticité et fiction s’efface — un phénomène que Lola Lafon juge symptomatique d’une société où la vérité devient négociable.