Près de huit Français sur dix souffriront, à un moment ou à un autre de leur existence, de douleurs dorsales. Avec quelque quatre à cinq millions de consultations médicales chaque année en France, les lombalgies figurent parmi les motifs de consultation les plus fréquents en médecine générale. Dans ce contexte, le docteur Charlotte Pauwels, médecin de rééducation à l’hôpital Albert-Chenevier de Créteil et spécialiste des troubles musculo-squelettiques, livre ses recommandations sur la prévention et la prise en charge de ces douleurs. Elle met notamment en garde contre les effets du tabac et de la sédentarité, tout en insistant sur l’importance de l’activité physique, comme elle l’a expliqué à Franceinfo – Santé.
Ce qu'il faut retenir
- 80 % de la population française seront touchés par au moins un épisode de mal de dos au cours de leur vie, selon les estimations de la spécialiste.
- La lombalgie, douleur localisée au bas du dos, représente la forme la plus fréquente, en raison des contraintes biomécaniques exercées sur cette zone.
- Le tabac est identifié comme un facteur de risque majeur pour la dégradation des disques intervertébraux, sans possibilité de retour en arrière une fois endommagés.
- La sédentarité et les postures prolongées, comme rester assis devant un bureau, aggravent significativement les risques de lombalgies.
- L’activité physique régulière, même modérée, constitue le premier traitement recommandé pour prévenir et soulager les douleurs dorsales.
- Le surpoids augmente les contraintes mécaniques sur la colonne vertébrale, mais une perte de poids progressive, même minime, peut améliorer significativement la situation.
Le mal de dos, une pathologie quasi universelle
Le mal de dos, souvent qualifié de « mal du siècle », touche une majorité de la population à un moment donné de sa vie. D’après le docteur Charlotte Pauwels, 80 % des Français souffriront d’au moins un épisode lombalgique au cours de leur existence. « Heureusement, précise-t-elle, il s’agit généralement d’un épisode court, après lequel les personnes reprennent une vie normale. » Cependant, pour environ 10 % d’entre eux, ces douleurs évoluent vers une forme chronique, définie par une persistance des symptômes au-delà de trois mois. Dans ces cas, la lombalgie devient la troisième cause de handicap chez les plus de 45 ans, avec des répercussions majeures sur la vie professionnelle et quotidienne.
Les douleurs les plus courantes sont les lombalgies, qui concernent la partie basse du dos. Cette zone, particulièrement sollicitée en position assise comme debout, est aussi celle où l’arthrose se développe progressivement avec l’âge. « C’est une zone contraignante sur le plan biomécanique, explique la spécialiste. Les contraintes répétées, couplées à la dégénérescence naturelle des tissus, favorisent l’apparition de ces douleurs. »
Tabac et sédentarité : deux ennemis du dos
Parmi les facteurs aggravants identifiés par la docteure Pauwels, le tabac occupe une place centrale. « C’est un facteur de risque majeur », souligne-t-elle. La consommation de cigarettes endommage les disques intervertébraux, qui jouent un rôle d’amortisseurs pour la colonne vertébrale. Or, une fois ces disques abîmés, il n’est pas possible de revenir en arrière. « L’un des premiers conseils que je donne à mes patients est d’arrêter de fumer », insiste-t-elle. Le tabac, en réduisant l’oxygénation des tissus et en favorisant l’inflammation, accélère en effet la dégradation des structures vertébrales.
Autre fléau moderne : la sédentarité. Rester assis pendant de longues heures, que ce soit devant un bureau ou un écran, exerce une pression constante sur le bas du dos. « Le premier traitement de la lombalgie, c’est l’activité physique, quelle qu’elle soit », rappelle la spécialiste. Même en cas de lumbago aigu, où la douleur est intense et invalidante, il est crucial de continuer à bouger, dans la limite du supportable. « Nous ne disons surtout pas aux patients d’arrêter de bouger ou de rester alités jusqu’à ce que cela passe. C’est même ce qui risque d’aggraver la douleur. » À l’inverse, une mobilisation progressive permet souvent d’accélérer la guérison et d’éviter les rechutes.
L’activité physique, clé de voûte de la prévention et du traitement
Pour prévenir les douleurs dorsales, la docteure Pauwels recommande une pratique régulière d’exercices physiques. « Toute activité physique est bonne à prendre », assure-t-elle. La course à pied, par exemple, n’est pas contre-indiquée en cas de lombalgie, à condition de l’adapter à son niveau et de ne pas forcer. L’idéal consiste à pratiquer une activité au moins trois fois par semaine, sans intensité excessive. « L’objectif n’est pas de devenir un athlète, mais de maintenir le dos en bon état », précise-t-elle.
Pour ceux qui manquent de temps ou de motivation, elle conseille de réaliser quotidiennement des exercices à domicile, d’étirements et de renforcement musculaire. « Dix minutes par jour suffisent pour préserver le bien-être du dos. » Ces séances, si elles sont régulières, permettent de renforcer les muscles du tronc, d’améliorer la posture et de réduire les risques de douleurs chroniques. « La chronicité est un véritable enjeu de santé publique, rappelle-t-elle. Elle entraîne un nombre important de jours d’arrêt de travail et altère significativement la qualité de vie. »
Surpoids et lombalgies : un cercle vicieux à briser
Le surpoids et l’obésité constituent également des facteurs de risque majeurs pour le mal de dos. « Chaque kilo en trop augmente les contraintes exercées sur la colonne vertébrale », explique la spécialiste. En effet, en termes de pression mécanique, un kilo de graisse supplémentaire équivaut à environ quatre kilos de plus pour le dos. Perdre du poids, même de manière progressive, peut donc avoir un impact significatif sur les douleurs lombaires.
Cependant, la docteure Pauwels met en garde contre les régimes drastiques et rapides. « Il ne s’agit pas de dire aux patients de perdre rapidement du poids. L’important, c’est la régularité. Quelques kilos perdus progressivement améliorent déjà les symptômes. » Elle insiste aussi sur l’importance d’une alimentation équilibrée et d’une activité physique adaptée, en complément d’un éventuel suivi nutritionnel. « La perte de poids ne doit pas être une fin en soi, mais un moyen d’améliorer son confort au quotidien. »
En attendant, les experts rappellent qu’il n’est jamais trop tard pour agir. Que ce soit en arrêtant de fumer, en intégrant quelques minutes d’exercices quotidiens ou en adoptant une alimentation plus saine, chaque petit pas compte pour préserver la santé de son dos. « La prévention reste le meilleur remède », conclut la docteure Pauwels.
La prise de médicaments dépend de l’intensité de la douleur. Pour un épisode aigu et très intense, des antidouleurs ou anti-inflammatoires peuvent être nécessaires pour soulager rapidement le patient. En revanche, pour des douleurs récurrentes mais supportables, il est préférable d’éviter les médicaments et de privilégier l’activité physique, comme le recommande le docteur Charlotte Pauwels.