La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé ce mardi 10 juin 2026 d’élargir les sanctions contre la Russie en interdisant l’entrée dans l’Union européenne à toute personne ayant servi dans l’armée russe depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, en février 2022. Cette mesure, inédite dans l’histoire des sanctions européennes, vise à « que l’Europe reste fermée à quiconque ayant participé à l’invasion de l’Ukraine », a-t-elle souligné selon BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • 620 000 visas délivrés en 2025 par les 27 États membres de l’UE à des ressortissants russes, en hausse de 10,2 % par rapport à 2024, malgré la guerre en Ukraine.
  • La France représente à elle seule près de 30 % de ces visas, soit le plus grand nombre parmi les pays européens.
  • L’UE envisage pour la première fois d’interdire l’entrée aux anciens militaires russes depuis février 2022.
  • Depuis 2022, l’UE a suspendu son accord facilitant l’obtention de visas pour les Russes, réduisant drastiquement leur nombre par rapport à la période pré-invasion.
  • Une dizaine de pays européens, dont les pays baltes, réclament des mesures plus strictes, tandis que d’autres, comme la France, l’Italie ou l’Espagne, s’y opposent.

Une proposition de sanctions inédite pour cibler les anciens militaires russes

La Commission européenne a présenté ce 10 juin 2026 un nouveau paquet de sanctions contre Moscou, incluant pour la première fois une interdiction d’entrée pour les anciens soldats ayant participé à l’invasion de l’Ukraine. Cette mesure s’ajoute à des restrictions déjà en vigueur dans les domaines du pétrole, de la pêche et du commerce avec certaines entreprises chinoises. « Nous devons veiller à ce que l’Europe reste fermée à quiconque ayant participé à l’invasion de l’Ukraine », a déclaré Ursula von der Leyen selon BFM Business.

Dès 2022, l’UE avait suspendu son accord facilitant l’obtention de visas pour les citoyens russes, une décision qui avait entraîné une baisse significative du nombre de titres accordés. Pourtant, en 2025, 620 000 Russes ont obtenu un visa Schengen, principalement pour des motifs touristiques. Un chiffre en progression de 10,2 % par rapport à 2024, alors que le conflit en Ukraine se poursuit.

La France, premier pays européen à délivrer des visas aux Russes

Parmi les 27 États membres, la France se distingue en étant le pays ayant accordé le plus grand nombre de visas aux ressortissants russes en 2025. Selon les données d’Euractiv rapportées par BFM Business, Paris a délivré près de 30 % des titres de séjour ou de voyage aux Russes l’an dernier. Ce chiffre place la France largement en tête, devant l’Italie et l’Espagne, qui complètent le podium des pays les plus généreux en matière de visas.

Cette situation contraste avec les appels répétés de certains États membres, comme les pays baltes, à durcir les conditions d’entrée des Russes en Europe. Dès 2022, après l’invasion de l’Ukraine, l’UE avait déjà suspendu son accord de facilitation des visas, mais cette mesure n’a pas empêché une reprise progressive des demandes en 2025. — Une dynamique qui pourrait évoluer si la proposition d’Ursula von der Leyen est adoptée.

Un clivage entre pays européens sur la question des visas aux Russes

Alors que certains États, notamment les pays baltes, militent pour des restrictions plus strictes, d’autres, comme la France, l’Italie ou l’Espagne, freinent des quatre fers. Ces pays estiment que des centaines de Russes sont déjà soumis à des sanctions individuelles interdisant leur entrée dans l’UE. Pour eux, cibler davantage les citoyens ordinaires reviendrait à pénaliser des voyageurs qui viennent en Europe pour des raisons touristiques ou professionnelles, dans des pays perçus comme des havres de liberté.

Cette division s’est illustrée début juin 2026, lorsque dix pays européens ont réclamé à la Commission européenne des « mesures restrictives et contraignantes » pour limiter l’afflux de touristes russes. Parmi les signataires ne figuraient ni la France, ni l’Italie, ni l’Espagne. — Une position que certains observateurs qualifient de pragmatique, voire de nécessaire pour éviter une radicalisation accrue de l’opinion publique russe, comme le suggère Ioulia Navalnaïa, veuve de l’opposant russe Alexeï Navalny.

« Dans le but de favoriser la paix en Europe, il est contre-productif d’aider les autorités russes à isoler la société russe. »
— Ioulia Navalnaïa, dans une lettre adressée à la haute représentante de l’UE Kaja Kallas en septembre 2025, avant que l’UE n’interdise les visas à entrées multiples.

Un débat qui dépasse les simples questions migratoires

Le débat autour des visas aux Russes s’inscrit dans un contexte plus large de tensions géopolitiques et de désaccord entre États européens sur la manière de gérer la guerre en Ukraine. Pour les partisans d’une ligne dure, comme les pays baltes, toute présence russe en Europe, même touristique, est susceptible de financer indirectement le régime de Vladimir Poutine. À l’inverse, les pays plus modérés estiment que des restrictions trop strictes risquent d’isoler davantage la société russe et de jouer en faveur de la propagande du Kremlin.

En septembre 2025, Ioulia Navalnaïa avait déjà alerté sur ce risque dans une missive adressée à Kaja Kallas, alors haute représentante de l’UE. Pour elle, des mesures comme l’interdiction des visas à entrées multiples risquent de donner des arguments à Moscou, qui présente l’Occident comme hostile au peuple russe dans son ensemble. — Un argument qui résonne particulièrement dans un contexte où la guerre en Ukraine s’enlise et où les sanctions peinent à produire les effets escomptés.

Et maintenant ?

La proposition d’Ursula von der Leyen devra être soumise à l’approbation des États membres avant de pouvoir entrer en vigueur. Une décision pourrait intervenir d’ici la fin de l’année 2026, voire au premier semestre 2027, si les discussions aboutissent. Dans l’immédiat, rien n’indique que la France ou les autres grands pays européens favorables aux visas aux Russes aient l’intention de revoir leur position. — Autant dire que le débat, déjà vif, risque de s’intensifier dans les mois à venir.

La question des visas aux Russes illustre ainsi les divisions persistantes au sein de l’UE sur la meilleure stratégie à adopter face à Moscou. Entre fermeté et pragmatisme, le Vieux Continent peine à trouver un équilibre, alors que la guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année sans perspective de paix en vue.

En 2025, la France a accordé près de 30 % des 620 000 visas délivrés par les 27 États membres de l’UE aux ressortissants russes, selon BFM Business. Elle est suivie par l’Italie et l’Espagne, qui complètent le trio de tête.

La proposition de la Commission européenne devra être approuvée par les États membres. Si les discussions aboutissent, une décision pourrait être prise d’ici la fin de l’année 2026 ou au premier semestre 2027. Aucune date précise n’a encore été fixée.