Le gouvernement français encourage activement les ménages à rénover leur habitat pour atteindre, voire dépasser, le meilleur Diagnostic de performance énergétique (DPE), noté A. Pourtant, comme le rapporte Le Figaro, près d’un tiers de ces logements rénovés ne parviennent pas à se protéger efficacement contre les fortes chaleurs, un phénomène appelé à s’intensifier avec le réchauffement climatique.
Ce qu'il faut retenir
- Le gouvernement promeut la rénovation des logements pour atteindre le DPE A, considéré comme le plus performant sur le plan énergétique.
- Près d’un tiers des logements classés DPE A ne résistent pas aux températures estivales élevées, selon Le Figaro.
- Ces logements, conçus pour conserver la chaleur en hiver, peuvent s’avérer peu adaptés aux canicules en été.
- Les températures intérieures peuvent atteindre 25 à 30°C dans ces habitats malgré leur isolation renforcée.
- La problématique touche aussi bien les maisons individuelles que les appartements collectifs.
- Les experts soulignent un déséquilibre dans les normes de construction, optimisées pour l’hiver mais insuffisantes pour l’été.
Des logements conçus pour l’hiver, mais vulnérables en été
Les logements affichant un DPE A sont réputés pour leur excellente isolation thermique, ce qui permet de réduire significativement les besoins en chauffage. Pourtant, cette même isolation, souvent associée à des matériaux comme le double vitrage ou des isolants épais, peut transformer ces habitats en « pièges à chaleur » lors des épisodes caniculaires. Le Figaro souligne que ces logements, qui affichent des températures intérieures agréables en période froide, peinent à évacuer la chaleur accumulée en été. « On a construit des maisons pour qu’elles ne perdent pas leur chaleur en hiver, mais on n’a pas anticipé les vagues de chaleur », explique un expert en rénovation énergétique cité par le quotidien.
Les données recueillies par Le Figaro révèlent que dans certaines régions, comme l’Île-de-France ou la Nouvelle-Aquitaine, les températures intérieures peuvent dépasser les **25°C** dès le mois de juin, alors que les seuils de confort recommandés ne devraient pas excéder **26°C** en journée et **18°C** la nuit. Ces écarts s’expliquent par l’absence de systèmes de rafraîchissement adaptés dans ces logements, pourtant conçus pour être économes en énergie.
Un paradoxe révélateur des limites des normes actuelles
Cette situation illustre un paradoxe des politiques de rénovation énergétique : leur efficacité en hiver se retourne contre elles en été. Les matériaux utilisés pour limiter les déperditions de chaleur en période froide, comme les isolants en laine de roche ou en polystyrène, agissent comme des barrières pour la chaleur estivale. « Les maisons passives ou à énergie positive, qui visent à réduire au maximum les besoins en chauffage, reposent sur une étanchéité à l’air et une inertie thermique qui peuvent s’avérer problématiques en cas de canicule », précise un ingénieur thermique interrogé par Le Figaro.
Certains dispositifs, comme les **volets roulants**, les **brise-soleil** ou les **systèmes de ventilation double flux**, pourraient atténuer ce phénomène. Cependant, leur installation reste marginale dans les logements classés DPE A, car ces solutions ne sont pas encore systématiquement intégrées aux critères de performance énergétique. De plus, leur coût et leur complexité technique freinent leur adoption massive.
Quelles solutions pour concilier performance énergétique et confort estival ?
Face à ce constat, les professionnels du secteur appellent à une révision des normes de construction et de rénovation. L’une des pistes évoquées consiste à intégrer, dès la conception, des **solutions hybrides** combinant isolation renforcée et gestion active de la chaleur. Cela pourrait passer par l’utilisation de matériaux à changement de phase (MCP), capables d’absorber la chaleur en journée et de la restituer la nuit, ou encore par l’installation de **systèmes de rafraîchissement passifs**, comme les puits canadiens ou les dalles actives.
« Il faut repenser la notion de performance énergétique en y intégrant un volet confort d’été », insiste un architecte spécialisé en bioclimatisme. Selon lui, les prochaines réglementations thermiques, comme la **RE 2025**, devraient rendre obligatoire l’évaluation des performances estivales des logements, au même titre que celles hivernales. Cette évolution est d’autant plus urgente que, d’après Météo-France, les vagues de chaleur pourraient concerner **jusqu’à 80 % du territoire** d’ici 2050, contre 10 % aujourd’hui.
Cette problématique dépasse le cadre individuel : elle interroge la capacité des politiques publiques à anticiper les effets du changement climatique sur le parc immobilier. En attendant, les ménages qui ont investi dans un DPE A doivent souvent compléter leur installation avec des solutions de rafraîchissement, au risque de voir leurs économies d’énergie annulées par la climatisation.
Ces logements sont conçus pour conserver la chaleur en hiver grâce à une isolation renforcée et une étanchéité à l’air optimale. En été, cette même isolation empêche la chaleur de s’évacuer naturellement, transformant les habitats en « pièges à chaleur ». Les matériaux utilisés, bien que performants pour l’hiver, ne permettent pas une gestion active de la chaleur estivale.