L’Union européenne devrait adopter ce mercredi 21 mai 2026 une réforme majeure de sa politique migratoire, incluant la création de « hubs de retour » pour migrants en dehors de son territoire. Cette initiative, portée par la Commission européenne depuis plus d’un an, vise à augmenter le nombre d’expulsions des personnes dont la demande d’asile a été rejetée. Selon Le Figaro, plusieurs États membres comme le Danemark, l’Autriche ou l’Allemagne ont déjà anticipé cette décision en préparant des accords avec des pays tiers potentiels.
« Ce n’est pas un texte de plus, mais la condition pour reprendre le contrôle de la politique migratoire en Europe », a affirmé l’eurodéputé français François-Xavier Bellamy à l’AFP. Cette déclaration résume l’ambition affichée par les partisans d’une ligne migratoire plus stricte, alors que seulement 20 % des décisions de renvoi aboutissent actuellement dans l’UE. Ce chiffre, régulièrement mis en avant, illustre selon eux les limites de la gestion actuelle des flux migratoires.
Ce qu'il faut retenir
- L’UE doit approuver ce 21 mai 2026 une réforme migratoire autorisant la création de centres pour migrants hors d’Europe, appelés « hubs de retour ».
- Seuls 20 % des renvois de migrants dont la demande d’asile a été rejetée aboutissent actuellement dans l’UE.
- Le texte inclut des mesures plus strictes comme la confiscation de documents d’identité ou des interdictions d’entrée prolongées pour les migrants en situation irrégulière.
- Cinq pays européens, dont l’Allemagne et le Danemark, sont particulièrement actifs pour concrétiser ces projets avant la fin de l’année.
Des centres à l’étranger pour faciliter les expulsions
Les « hubs de retour » proposés par la Commission européenne permettraient aux États membres d’envoyer des migrants dans des centres installés dans des pays tiers, une fois leur demande d’asile rejetée. Ces structures, destinées à accélérer les procédures de renvoi, s’ajoutent à d’autres mesures comme des sanctions renforcées contre les migrants refusant de quitter le territoire européen. Selon Le Figaro, des confiscations de documents d’identité, des détentions administratives et des interdictions d’entrée prolongées sont envisagées pour les récalcitrants. Ces propositions rencontrent un écho favorable auprès des partis de droite au Parlement européen et d’une majorité d’États membres.
Pourtant, ce projet divise profondément. La gauche et plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) dénoncent une violation du droit international. « Loin de résoudre le problème qu’elles prétendent traiter, à savoir la réduction de la migration irrégulière, ces propositions risquent de précipiter davantage de personnes dans des situations précaires », a alerté Olivia Sundberg Diez, responsable chez Amnesty International. Le débat s’annonce donc tendu lors de l’adoption finale du texte, prévue en fin de journée ce mercredi.
L’Italie avait ouvert la voie en Albanie, mais avec des résultats mitigés
L’idée de créer des hubs pour migrants en dehors de l’UE n’est pas nouvelle. Elle a été testée par l’Italie en Albanie, sous l’impulsion de la Première ministre Giorgia Meloni. Ce centre, ouvert en début d’année, n’a pourtant accueilli qu’une centaine de personnes, en raison de contestations judiciaires. Selon une source au sein des autorités italiennes, il comptait environ 90 résidents début 2026. Un autre accord, signé entre le Royaume-Uni et le Rwanda, a été abandonné en raison d’obstacles juridiques, illustrant les difficultés rencontrées par ce type de projets.
Pour éviter de reproduire les mêmes erreurs, cinq pays européens, dont l’Allemagne et le Danemark, se réunissent régulièrement à Bruxelles pour affiner leurs stratégies. Une liste d’une dizaine de pays potentiels a été établie, parmi lesquels le Rwanda, l’Ouzbékistan et l’Ouganda. L’Allemagne, très active sur ce dossier, a indiqué vouloir signer des premiers accords « d’ici la fin de l’année ». La France et l’Espagne, en revanche, restent plus sceptiques sur l’efficacité de ces centres et adoptent une position attentiste.
L’UE explore d’autres pistes, comme la collaboration avec les talibans
En parallèle de ces négociations, l’UE tente d’autres approches pour faciliter les expulsions. Le 15 mai 2026, la Commission européenne a annoncé avoir invité une délégation de responsables talibans à Bruxelles pour discuter du renvoi de migrants en Afghanistan. Cette initiative a suscité une vague de critiques de la part de la gauche et des ONG, qui y voient une normalisation des relations avec un régime non reconnu. Malgré les réserves, cette démarche montre la volonté de l’UE d’explorer tous les moyens possibles pour réduire les flux migratoires irréguliers.
Les opposants à ces mesures rappellent que les projets de centres à l’étranger s’inscrivent dans une logique de durcissement général. Entre 2025 et 2026, l’agence européenne Frontex a enregistré une baisse de 20 % des entrées irrégulières dans l’UE, mais cette tendance ne suffit pas à apaiser les tensions entre États membres sur la meilleure façon de gérer la crise migratoire.
Les discussions devraient également se poursuivre sur les autres volets du pacte migratoire européen, notamment sur les mécanismes de solidarité entre États membres et les conditions d’accueil des demandeurs d’asile. L’équilibre entre fermeté et respect des droits fondamentaux restera au cœur des débats dans les mois à venir.
Les pays les plus engagés sont l’Allemagne, le Danemark, l’Autriche, les Pays-Bas et la Pologne. Ces États ont déjà commencé à identifier des pays tiers potentiels et à préparer des accords, avant même l’adoption officielle du texte par l’UE.