Alors que la Coupe du monde de football 2026 s’apprête à débuter au Mexique, la multinationale Coca-Cola, sponsor officiel de la compétition, s’apprête à profiter de l’événement pour promouvoir massivement ses produits dans un pays où la lutte contre l’obésité et les maladies liées à la consommation excessive de sodas est devenue une priorité nationale. Selon Le Monde, la firme américaine prévoit d’exposer le trophée dans plusieurs grandes villes du pays et de lancer une campagne publicitaire d’ampleur, en violation apparente des législations locales destinées à limiter l’impact sanitaire de ses boissons sucrées.
Ce qu'il faut retenir
- Coca-Cola, sponsor officiel de la Coupe du monde 2026, expose le trophée dans plusieurs villes mexicaines et lance une campagne publicitaire massive
- Ces actions contournent les législations mexicaines visant à réduire la consommation de sodas, un enjeu sanitaire majeur dans le pays
- Le Mexique est l’un des pays où la consommation de boissons sucrées est la plus élevée au monde, avec des conséquences graves sur la santé publique
- Les restrictions en vigueur interdisent notamment la promotion de sodas dans les écoles et limitent leur affichage public
La stratégie de Coca-Cola s’inscrit dans une logique commerciale agressive, alors que le Mexique est le deuxième consommateur mondial de sodas par habitant, derrière les États-Unis. D’après les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 70 % des adultes mexicains sont en surpoids ou obèses, un chiffre directement lié à la consommation excessive de boissons sucrées. Le gouvernement mexicain a pourtant adopté en 2013 une loi imposant des étiquettes d’avertissement sur les produits riches en sucre, puis en 2020, une interdiction de la vente de sodas et de snacks ultra-transformés dans les écoles.
C’est précisément ces mesures que Coca-Cola semble vouloir contourner en associant sa marque à l’un des événements sportifs les plus médiatisés au monde. Selon des observateurs locaux, la multinationale compte exposer le trophée de la Coupe du monde dans des lieux publics très fréquentés, comme la place centrale de Mexico ou les stades de football, où des stands promotionnels seront installés. Une stratégie qui rappelle celles employées lors des Jeux olympiques ou de la Coupe du monde précédente, où les sponsors ont souvent profité de l’engouement populaire pour imposer leur présence.
« Coca-Cola utilise la Coupe du monde comme un cheval de Troie pour contourner les restrictions sanitaires. L’exposition du trophée dans des lieux publics est une façon détournée de rappeler au public que la marque est omniprésente, y compris là où elle devrait être limitée. »
— Un représentant d’une association mexicaine de lutte contre l’obésité, qui souhaite garder l’anonymat
Pour justifier ses actions, Coca-Cola met en avant son engagement dans des initiatives de « responsabilité sociale », comme le financement de programmes éducatifs ou sportifs. Pourtant, ces mesures sont jugées insuffisantes par les autorités sanitaires mexicaines, qui pointent du doigt l’influence croissante des géants de l’agroalimentaire sur les politiques publiques. En 2024, le Mexique a même adopté une taxe supplémentaire sur les boissons sucrées, portant le prix d’un litre de soda à plus de 20 pesos (environ 1 euro), sans que cela ne semble freiner l’appétit des consommateurs.
Le gouvernement mexicain, sous pression des organisations de santé, a tenté de réguler davantage le marketing des sodas, mais se heurte à des lobbies puissants. En 2025, une proposition de loi visant à interdire toute publicité pour les boissons sucrées à la télévision avant 22 heures a été rejetée sous la pression des industriels. Dans ce contexte, l’utilisation de la Coupe du monde par Coca-Cola apparaît comme une manœuvre cynique pour renforcer sa domination sur le marché, au mépris des enjeux de santé publique.
Alors que les préparatifs de la compétition s’accélèrent, la question se pose : le Mexique parviendra-t-il à concilier l’accueil d’un événement sportif mondial et la protection de la santé de ses citoyens ? La réponse pourrait bien donner le ton pour les prochaines éditions de la Coupe du monde.
Selon le code de la santé mexicain, les entreprises qui ne respectent pas les restrictions sur la publicité des sodas s’exposent à des amendes pouvant atteindre plusieurs millions de pesos, ainsi qu’à la saisie des produits incriminés. En cas de récidive, les autorités peuvent aller jusqu’à interdire la commercialisation de la marque sur le territoire national. Cependant, ces sanctions restent rarement appliquées en raison des pressions politiques et économiques.
Plusieurs facteurs expliquent cette dépendance : un climat chaud favorisant la consommation de boissons fraîches, une culture du partage autour des sodas lors des repas ou des rassemblements, et surtout un marketing agressif des multinationales. Les prix des sodas, souvent moins chers que l’eau en bouteille, jouent également un rôle clé dans les choix des consommateurs, malgré les campagnes de sensibilisation.