L’essor de l’intelligence artificielle générative pourrait, à terme, accentuer l’influence des géants de la tech tout en aggravant la dépendance aux énergies fossiles. C’est l’alerte lancée par Lou Welgryn et Théo Alves Da Costa, spécialistes de l’informatique et cofondateurs de l’association Data for Good, dans un ouvrage à paraître qui interroge les dérives d’un secteur encore peu régulé. Selon Reporterre, ces deux figures du numérique éthique alertent sur les risques d’une « colonisation » accélérée de nos vies par une poignée d’entrepreneurs qu’ils qualifient de « technofascistes ».
Ce qu'il faut retenir
- L’IA générative risque de renforcer le pouvoir des géants de la tech sur nos sociétés.
- Son développement pourrait aggraver la consommation d’énergies fossiles.
- Les auteurs, Lou Welgryn et Théo Alves Da Costa, dénoncent une « colonisation » des vies privées.
- L’association Data for Good milite pour un numérique plus éthique et transparent.
Une technologie aux conséquences environnementales et sociétales majeures
Dans leur livre, les deux auteurs soulignent que l’intelligence artificielle générative, bien que récente, s’impose déjà comme un levier de pouvoir pour les acteurs dominants du secteur technologique. D’après eux, cette domination s’accompagne d’une augmentation de la consommation énergétique, notamment liée à l’entraînement des modèles et à leur exploitation massive. « L’IA générative n’a pas encore totalement colonisé nos vies, mais son emprise croissante risque de renforcer l’influence des géants de la tech », expliquent-ils à Reporterre. Autant dire que le phénomène, encore réversible, pourrait s’accélérer sans un cadre réglementaire strict.
Leur critique ne se limite pas aux aspects énergétiques. Les deux spécialistes s’inquiètent également de la concentration du pouvoir entre les mains d’une minorité d’entrepreneurs, qu’ils décrivent comme des « technofascistes ». Ce terme, volontairement percutant, vise à alerter sur les dérives d’un système où l’innovation technologique primerait sur l’éthique et le bien commun. « Nous assistons à une forme de capture de nos existences par des algorithmes et des plateformes dont les logiques échappent souvent aux citoyens », précise Théo Alves Da Costa.
Data for Good, une réponse militante face à l’hégémonie technologique
Fondée en 2018, l’association Data for Good se positionne comme un contre-pouvoir face aux dérives du numérique. Ses membres, dont Lou Welgryn et Théo Alves Da Costa, plaident pour une utilisation responsable des données et une régulation accrue des technologies d’IA. Leur approche repose sur trois piliers : la transparence, l’inclusivité et la sobriété numérique. « Notre objectif n’est pas de diaboliser l’IA, mais de rappeler que son développement doit être encadré pour servir l’intérêt général », a indiqué Lou Welgryn à Reporterre.
Parmi leurs propositions, les auteurs défendent l’idée d’une fiscalité écologique appliquée aux data centers, ainsi que la mise en place de mécanismes de contrôle démocratique sur les algorithmes. Une démarche qui s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en question de la toute-puissance des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) et autres géants du secteur. « Le boycott de l’IA est une option intéressante aujourd’hui précisément parce que cette industrie n’a pas encore totalement colonisé nos vies », estiment-ils, soulignant que l’action collective pourrait encore influer sur son évolution.
Quels scénarios pour l’avenir de l’IA ?
Si les alertes des deux spécialistes résonnent avec force, leur livre s’inscrit dans un débat plus large sur l’avenir du numérique. D’un côté, les défenseurs de l’IA mettent en avant ses potentialités : optimisation des ressources, avancées médicales, automatisation des tâches pénibles. De l’autre, les critiques, comme Welgryn et Alves Da Costa, rappellent les risques systémiques — dépendance énergétique, perte de souveraineté technologique, ou encore déshumanisation des relations sociales. « Le vrai enjeu n’est pas de savoir si l’IA va dominer nos vies, mais comment elle le fera », résume Théo Alves Da Costa.
Pourtant, des initiatives émergent pour tenter de concilier innovation et éthique. En Europe, le Règlement sur l’intelligence artificielle (IA Act), adopté en 2024 et dont les premières mesures entreront en vigueur en 2026, vise justement à encadrer les usages les plus risqués. Aux États-Unis, des États comme la Californie ou New York ont également commencé à légiférer sur les biais algorithmiques. « Ces avancées sont encourageantes, mais elles restent insuffisantes face à la rapidité d’évolution de la technologie », tempère Lou Welgryn.
En attendant, les auteurs appellent à une mobilisation citoyenne et politique. « L’histoire nous montre que les technologies ne sont jamais neutres. Leur orientation dépend des rapports de force en présence », rappellent-ils. Une prise de conscience collective pourrait-elle, à terme, permettre de reprendre le contrôle sur un secteur devenu trop puissant ? La réponse s’écrit encore.
L’intelligence artificielle générative désigne des systèmes capables de produire du contenu (texte, image, son) à partir de données existantes. Elle est critiquée pour son impact environnemental, lié à la consommation énergétique des serveurs, ainsi que pour les risques de concentration du pouvoir entre les mains de quelques acteurs privés.
Data for Good est une association française fondée en 2018 qui milite pour un numérique plus éthique, transparent et sobre. Ses membres, dont Lou Welgryn et Théo Alves Da Costa, travaillent sur des projets visant à promouvoir une utilisation responsable des données et à limiter l’influence des géants de la tech.