Un juge français, issu du pôle crimes contre l’humanité du parquet national antiterroriste, a été désigné pour instruire une plainte visant la responsabilité de Mohammed ben Salmane dans la mort du journaliste Jamal Khashoggi, survenue en 2018. Cette décision a été confirmée ce samedi 16 mai 2026 par le parquet national antiterroriste, selon Libération.

Le procureur a précisé que l’instruction serait menée dans le cadre des crimes contre l’humanité, une qualification juridique qui ouvre la voie à des investigations approfondies sur les responsabilités individuelles et institutionnelles. Les services de renseignement américains avaient, dès 2018, pointé la responsabilité de l’Arabie saoudite, sans pour autant désigner explicitement le prince héritier dans leurs rapports publics.

Ce qu'il faut retenir

  • Un juge français du pôle crimes contre l’humanité a été chargé de l’instruction d’une plainte contre Mohammed ben Salmane pour son implication présumée dans l’assassinat de Jamal Khashoggi.
  • La décision a été confirmée par le parquet national antiterroriste ce 16 mai 2026.
  • Les services de renseignement américains avaient déjà conclu en 2018 à la responsabilité de l’Arabie saoudite dans la mort du journaliste.
  • L’enquête devra déterminer si des éléments nouveaux ou des preuves complémentaires permettent d’établir un lien direct entre le prince héritier saoudien et l’opération ayant conduit à la mort de Khashoggi.

Une plainte visant les plus hauts responsables saoudiens

La plainte déposée en France cible Mohammed ben Salmane, actuel dirigeant de facto de l’Arabie saoudite, ainsi que d’autres responsables saoudiens présumés impliqués dans l’affaire. Selon Libération, l’instruction s’appuiera sur des éléments recueillis depuis 2018, notamment des rapports de renseignement et des témoignages, pour établir les responsabilités pénales.

L’assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien et chroniqueur du Washington Post, avait eu lieu le 2 octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Son corps n’a jamais été retrouvé, malgré les enquêtes menées en Turquie et à l’international.

Les conclusions des services de renseignement américains

Dès octobre 2018, les services de renseignement américains avaient conclu que l’opération avait été ordonnée par des hauts responsables saoudiens, sans pour autant nommer officiellement Mohammed ben Salmane. Un rapport de la CIA, révélé par la presse américaine, évoquait une probable implication du prince héritier, alors en pleine ascension politique.

Ces conclusions avaient conduit à une crise diplomatique entre Washington et Riyad, ainsi qu’à des sanctions ciblées contre des responsables saoudiens. L’administration américaine de l’époque avait cependant choisi de ne pas sanctionner Mohammed ben Salmane directement, malgré les pressions du Congrès.

Une procédure judiciaire inédite en France

L’ouverture de cette enquête en France marque une étape inédite dans la quête de justice pour Jamal Khashoggi. La France, comme d’autres pays européens, s’était jusqu’à présent limitée à des déclarations diplomatiques. Cette procédure pourrait aboutir à un mandat d’arrêt international ou à une demande d’extradition, si les preuves recueillies sont suffisantes.

Les associations de défense des droits humains, dont Reporters sans frontières (RSF) et Amnesty International, ont salué cette initiative. « C’est une avancée majeure pour la justice internationale », a déclaré un porte-parole de RSF. « Les responsables de crimes contre des journalistes doivent répondre de leurs actes, où qu’ils se trouvent ».

Et maintenant ?

L’instruction pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire années, en fonction des éléments recueillis et des réactions des autorités saoudiennes. Une demande d’entraide judiciaire auprès de la Turquie, où l’enquête a été menée en 2018, pourrait être formulée pour obtenir des témoignages ou des documents supplémentaires.

Si le juge décide de retenir la qualification de crimes contre l’humanité, cela permettrait de contourner les éventuelles immunités diplomatiques et de poursuivre les responsables, y compris en l’absence de leur présence physique sur le territoire français. Une audience préliminaire est attendue d’ici la fin de l’année 2026, selon des sources proches du dossier.

Cette procédure s’inscrit dans un contexte plus large de pression internationale sur l’Arabie saoudite concernant les droits humains. Des rapports récents d’ONG ont dénoncé des violations systématiques en Arabie saoudite, notamment à l’encontre des journalistes et des dissidents. La communauté internationale devra désormais suivre avec attention l’évolution de cette enquête, qui pourrait avoir des répercussions diplomatiques et juridiques majeures.

La France est compétente en vertu du principe de compétence universelle, qui permet à un État de poursuivre des crimes graves, comme les crimes contre l’humanité, indépendamment du lieu où ils ont été commis et de la nationalité des victimes ou des auteurs présumés. Cette compétence est d’autant plus justifiée que la plainte a été déposée en France par des associations ou des proches de la victime.