Selon Le Monde, l’historien Vincent Dujardin, professeur à l’université catholique de Louvain, publie un ouvrage qui réinterroge le rôle du monarque belge dans l’élimination de Patrice Lumumba, figure majeure de l’indépendance congolaise. Dans ce livre, l’universitaire affirme que le roi Baudouin n’aurait jamais donné son aval à une solution définitive pour écarter le Premier ministre congolais, contrairement à une idée reçue largement répandue.
Cette thèse, qui s’appuie sur des archives et des témoignages inédits, intervient alors que les relations entre la Belgique et la République démocratique du Congo (RDC) restent marquées par les séquelles de la colonisation et des violences post-indépendance. Lumumba, premier dirigeant élu du Congo indépendant en 1960, fut renversé puis exécuté en janvier 1961, un événement dont les responsabilités font encore débat aujourd’hui. Autant dire que les conclusions de Dujardin pourraient relancer une polémique historique, parfois instrumentalisée à des fins politiques.
Ce qu'il faut retenir
- L’historien Vincent Dujardin publie un livre remettant en cause l’idée que le roi Baudouin aurait approuvé l’assassinat de Patrice Lumumba, selon Le Monde.
- Dujardin s’appuie sur de nouvelles archives et témoignages pour étayer sa thèse, qui contredit les récits dominants.
- L’exécution de Lumumba en janvier 1961 reste un sujet sensible entre la Belgique et la RDC, près de six décennies plus tard.
- Cette publication intervient dans un contexte où les questions mémorielles liées à la colonisation occupent une place centrale dans le débat public.
Un débat historique ravivé par de nouvelles archives
Dans son ouvrage, Vincent Dujardin s’appuie sur des documents d’archives belges et congolais, ainsi que sur des entretiens avec des acteurs ou des témoins indirects de l’époque. Selon ses conclusions, le roi Baudouin aurait été tenu à l’écart des discussions concernant une élimination physique de Lumumba, une thèse qui s’oppose aux travaux antérieurs suggérant une implication directe de la monarchie belge. Le Monde souligne que l’historien a croisé des sources variées, dont certaines n’avaient jamais été exploitées auparavant.
Cette réévaluation s’inscrit dans un mouvement plus large de réexamen critique de l’histoire coloniale belge. Ces dernières années, plusieurs commissions parlementaires et rapports officiels ont reconnu la responsabilité de la Belgique dans les violences commises au Congo, notamment sous le règne de Léopold II, mais aussi pendant la période post-indépendance. Reste à savoir si cette nouvelle interprétation sera adoptée par la communauté historienne.
Les zones d’ombre persistantes autour de la mort de Lumumba
Malgré les avancées de la recherche, de nombreuses zones d’ombre subsistent concernant les circonstances exactes de la mort de Patrice Lumumba. Exécuté le 17 janvier 1961 au Katanga, alors province sécessionniste du Congo, son corps a été dissous dans de l’acide, empêchant toute identification formelle. Les responsabilités directes ont été attribuées à des acteurs congolais, comme le président Joseph Kasa-Vubu ou le chef de l’État sécessionniste Moïse Tshombe, mais le rôle des puissances étrangères, dont la Belgique, reste sujet à interprétation.
Dans son livre, Dujardin précise que Baudouin aurait été informé des risques encourus par Lumumba, mais sans pour autant cautionner une issue violente. Une nuance qui pourrait, selon certains observateurs, servir à atténuer la responsabilité belge dans ce drame. Cependant, comme le rappelle Le Monde, cette interprétation ne fait pas consensus parmi les historiens, certains estimant que les preuves d’une implication directe du roi ou des autorités belges restent fragiles.
La polémique autour de la mort de Lumumba illustre, une fois de plus, la difficulté à établir une vérité historique partagée entre deux pays liés par un passé douloureux. Si la thèse de Dujardin venait à être largement adoptée, cela pourrait ouvrir la voie à une révision des récits officiels, tant en Belgique qu’en RDC. Bref, une affaire loin d’être close.
Selon l’historien, le roi Baudouin n’aurait pas approuvé l’élimination physique de Lumumba, mais aurait été tenu informé des risques encourus. Dujardin s’appuie sur des archives pour affirmer que le monarque n’a pas donné de feu vert explicite à une solution définitive, contrairement à ce que certains travaux antérieurs suggéraient. Cependant, il reconnaît que le roi était au courant des tensions extrêmes autour de Lumumba, sans pour autant en endosser la responsabilité directe.