Une médecin généraliste dénonce, dans Libération, les effets délétères d’un système de santé de plus en plus tourné vers une logique comptable, au détriment de l’approche humaine et individualisée des soins.
Selon Libération, la profession médicale est aujourd’hui sous tension en raison des injonctions répétées à réduire les prescriptions et les actes, dans un contexte où la performance économique prime souvent sur la qualité des soins. Dorothée Neveux, médecin généraliste, alerte sur ce phénomène qui, selon elle, ne touche pas seulement les praticiens, mais l’ensemble du système de santé, et menace de faire disparaître l’humanité au cœur de la relation soignant-soigné.
Ce qu'il faut retenir
- Une médecin généraliste, Dorothée Neveux, dénonce l’impact d’une logique comptable sur la profession médicale.
- La pression pour réduire les prescriptions et les actes est constante, ce qui affecte la qualité des soins.
- Ce système met en péril la dimension humaine et individualisée des soins, selon l’intéressée.
- La suspicion envers les médecins s’accroît, dans un contexte où la performance économique prime.
Des médecins sous pression constante
Les praticiens font face, depuis plusieurs années, à une exigence croissante de maîtrise des dépenses de santé. Selon Dorothée Neveux, cette pression se traduit par des consignes visant à limiter les prescriptions, les examens ou les hospitalisations, même lorsque ceux-ci pourraient s’avérer nécessaires. « On nous demande de soigner moins, mais mieux, en économisant chaque euro », explique-t-elle. Pourtant, cette logique comptable, bien que compréhensible sur le papier, conduit à une suspicion généralisée envers les médecins, perçus comme des « dépenses inutiles » plutôt que comme des professionnels dédiés au bien-être de leurs patients.
L’intéressée souligne que cette situation n’est pas sans conséquences sur la motivation des soignants. « Quand on vous rappelle sans cesse que chaque ordonnance a un coût, on finit par douter de sa propre légitimité », confie-t-elle. Autant dire que la relation de confiance entre le médecin et le patient en pâtit, alors qu’elle constitue pourtant le socle même de la pratique médicale.
Une logique comptable qui s’étend à l’ensemble du système
Ce phénomène n’est pas isolé. Selon Libération, la logique comptable s’immisce dans tous les maillons de la chaîne de santé, des hôpitaux aux cliniques privées, en passant par les maisons de retraite. Les indicateurs de performance, les quotas et les budgets serrés deviennent des outils de gestion au quotidien, au détriment parfois de l’écoute et de l’adaptation aux besoins réels des patients. « On ne soigne plus des êtres humains, mais des dossiers », résume Dorothée Neveux. Une dérive que la médecin juge d’autant plus inquiétante qu’elle s’accompagne d’une montée en puissance des contrôles a posteriori, souvent perçus comme une forme de sanction plutôt que comme un outil d’amélioration.
Cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par la recherche d’équilibre des comptes de la Sécurité sociale et les réformes successives du système de santé. Pourtant, pour Dorothée Neveux, le risque est réel : celui de voir s’installer durablement une médecine « à deux vitesses », où les patients les plus vulnérables seraient les premières victimes de ces restrictions.
L’humanité des soins en danger
Au-delà des chiffres et des budgets, c’est bien la dimension humaine de la médecine qui est aujourd’hui remise en question. Dorothée Neveux rappelle que chaque patient est avant tout un individu avec ses spécificités, ses angoisses et ses besoins. Or, la logique comptable tend à uniformiser les pratiques, au mépris de cette singularité. « On nous demande de cocher des cases plutôt que de prendre le temps d’écouter », regrette-t-elle. Une approche qui, selon elle, contribue à déshumaniser les soins et à transformer les médecins en de simples exécutants de protocoles.
Pourtant, comme le rappelle la généraliste, « la médecine n’est pas une science exacte ». Chaque cas est unique, chaque patient réagit différemment. Réduire les soins à une simple équation budgétaire revient, selon elle, à nier cette réalité fondamentale. Bref, la logique comptable, si elle peut avoir des vertus en matière de gestion, ne doit pas devenir le seul critère de décision dans un domaine où l’humain doit rester au centre.
Pour Dorothée Neveux, une chose est sûre : sans un retour à une vision plus humaine de la médecine, le risque est de voir s’effriter un peu plus la confiance des patients envers leurs soignants. Et dans un système où la santé est avant tout une affaire de confiance, cette perspective ne peut laisser indifférent.
Selon Dorothée Neveux, les patients les plus touchés sont souvent ceux qui nécessitent des soins longs ou complexes, comme les personnes âgées ou les malades chroniques. La réduction des prescriptions ou des hospitalisations peut entraîner des retards de diagnostic ou des prises en charge insuffisantes, avec des conséquences parfois graves sur leur santé.