Entre 2016 et 2021, Yossi Cohen a dirigé le Mossad, le service de renseignement extérieur israélien, avant de publier un ouvrage intitulé Combattre pour la liberté. Dans un entretien accordé au Figaro, il analyse la situation géopolitique actuelle d’Israël, trois ans après l’attaque du 7 octobre 2023 et dans un contexte de tensions accrues avec l’Iran.

Ce qu'il faut retenir

  • Yossi Cohen, ancien directeur du Mossad, estime que « l’État d’Israël est obligé de gagner tous les conflits dans lesquels il s’engage ».
  • Il considère que la menace du Hamas et du Hezbollah s’est « très diminuée », mais que celle de l’Iran reste « constitutive de son idéologie ».
  • L’ancien responsable souligne que l’accord signé entre Téhéran et Washington sous l’administration Trump a renforcé la position régionale de l’Iran.
  • Cohen reconnaît une amélioration temporaire de la situation sécuritaire israélienne, sans pour autant exclure de nouveaux conflits.

Une position israélienne renforcée, mais des menaces persistantes

Dans son livre et lors de cet entretien, Yossi Cohen insiste sur l’impératif pour Israël de sortir victorieux de chaque confrontation. « Nous n’avons jamais d’autre choix que de gagner », déclare-t-il, rappelant que les ennemis d’Israël, notamment l’Iran, ont pour objectif de « nous effacer de la carte ». Selon lui, la situation sécuritaire actuelle s’est améliorée, notamment à Gaza où la menace du Hamas est « très diminuée ». La pression exercée sur le Hezbollah au Liban contribue également à cette dynamique, même si Cohen ne précise pas les moyens utilisés pour parvenir à ce résultat.

L’Iran, un adversaire idéologique et stratégique

Pour l’ancien directeur du Mossad, la menace iranienne ne se limite pas à une question militaire. « Détruire l’État d’Israël est constitutif de l’idéologie du régime iranien », affirme-t-il. Cette position, ancrée dans la doctrine des Gardiens de la révolution, explique selon Cohen pourquoi Téhéran continue de soutenir des groupes armés comme le Hamas ou le Hezbollah. Il rappelle que l’accord conclu avec l’administration Trump a renforcé la position de l’Iran dans la région, malgré les promesses américaines de limiter son influence.

L’ancien responsable évoque également les tensions persistantes entre Israël et l’Iran, marquées par des frappes ciblées et des cyberattaques. « La guerre a diminué la menace que fait peser la République islamique sur l’État hébreu, mais seulement de manière temporaire », souligne-t-il. Cohen ne se prononce pas sur la durée de cette accalmie, mais insiste sur le caractère imprévisible du régime iranien.

Une amélioration temporaire de la sécurité israélienne

Malgré les succès militaires récents, Yossi Cohen reste prudent. Il estime que la situation sécuritaire d’Israël s’est « plutôt améliorée », notamment grâce à l’affaiblissement des groupes armés à ses frontières. « Dans la bande de Gaza, la menace du Hamas est très diminuée. Même chose pour le Hezbollah… », déclare-t-il. Ces propos font écho aux opérations menées par Tsahal ces dernières années, mais Cohen ne détaille pas les stratégies employées pour parvenir à ces résultats.

Il met en garde contre toute interprétation hâtive d’une stabilisation durable. Pour lui, la région reste instable, et les succès tactiques ne garantissent pas une sécurité à long terme. « Nous devons rester vigilants, car nos ennemis adaptent leurs stratégies en permanence », précise-t-il. Cohen souligne également l’importance de maintenir une supériorité militaire et technologique pour dissuader toute nouvelle agression.

Et maintenant ?

Dans les mois à venir, Israël pourrait faire face à de nouveaux défis, notamment liés à l’évolution de la situation en Iran. Le régime de Téhéran, confronté à des pressions internes et externes, pourrait adopter une posture encore plus agressive. Par ailleurs, la question de la succession du guide suprême iranien, Ali Khamenei, ajoute une inconnue majeure à l’équation régionale. Israël, de son côté, devra poursuivre ses efforts pour consolider ses gains tactiques tout en évitant une escalade incontrôlée.

Un héritage stratégique à transmettre

Spécialiste de l’Iran et du Liban, Yossi Cohen a marqué son passage à la tête du Mossad par des opérations spectaculaires, comme l’élimination de hauts responsables du programme nucléaire iranien. Son livre, Combattre pour la liberté, revient sur ces années de service et sur les leçons tirées de ses missions. Cohen y aborde notamment la nécessité pour Israël de préserver son avance technologique et ses alliances internationales, dans un contexte où ses adversaires multiplient les tentatives pour le fragiliser.

Dans un environnement où les équilibres régionaux sont constamment remis en cause, ses analyses offrent un éclairage précieux sur les défis futurs d’Israël. « Nous devons continuer à innover, car nos ennemis ne manqueront pas de le faire », conclut-il. Son message, à la fois réaliste et déterminé, reflète la ligne de conduite adoptée par les dirigeants israéliens depuis des décennies : anticiper les menaces, agir avec fermeté et ne jamais sous-estimer les intentions de ses adversaires.

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si l’amélioration temporaire soulignée par Cohen se transforme en une stabilité durable, ou si, au contraire, la région bascule dans une nouvelle phase de tensions.

Selon Yossi Cohen, l’Iran reste idéologiquement engagé à « détruire l’État d’Israël », comme en témoigne son soutien continu au Hamas et au Hezbollah. Cependant, l’ancien directeur du Mossad estime que la menace militaire directe s’est temporairement réduite, notamment en raison des frappes israéliennes et des pressions internationales.