Selon Libération, le marché français de l’habillement a connu une expansion sans précédent en 2025. 3,6 milliards d’articles neufs ont été mis en vente l’an dernier, soit une moyenne de 10 millions de produits écoulés chaque jour. Ces chiffres, dévoilés ce mercredi 17 juin par l’éco-organisme Refashion, illustrent une accélération marquée de la consommation vestimentaire, principalement tirée par l’essor de l’ultra fast-fashion et des géants du secteur comme Shein et Temu.

Ce qu’il faut retenir

  • 3,6 milliards d’articles neufs vendus en 2025, soit 10 millions par jour en France.
  • 43 vêtements achetés par personne en moyenne sur l’année, reflétant l’adoption massive de la mode éphémère.
  • L’ultra fast-fashion domine le marché, avec Shein et Temu en tête des acteurs les plus influents.
  • Refashion publie ce bilan via son panorama annuel, publié le 17 juin 2026.
  • Cette tendance interroge sur l’impact environnemental et économique du secteur.

Une consommation vestimentaire en pleine mutation

Les chiffres publiés par Refashion confirment une transformation profonde des habitudes d’achat en France. En 2025, chaque Français a acquis en moyenne 43 vêtements neufs, un niveau bien supérieur à celui enregistré quelques années plus tôt. Shein et Temu, deux plateformes spécialisées dans l’ultra fast-fashion, ont joué un rôle clé dans cette dynamique. Leur modèle repose sur des prix attractifs, des collections renouvelées en continu et une stratégie commerciale agressive, ciblant particulièrement les jeunes consommateurs.

Cette expansion s’accompagne d’une accélération du rythme de renouvellement des garde-robes. Les consommateurs achètent davantage, mais conservent chaque pièce moins longtemps, ce qui alimente un cercle vicieux de surconsommation. Refashion, l’organisme chargé de la filière du textile en France, souligne dans son rapport que cette tendance pose des défis majeurs en matière de durabilité et de gestion des déchets.

Shein et Temu, locomotives d’un marché en tension

Les deux géants asiatiques Shein et Temu ont bouleversé les règles du jeu du secteur textile. Leur succès repose sur un modèle économique radicalement différent de celui des enseignes traditionnelles. En proposant des prix défiant toute concurrence — souvent inférieurs à ceux des marques européennes — et en renouvelant leurs stocks plusieurs fois par semaine, ils ont capté une part croissante du marché français. Refashion estime que leur influence représente désormais près de 20 % des ventes de vêtements neufs en France.

Cette domination s’explique aussi par une stratégie marketing agressive, notamment via les réseaux sociaux. Les influenceurs et les publicités ciblées incitent les consommateurs à acheter régulièrement, transformant l’acte d’achat en un réflexe presque quotidien. Pourtant, cette frénésie d’achats soulève des questions sur la qualité des produits, les conditions de fabrication et l’empreinte écologique de ces enseignes.

Des enjeux environnementaux et sociaux majeurs

Derrière ces chiffres spectaculaires se cachent des conséquences environnementales et sociales préoccupantes. L’ultra fast-fashion est l’un des secteurs les plus polluants au monde, en raison de l’utilisation massive de matières synthétiques, de l’empreinte carbone des transports et de la production de déchets textiles. En France, seulement 30 % des vêtements usagés sont recyclés, selon Refashion, le reste étant incinéré ou enfoui.

Les conditions de travail dans les usines des pays producteurs — souvent situés en Asie — restent également un sujet de préoccupation. Les rapports d’ONG et les enquêtes journalistiques ont révélé à plusieurs reprises des pratiques contraires au droit du travail, comme des salaires de misère ou des journées de travail interminables. Ces révélations ont poussé certaines marques à promettre des améliorations, mais la transparence reste limitée.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient être explorées pour tenter d’encadrer cette frénésie consumériste. D’ici la fin de l’année 2026, le gouvernement français doit présenter un plan d’action pour réduire l’impact environnemental du secteur textile. Parmi les mesures envisagées figurent l’extension de la responsabilité élargie des producteurs (REP), l’obligation d’afficher l’empreinte carbone des vêtements, ou encore la mise en place de bonus-malus pour inciter à l’achat de produits durables. Reste à voir si ces initiatives seront suffisantes pour inverser la tendance.

Parallèlement, les associations de consommateurs et les ONG appellent à une prise de conscience collective. Des campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux et des initiatives locales — comme les friperies ou les ateliers de réparation — se multiplient pour promouvoir une mode plus responsable. Pourtant, tant que les prix resteront aussi bas et que l’offre sera aussi tentante, la transition vers une consommation plus durable restera un défi de taille.

L’ultra fast-fashion désigne un modèle encore plus agressif que la fast-fashion traditionnelle. Elle se caractérise par des collections renouvelées quotidiennement, des prix extrêmement bas et une stratégie de production ultra-rapide, souvent basée sur des copies de tendances issues des défilés de luxe. Contrairement à la fast-fashion classique, qui proposait des mises à jour hebdomadaires, l’ultra fast-fashion mise sur des livraisons quasi instantanées via des plateformes en ligne comme Shein ou Temu.