La directrice de la police municipale de Nice, Sandra Bertin, a déposé plainte début mars auprès du procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, contre Véronique Borré, directrice générale adjointe de la ville, et Anthony Borré, son mari, alors premier adjoint au maire délégué à la sécurité sous l’ère Christian Estrosi. Selon Le Figaro, cette plainte, consultée par le quotidien, vise des accusations graves : harcèlement moral, discrimination liée à la grossesse et à la maternité, mesures de représailles après un signalement de harcèlement sexuel, ainsi qu’une atteinte au principe d’impartialité et des manquements administratifs.
Ce qu'il faut retenir
- La plainte a été déposée le 6 mars 2026 auprès du procureur de Nice par Sandra Bertin, directrice de la police municipale.
- Les époux Borré sont accusés de harcèlement moral, discrimination liée à la maternité et mesures de représailles après un signalement de harcèlement sexuel.
- Sandra Bertin dénonce une « mise à l’écart progressive » et une « dégradation de ses conditions de travail » depuis 2018.
- Anthony Borré rejette ces accusations, évoquant une démarche « politique » en vue des élections municipales et rappelle que seul le directeur de la police municipale a autorité hiérarchique sur ses agents.
- Véronique Borré, vice-présidente de la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur en charge de la sécurité, n’a pas répondu aux sollicitations du Figaro.
Une carrière marquée par l’affaire de l’attentat du 14 juillet 2016
Sandra Bertin n’est pas inconnue du grand public. Elle était aux commandes des caméras de vidéosurveillance du centre de supervision urbain de Nice le soir de l’attentat du 14 juillet 2016, qui avait fait 86 morts. À l’époque, elle avait publiquement accusé le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve d’avoir exercé des pressions pour modifier son rapport. Un épisode qui avait marqué les esprits et révélé les tensions au sein de la police municipale niçoise. Dix ans plus tard, ces événements semblent avoir laissé des traces dans la carrière de la policière.
Dans sa plainte, Sandra Bertin détaille une série de dysfonctionnements qui, selon elle, visent à la marginaliser. Elle évoque une « mise à l’écart progressive » depuis 2018, avec une « dégradation de ses conditions de travail » et une « toute-puissance » du couple Borré au sein de l’administration municipale. « Je me suis retrouvée à faire du secrétariat », résume-t-elle dans sa plainte. « Je m’en suis plaint, mais il y avait toujours une bonne explication ».
Des fonctions réduites après un congé maternité, puis évincée d’un projet pharaonique
Le document juridique, que Le Figaro a pu consulter, décrit une série d’événements troublants. En 2018, Sandra Bertin affirme avoir été privée de missions réelles, notamment au sein du centre de supervision urbain de la police municipale. « Sans entretien préalable, ni motivation écrite, ni évaluation négative », précise-t-elle. Le lien temporel avec son retour de congé maternité est souligné, évoquant une possible discrimination liée à sa maternité.
Puis, en septembre 2020, elle découvre qu’elle a été évincée de l’organigramme du projet de futur hôtel des polices, un chantier emblématique. « Je n’étais plus chargée de mission, rien. Et personne ne m’en avait avertie », dénonce-t-elle. Malgré ses tentatives pour alerter sa hiérarchie, elle estime que ses signalements n’ont « pas été pris au sérieux ». En janvier 2026, deux missions lui sont attribuées, mais sans lien avec ses fonctions de directrice de police municipale, ce qui la pousse à saisir la justice.
Le couple Borré rejette les accusations et évoque une démarche politique
Contacté par Le Figaro, Anthony Borré a réagi avec fermeté. « Je suis très serein », a-t-il déclaré, qualifiant les accusations de « surprenantes, mensongères et politiques ». Il suggère que la plainte pourrait être une initiative liée aux élections municipales, évoquant le soutien passé de Sandra Bertin à Éric Ciotti. « Il est difficile de ne pas voir dans cette plainte déposée à quelques jours de l’élection municipale une initiative politique », a-t-il souligné. Il rappelle par ailleurs que seul le directeur de la police municipale a autorité hiérarchique sur les agents, ce qui place Sandra Bertin en position de responsabilité directe.
Sandra Bertin, elle, insiste sur la « toute-puissance » du couple Borré au sein de la police municipale niçoise. « Toute la police municipale de Nice d’aujourd’hui peut témoigner que la seule personne qui gérait la police municipale, c’était Véronique Borré », affirme-t-elle. « Lui était premier adjoint, elle était DGA. Il n’y avait pas de contre-pouvoir. Tout était soumis à la demande ou à la validation de Madame Borré ».
Un système administratif mis en cause
Au-delà des accusations personnelles, la plainte de Sandra Bertin soulève des questions plus larges sur le fonctionnement de l’administration municipale niçoise. Elle dénonce un « système » où le couple Borré aurait exercé un contrôle quasi exclusif sur la police municipale, limitant les contre-pouvoirs et favorisant des pratiques contestables. Ces allégations interviennent alors que le chantier de l’hôtel des polices, emblématique de la mandature Estrosi, a connu des retards répétés, alimentant les tensions entre la mairie et l’État.
Véronique Borré, aujourd’hui vice-présidente de la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur en charge de la sécurité et du soutien aux forces de l’ordre, n’a pas répondu aux sollicitations de Le Figaro pour réagir à ces accusations. Son silence contribue à alimenter les spéculations sur l’ampleur des dysfonctionnements qu’elle pourrait avoir couverts ou encouragés.
Dans l’immédiat, l’affaire rappelle les tensions persistantes au sein de l’administration niçoise, près de dix ans après l’attentat du 14 juillet 2016. Elle interroge également sur l’efficacité des mécanismes de contrôle interne et de protection des agents publics face à des situations de harcèlement ou de discrimination.
Dans sa plainte, Sandra Bertin explique avoir tenté à plusieurs reprises de signaler ses difficultés en interne, sans obtenir de réponse satisfaisante. Ce n’est qu’après avoir été privée de missions réelles et évincée de projets clés, comme l’hôtel des polices, qu’elle a décidé de saisir la justice. Elle évoque également un signalement non pris au sérieux en janvier 2026, qui l’a poussée à franchir le pas.
Si les accusations de Sandra Bertin sont retenues, Anthony et Véronique Borré pourraient faire l’objet de sanctions disciplinaires, voire pénales, en fonction des chefs d’accusation retenus. Anthony Borré pourrait également voir sa crédibilité politique affectée, d’autant plus que les élections municipales approchent. Cependant, il convient de rappeler que ces accusations n’ont pas encore été jugées et que la présomption d’innocence s’applique.