Le gouvernement de transition malgache a annoncé son intention de renforcer le contrôle de l’État sur le secteur minier, une mesure présentée comme un levier pour relancer l’économie du pays. Cette décision intervient alors que le groupe japonais Sumitomo a confirmé, le 1er mai 2026, son retrait des opérations minières à Madagascar, un signal perçu comme défavorable par les investisseurs étrangers. Selon Le Monde, cette stratégie s’inscrit dans un mouvement plus large de recentralisation des ressources stratégiques, visant à sécuriser les revenus publics et à répondre aux pressions internes comme externes.
Le secteur minier, qui représente une part significative des exportations de Madagascar, est au cœur des ambitions économiques du régime actuel. Les autorités locales justifient cette reprise en main par la nécessité de lutter contre l’évasion fiscale et d’optimiser la valorisation des ressources naturelles. « Nous devons tirer un meilleur parti de nos richesses minières pour financer les priorités nationales », a déclaré un haut responsable gouvernemental sous couvert d’anonymat. Pourtant, le départ de Sumitomo, partenaire historique dans l’exploitation de certains gisements, pourrait fragiliser la confiance des investisseurs, déjà ébranlée par les incertitudes politiques persistantes.
Ce qu'il faut retenir
- Le gouvernement malgache entend renforcer le contrôle de l’État sur le secteur minier pour relancer l’économie nationale.
- Sumitomo, groupe japonais, a annoncé son retrait des opérations minières à Madagascar le 1er mai 2026.
- Cette décision est perçue comme un mauvais signal par les investisseurs étrangers, déjà prudents face aux risques politiques.
- Les autorités invoquent la lutte contre l’évasion fiscale et l’optimisation des revenus miniers comme motivations principales.
Un secteur minier sous haute tension politique
Madagascar dispose de ressources minières variées, notamment de nickel, de cobalt et de graphite, des minerais essentiels pour les industries technologiques et énergétiques mondiales. Le gouvernement de transition, en place depuis 2023, mise sur ces ressources pour attirer des capitaux et réduire la dépendance aux aides internationales. « L’État doit jouer un rôle central pour garantir que ces ressources profitent au développement national », a expliqué un conseiller du ministère des Mines. Pourtant, les réformes annoncées peinent à convaincre les acteurs privés, freinés par les incertitudes juridiques et les lenteurs administratives.
Les tensions entre le pouvoir et les investisseurs étrangers ne datent pas d’hier. Plusieurs multinationales ont déjà réduit leurs engagements après des changements réglementaires jugés imprévisibles. En 2025, un rapport de la Banque mondiale avait pointé du doigt la nécessité de clarifier le cadre légal pour rassurer les partenaires économiques. À ce jour, aucune annonce officielle n’a été faite concernant des compensations ou des garanties pour les entreprises en place, ce qui alimente les craintes d’un durcissement des conditions d’exploitation.
Les conséquences du retrait de Sumitomo sur l’économie malgache
Le départ de Sumitomo, qui opérait dans plusieurs projets miniers à Madagascar, pourrait entraîner une baisse des investissements directs étrangers. Le groupe japonais était impliqué dans l’exploitation de gisements de nickel dans la région de Toliara, une zone stratégique pour l’économie locale. « La perte d’un acteur majeur comme Sumitomo est un coup dur pour notre secteur », a reconnu un économiste basé à Antananarivo. Les autorités malgaches tentent de minimiser l’impact en promettant des alternatives, mais les délais nécessaires pour attirer de nouveaux investisseurs pourraient peser sur les recettes fiscales à court terme.
Par ailleurs, le retrait de Sumitomo intervient dans un contexte où Madagascar cherche à diversifier ses partenariats économiques. La Russie et la Chine ont récemment manifesté un intérêt croissant pour les ressources minières du pays, mais ces approches suscitent des interrogations quant à leur durabilité et à leur alignement avec les standards internationaux. Les ONG locales alertent déjà sur les risques environnementaux et sociaux liés à une exploitation accélérée, sans cadre strict.
Cette stratégie de recentralisation des minerais stratégiques soulève des questions plus larges sur l’avenir économique du pays. Si le régime mise sur une souveraineté accrue, les experts s’interrogent sur la faisabilité d’une telle transition sans aliéner les partenaires traditionnels. Une chose est sûre : la balle est désormais dans le camp des autorités malgaches.