Frédéric Ploquin, journaliste d’investigation spécialisé dans le grand banditisme, était l’invité du « 8h30 franceinfo » ce lundi 18 mai 2026. Au cours de l’entretien, il a analysé les menaces croissantes du narcotrafic en France, les enjeux diplomatiques avec l’Algérie et les lacunes de la justice française dans l’affaire Epstein. Selon Franceinfo - Politique, ces sujets illustrent les défis sécuritaires et judiciaires auxquels le pays est confronté.
Ce qu'il faut retenir
- Extension du narcotrafic marseillais à l’ensemble du territoire, avec une « licence » exportée par la « DZ Mafia » et une hausse des violences collatérales.
- Des progrès des forces de l’ordre, mais une « génération de sicarios à la française » émergente, selon Ploquin.
- La visite de Gérald Darmanin en Algérie marque un dégel diplomatique, jugé essentiel pour démanteler les réseaux criminels transnationaux.
- Une dizaine de nouvelles victimes présumées d’Epstein se sont manifestées à Paris, révélant les failles de la réactivité judiciaire française.
- Ploquin critique la lenteur de la justice française dans l’affaire Epstein, qualifiée de « système de prédation sexuelle à l’échelle internationale ».
Le narcotrafic, une menace qui s’étend et se radicalise
Le procès du chef du clan Yoda, impliqué dans un conflit sanglant avec la « DZ Mafia » en 2023 à Marseille, s’ouvre aujourd’hui. Frédéric Ploquin y voit le symptôme d’une criminalité en pleine mutation. « Le modèle du narcotrafic marseillais s’est étendu à l’ensemble du territoire, c’est un échec des gouvernements », a-t-il déclaré. La « DZ Mafia », initialement implantée dans les quartiers nord de Marseille, fonctionne désormais comme une « licence » exportable, selon lui. « Il y a quelque chose qui est hors de contrôle, notamment sur la circulation des armes », a-t-il souligné. Pourtant, Ploquin reconnaît les efforts des forces de l’ordre : « L’État marque des points tous les jours, la police fait son boulot, il y a des réseaux qui tombent. »
Mais ces avancées restent insuffisantes face à l’émergence d’une nouvelle génération de criminels. « On a engendré une génération de sicarios à la française », affirme-t-il. Si le modèle diffère de celui du Mexique, il note une « adhésion culturelle » aux méthodes violentes, avec des tueurs à gage qui tirent « à tort et à travers », multipliant les victimes collatérales. « Une génération aveugle qui risque de multiplier les victimes », résume-t-il.
L’Algérie, un partenaire clé dans la lutte antidrogue
Le réchauffement des relations franco-algériennes, marqué par la visite du ministre de la Justice Gérald Darmanin à Alger, s’inscrit dans un contexte de tensions migratoires et sécuritaires. Frédéric Ploquin y voit une nécessité stratégique. « La diplomatie est une arme essentielle dans la lutte contre le narcotrafic », a-t-il expliqué. D’une part, parce que l’argent de la drogue est souvent rapatrié à l’étranger, nécessitant des coopérations internationales pour les saisies. D’autre part, parce que les barons du crime, installés hors de France, coordonnent leurs activités sans être inquiétés. « Ils corrompent parfois la police locale pour être tranquilles », a-t-il précisé.
Ploquin a également pointé du doigt l’impact des tensions diplomatiques passées. « Bruno Retailleau nous a complètement fâchés avec l’Algérie », a-t-il rappelé, insistant sur l’importance de « la fluidité des relations entre les appareils sécuritaires français et algériens pour la sécurité en France ».
Affaire Epstein : la justice française sous le feu des critiques
Une dizaine de nouvelles victimes présumées de Jeffrey Epstein se sont manifestées auprès du parquet de Paris, a annoncé la procureure Laure Beccuau. Frédéric Ploquin, qui a enquêté sur le sujet, dénonce une lenteur judiciaire « beaucoup trop longue ». « J’ai retrouvé toutes les victimes et la trace des prédateurs », a-t-il indiqué. Selon lui, ces victimes, mineures pour la plupart, sont recrutées à l’étranger, souvent isolées et ne maîtrisant pas le français, ce qui les rend particulièrement vulnérables.
Le journaliste insiste sur le caractère transnational du réseau. « Ce n’est pas un truc américain, l’affaire Epstein, c’est une affaire française, parce que ce système de prédation sexuelle mis en place à l’échelle internationale passe par Paris », a-t-il affirmé. Il critique une justice française « trop lente à se mettre en marche » dans ce dossier, alors que les victimes attendaient une réactivité accrue.
Les réactions attendues dans les prochaines semaines
Les observateurs s’interrogent sur la capacité des autorités à endiguer la violence liée au narcotrafic, alors que les saisies de stupéfiants et les arrestations se multiplient. Côté diplomatie, la normalisation des relations avec l’Algérie sera suivie de près, notamment pour évaluer son impact sur les flux criminels. Quant à l’affaire Epstein, les prochaines auditions au parquet de Paris pourraient préciser l’étendue des responsabilités en France.
Frédéric Ploquin, dont les déclarations s’appuient sur des enquêtes approfondies, appelle à une approche globale mêlant répression, diplomatie et protection des victimes. Reste à savoir si les pouvoirs publics sauront y répondre.
Selon Frédéric Ploquin, la « DZ Mafia » fonctionne comme une « licence » qui s’étend à d’autres territoires en France, reproduisant des méthodes violentes et une organisation criminelle structurée. Ce modèle s’adapte aux dynamiques locales tout en maintenant une cohérence transnationale, facilitant son expansion.
Frédéric Ploquin cite les tensions diplomatiques passées, comme celles générées par Bruno Retailleau, et la nécessité de rétablir une confiance mutuelle entre les appareils sécuritaires des deux pays. La corruption locale et la coordination entre services policiers restent également des défis majeurs.