Le groupe chinois Weichai, leader mondial des moteurs et engins industriels, a pris le contrôle jeudi du constructeur italien Ferretti, malgré l'opposition d'un actionnaire tchèque qui dénonce un « manque de transparence » dans cette opération. Selon BFM Business, le conglomérat KKCG, détenu par le milliardaire Karel Komarek, a immédiatement saisi le gouvernement italien pour demander une intervention.
Cette prise de contrôle, validée par 52,3 % des voix lors d'un conseil d'administration, intervient dans un contexte de tensions internes chez Ferretti. Le groupe, spécialisé dans la construction de yachts de luxe (Riva, Pershing, Itama) et de voiliers (Wally), emploie plus de 3 500 salariés dans sept chantiers navals du nord de l'Italie. Weichai, actionnaire majoritaire avec 39,5 % du capital, a nommé huit nouveaux représentants au conseil d'administration, une décision contestée par KKCG, qui possède désormais 23,23 % des actions.
Ce qu'il faut retenir
- Le groupe chinois Weichai a pris le contrôle du constructeur italien Ferretti avec 52,3 % des voix au conseil d'administration, selon BFM Business.
- L'actionnaire tchèque KKCG, détenu par Karel Komarek, détient désormais 23,23 % du capital et dénonce des « manquements à la transparence ».
- Ferretti, leader mondial des yachts de luxe, emploie plus de 3 500 salariés dans sept chantiers navals italiens.
- Weichai, groupe public chinois basé dans le Shandong, était entré au capital de Ferretti en 2012 alors que l'entreprise était lourdement endettée.
- L'action Ferretti a chuté de 4,4 % à la Bourse de Milan jeudi, clôturant à 3,56 €.
Une prise de contrôle contestée malgré une majorité solide
Jeudi 8 mai 2026, le conseil d'administration de Ferretti a validé la liste des nouveaux représentants proposés par Weichai, obtenant 52,3 % des votes. Cette décision marque une victoire pour le groupe chinois, déjà actionnaire principal avec 39,5 % des parts. Weichai a nommé huit nouveaux membres au conseil, dont Stassi Anastassov, ancien dirigeant de Duracell et proposé comme nouveau directeur général. Sa confirmation est attendue lors du prochain conseil, prévu vendredi 9 mai.
Côté tchèque, KKCG a réagi immédiatement en dénonçant une possible « action de concert » de Weichai. Dans un communiqué, le conglomérat a évoqué des « prises de participation chinoises récentes » et des « manquements aux obligations de transparence ». KKCG a également demandé à la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, d'utiliser le « golden power », un droit de regard sur les actifs stratégiques pour l'Italie. Ferretti produit en effet des vedettes pour les forces de sécurité, ce qui en fait un secteur sensible.
Des tensions internes et un passé compliqué
Cette bataille d'actionnaires s'inscrit dans un contexte de désaccords persistants au sein de Ferretti. Le directeur général, Alberto Galassi, en poste depuis douze ans, a été accusé par Weichai de marginaliser ses représentants au sein de la direction. Le groupe chinois a justifié sa prise de contrôle par la nécessité de redresser l'entreprise, entrée au capital de Weichai en 2012 alors qu'elle était lourdement endettée et touchée par la crise financière de 2009.
Weichai, basé dans la province du Shandong, est un géant industriel chinois comptant 100 000 salariés dans le monde. Spécialisé dans les utilitaires, les engins de construction et les moteurs, il a développé une stratégie d'expansion internationale, notamment en Europe. Pour Ferretti, cette prise de contrôle pourrait s'accompagner d'un changement de gouvernance radical, avec la nomination de Stassi Anastassov à la tête du groupe.
Un actionnaire tchèque en quête de protection
KKCG, détenu par Karel Komarek, a tenté dès début 2026 de renforcer sa position au sein de Ferretti. Après avoir porté sa participation de 14,5 % à 23,23 % pour un investissement de 115 millions d'euros, le groupe tchèque a vu ses efforts réduits à néant par l'offensive de Weichai. Dans un communiqué, KKCG a souligné ses « sérieuses préoccupations » quant à la transparence des opérations et a exigé que le gouvernement italien examine la situation sous l'angle de la sécurité économique.
Pour Komarek, concurrent direct de Weichai, cette prise de contrôle représente une menace stratégique. Ferretti est en effet un fleuron industriel italien, dont les yachts sont vendus dans le monde entier. La chute de 4,4 % de son action à la Bourse de Milan jeudi reflète les incertitudes des marchés face à cette transition.
« Nous exprimons nos sérieuses préoccupations quant à une possible action de concert menée par des actionnaires affiliés à Weichai, ainsi que d'éventuels manquements aux obligations de transparence. » — Communiqué de KKCG, 8 mai 2026
Un secteur stratégique sous haute surveillance
Ferretti n'est pas seulement un acteur du luxe : ses chantiers navals produisent également des vedettes pour les forces de sécurité italiennes. Cette double casquette en fait un secteur sensible, susceptible de justifier l'intervention de l'État via le « golden power ». Giorgia Meloni, en pleine réunion d'information au Sénat le 9 avril 2026, n'a pas encore pris position sur le dossier. Son gouvernement devra trancher entre la nécessité de préserver des emplois et les enjeux de souveraineté industrielle.
Weichai, groupe public chinois, a déjà investi massivement dans des secteurs stratégiques en Europe, notamment dans l'automobile et l'énergie. Sa prise de contrôle de Ferretti s'inscrit dans une logique d'expansion, mais elle intervient dans un contexte géopolitique tendu. L'Italie, membre clé de l'UE, est particulièrement vigilante face aux investissements chinois dans ses industries critiques.
Cette affaire illustre les tensions croissantes entre l'Europe et la Chine sur les investissements industriels. Pour Ferretti, le défi sera de concilier son héritage italien avec les ambitions stratégiques de Weichai, tout en rassurant ses partenaires commerciaux et ses clients.
Le gouvernement italien pourrait utiliser le « golden power », un droit de regard sur les actifs stratégiques, car Ferretti produit des vedettes pour les forces de sécurité. Cette mesure permet à l'État de bloquer ou encadrer des prises de contrôle jugées contraires à l'intérêt national.
Pour l'instant, aucune suppression d'emplois n'a été annoncée. Weichai a indiqué vouloir redresser l'entreprise, ce qui pourrait, à terme, stabiliser ou renforcer les activités. Cependant, les changements de gouvernance s'accompagnent souvent de réorganisations internes.