L’historien français Marc Bloch, figure majeure de l’École des Annales, reste une référence incontournable pour comprendre les mécanismes de la désinformation à travers les siècles. Deux de ses ouvrages majeurs, « Les Rois thaumaturges » et « La Société féodale », viennent d’être réédités, offrant une nouvelle occasion de mesurer l’actualité de ses analyses, selon Libération. Ces travaux, publiés respectivement en 1924 et en 1939, illustrent comment Bloch a su élargir les frontières de l’histoire en intégrant des méthodes issues de l’anthropologie et de la sociologie.
Ce qu'il faut retenir
- Marc Bloch a révolutionné l’historiographie en mêlant histoire médiévale et méthodes anthropologiques.
- Son ouvrage « Les Rois thaumaturges » analyse le mythe du pouvoir de guérison des rois de France et d’Angleterre.
- « La Société féodale », publié en 1939, propose une vision comparatiste des structures sociales médiévales.
- Ces rééditions soulignent la résonance entre les questionnements médiévaux et contemporains, notamment sur la manipulation de l’information.
Une approche pionnière : l’histoire comparée et interdisciplinaire
Marc Bloch, né en 1886 et mort fusillé par les nazis en 1944 pour faits de résistance, a marqué l’historiographie du XXe siècle par sa volonté de dépasser les cadres traditionnels. Dans « Les Rois thaumaturges », il étudie le phénomène de la thaumaturgie royale, cette croyance selon laquelle les monarques français et anglais possédaient un pouvoir magique de guérison. Son analyse ne se limite pas à une simple description historique : elle s’appuie sur des méthodes issues de l’anthropologie, comme l’étude des rituels et des croyances collectives. « Bloch montre comment une croyance, même irrationnelle, peut structurer une société », souligne l’historien Pierre Nora dans un entretien cité par Libération.
Quant à « La Société féodale », il y applique une méthode comparatiste, analysant les structures politiques, économiques et sociales de l’Europe médiévale. L’ouvrage, publié en pleine montée des tensions en Europe, propose une réflexion sur les mécanismes de domination et de légitimation du pouvoir. « Bloch ne se contente pas d’étudier le passé : il cherche à comprendre comment les sociétés se perpétuent et se transforment », explique l’historien médiéviste Jacques Le Goff, dont les travaux ont été influencés par ceux de Bloch.
Des fake news médiévales aux enjeux contemporains
Ce qui frappe dans ces rééditions, c’est la résonance entre les mécanismes de désinformation décrits par Bloch et ceux que l’on observe aujourd’hui. Dans « Les Rois thaumaturges », l’historien démontre comment des croyances, même infondées, peuvent être instrumentalisées par le pouvoir. Un phénomène qui n’est pas sans rappeler les théories du complot modernes ou les fake news politiques. « Bloch avait déjà compris que la manipulation de l’information était un outil de domination », note Libération.
Par ailleurs, son approche interdisciplinaire – mêlant histoire, anthropologie et sociologie – préfigure les méthodes des sciences sociales contemporaines. « Il a ouvert la voie à une histoire totale, qui intègre tous les aspects de la vie sociale », rappelle l’anthropologue Emmanuel Terray. Cette dimension fait de ses travaux une référence pour les chercheurs actuels, notamment ceux qui s’intéressent aux mécanismes de la propagande et de la désinformation.
En définitive, ces travaux de Bloch soulèvent une question toujours actuelle : comment les sociétés, qu’elles soient médiévales ou contemporaines, utilisent-elles la désinformation pour légitimer leur autorité ? Une interrogation qui, plus de quatre-vingts ans après la publication de « La Société féodale », n’a rien perdu de sa pertinence.
Marc Bloch a marqué l’historiographie en intégrant des méthodes issues de l’anthropologie, de la sociologie et même de la psychologie sociale dans ses recherches. Par exemple, dans « Les Rois thaumaturges », il analyse les rituels de guérison royale non pas comme des faits religieux isolés, mais comme des phénomènes sociaux et politiques. Cette approche a permis de renouveler l’étude de l’histoire médiévale en la reliant à d’autres disciplines.