Selon Ouest France, les femmes traversant la ménopause doivent accorder une attention particulière à leur santé cardiovasculaire. Une baisse du taux d’œstrogènes, hormones protectrices du cœur, expose à un risque accru de maladies cardiovasculaires, première cause de décès chez les femmes dans le monde. Cette période de transition hormonale, souvent marquée par des symptômes visibles comme les bouffées de chaleur, s’accompagne aussi de changements métaboliques silencieux qui augmentent la vulnérabilité des artères.

Ce qu'il faut retenir

  • La ménopause accélère le risque cardiovasculaire : la diminution des œstrogènes favorise une hausse du « mauvais cholestérol » (LDL) et une baisse de l’efficacité du « bon cholestérol » (HDL).
  • 7 à 10 ans plus tard que les hommes : les femmes développent généralement des maladies cardiaques plus tardivement, mais leur risque rejoint celui des hommes après la ménopause.
  • Un profil lipidique plus athérogène : après la ménopause, les femmes présentent des taux élevés de triglycérides et des particules de HDL moins efficaces pour éliminer le cholestérol des artères.
  • Des formes de maladies cardiaques spécifiques : l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée et l’angine microvasculaire sont plus fréquentes chez les femmes, mais souvent sous-diagnostiquées.
  • Les statines restent le traitement de référence, mais les femmes y ont moins accès que les hommes, malgré un risque équivalent.

La ménopause, une période charnière pour la santé du cœur

La ménopause, et plus précisément la périménopause – cette phase où les règles deviennent irrégulières avant de disparaître – marque le début d’un tournant pour la santé cardiovasculaire des femmes. Selon Ouest France, cette période est associée à une baisse rapide du taux d’œstrogènes, une hormone qui joue un rôle clé dans la régulation du cholestérol et la protection des vaisseaux sanguins. « Autant dire que les femmes, souvent concentrées sur les symptômes visibles de la ménopause comme les bouffées de chaleur, sous-estiment les risques invisibles pour leur cœur », explique un expert cité par le média. Pourtant, les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité chez les femmes dans le monde, devant le cancer du sein.

Les œstrogènes agissent comme un bouclier naturel contre l’athérosclérose, en maintenant un taux de LDL (« mauvais cholestérol ») bas et en favorisant un HDL (« bon cholestérol ») efficace. Avec leur disparition progressive, le métabolisme lipidique se dérègle. Les femmes voient ainsi leur taux de cholestérol total et de LDL augmenter, tandis que leurs particules de HDL deviennent plus petites et moins performantes. Cette combinaison crée un profil athérogène, propice à la formation de plaques d’athérome dans les artères.

Des changements métaboliques qui s’accumulent avec l’âge

Les études récentes, notamment celles portant sur la métabolomique – l’analyse des molécules présentes dans le sang –, confirment que plus de la moitié des modifications métaboliques liées à la ménopause concernent les lipides. Après la ménopause, les triglycérides, une autre forme de graisse circulant dans le sang, augmentent également. Ces graisses, en excès, s’accumulent dans les parois artérielles, formant des plaques qui rétrécissent progressivement le passage du sang. À terme, ces plaques peuvent se rompre et provoquer un caillot, augmentant le risque d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral (AVC).

Les femmes ne sont pas seulement exposées à un déséquilibre lipidique. La ménopause s’accompagne aussi d’autres facteurs de risque : prise de poids, hypertension artérielle, résistance à l’insuline. Autant d’éléments qui, combinés, pèsent sur le système cardiovasculaire. « Contrairement à une idée reçue, ces changements ne sont pas progressifs, mais souvent rapides, comme si l’organisme réagissait brutalement à la chute des œstrogènes », précise un endocrinologue moléculaire interrogé par Ouest France.

Pourquoi les femmes rattrapent-elles les hommes après la ménopause ?

Avant la ménopause, les femmes bénéficient d’un avantage naturel : leur taux de cholestérol et leur tension artérielle sont généralement plus bas que ceux des hommes du même âge. Leurs œstrogènes leur offrent une protection supplémentaire contre les maladies cardiaques. Cependant, cette protection s’effrite avec la ménopause. Des données issues de cohortes britanniques montrent que, après 60 ans, les femmes ménopausées présentent des taux de cholestérol total et de LDL plus élevés que les hommes du même âge, alors qu’elles fument moins, souffrent moins d’hypertension et de diabète.

Les femmes développent en moyenne des maladies cardiovasculaires 7 à 10 ans plus tard que les hommes, mais leur risque augmente fortement après la ménopause. À terme, leur profil de risque rejoint celui des hommes. Une autre particularité féminine réside dans la nature des maladies cardiaques : les femmes sont plus sujettes à des formes moins visibles, comme l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, où le cœur, bien que pompant normalement, devient trop rigide pour se remplir correctement. L’angine microvasculaire, causée par des problèmes dans les petits vaisseaux du cœur, est également plus fréquente, mais souvent mal diagnostiquée.

Prévention et traitements : quelles stratégies pour les femmes ?

Face à ces enjeux, les recommandations actuelles insistent sur la nécessité d’une surveillance accrue dès la périménopause. Les médecins sont encouragés à mesurer régulièrement la tension artérielle, le taux de cholestérol et la glycémie, et à agir rapidement en cas d’anomalies. Les principes de prévention cardiovasculaire restent les mêmes pour tous : ne pas fumer, privilégier une alimentation riche en végétaux, pratiquer une activité physique régulière, dormir suffisamment et maîtriser son poids.

En matière de traitement, les statines restent le médicament de référence pour réduire le LDL-cholestérol et prévenir les accidents cardiovasculaires. Cependant, les données suggèrent que les femmes en tirent moins de bénéfices en prévention primaire que les hommes. Pire, elles sont moins souvent prescrites que les hommes, malgré un risque équivalent. Cette disparité s’étend à d’autres classes de médicaments, comme les inhibiteurs de la PCSK9, qui réduisent le LDL de 50 à 60 %, ou les analogues du GLP-1, utilisés contre l’obésité et le diabète. Un essai récent, le SELECT, a montré que le sémaglutide (un analogue du GLP-1) réduisait de 20 % les événements cardiovasculaires majeurs chez les personnes obèses souffrant déjà de maladies cardiaques.

Le traitement hormonal de la ménopause : un sujet complexe

Longtemps présenté comme une solution pour protéger le cœur, le traitement hormonal de la ménopause (THM) reste un sujet de débat. Les premiers essais cliniques, menés sur des femmes commençant le traitement après 60 ans, avaient soulevé des inquiétudes. Cependant, des analyses plus récentes montrent que, pour les femmes en bonne santé débutant le THM avant 60 ans ou dans les 10 ans suivant leur dernière règle, les risques cardiovasculaires sont faibles. Le THM moderne, à base d’œstradiol à faible dose et administré par voie cutanée (patchs ou crèmes), limite les effets indésirables liés aux œstrogènes oraux.

Malgré ces avancées, le THM n’est pas recommandé comme stratégie de prévention cardiovasculaire. Ses bénéfices restent principalement symptomatiques : il soulage les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes et prévient la perte osseuse. En décembre 2025, la FDA américaine a d’ailleurs revu ses avertissements sur le THM, supprimant les mentions systématiques de risques cardiovasculaires et de cancer du sein pour les femmes en bonne santé dans la cinquantaine. Seule persiste une mise en garde contre le risque de cancer de l’endomètre avec un traitement à base d’œstrogènes seuls chez les femmes non hystérectomisées.

Et maintenant ?

Les recherches futures devraient permettre une prise en charge plus personnalisée des femmes en périménopause et postménopause. Les scientifiques étudient actuellement comment les modifications des lipides et des métabolites liées à la ménopause favorisent la formation de plaques d’athérome, afin d’identifier les femmes les plus à risque. Des essais cliniques spécifiques aux femmes, intégrant des critères de jugement adaptés, pourraient prochainement préciser l’efficacité des statines, des analogues du GLP-1 et des inhibiteurs de la PCSK9 à différents stades de la ménopause. En attendant, l’enjeu reste la sensibilisation : les maladies cardiovasculaires ne sont pas « l’apanage des hommes », et la ménopause est une période clé pour agir.

La conclusion s’impose d’elle-même : la ménopause n’est pas qu’une question de symptômes visibles, mais aussi – et surtout – de santé à long terme. Les femmes doivent être informées, surveillées et accompagnées pour limiter l’impact de cette transition sur leur cœur. Un défi qui concerne aussi bien les patientes que les professionnels de santé.

Le THM n’est pas un médicament de prévention cardiovasculaire, mais il peut être envisagé pour soulager les symptômes de la ménopause. Pour les femmes en bonne santé commençant le traitement avant 60 ans ou dans les 10 ans suivant leur dernière règle, les risques cardiovasculaires semblent faibles. Cependant, ses bénéfices sur la santé du cœur restent limités et non concluants.

Les signes incluent une fatigue inhabituelle, des douleurs thoraciques (surtout à l’effort), un essoufflement anormal, des palpitations ou des œdèmes aux jambes. Une surveillance régulière de la tension, du cholestérol et de la glycémie est essentielle, d’autant que les symptômes peuvent être atypiques chez les femmes.