Une étude récente menée par des chercheurs de l’université d’Oxford et de l’University College London révèle une hausse inquiétante de la taille moyenne des enfants britanniques sur les vingt dernières années. Pourtant, loin d’être un signe de meilleure santé, cette évolution s’accompagne d’une progression de l’obésité infantile, particulièrement dans les milieux défavorisés. Selon Euronews FR, ces résultats, publiés dans le Journal of Epidemiology & Community Health, contredisent les récentes analyses relayées par certains médias britanniques.
Ce qu'il faut retenir
- Entre 2009/10 et 2023/24, la taille moyenne des garçons de 11 ans en Angleterre est passée de 145 cm à 146,4 cm, avec une accélération pendant la pandémie de Covid-19.
- Chez les filles du même âge, la taille moyenne est passée de 145,8 cm à 147,5 cm sur la même période.
- Cette hausse s’accompagne d’une augmentation de l’obésité infantile, notamment dans les zones les plus défavorisées, où la part des enfants en surpoids ou obèses est passée de 37,7 % à 43,3 %.
- Le Royaume-Uni affiche le taux d’obésité infantile le plus élevé parmi les cinq plus grandes économies européennes, avec 11,3 % des 5–19 ans concernés en 2022.
- En Europe, 8 % des enfants et adolescents sont obèses, un chiffre qui a doublé depuis 1990.
Une taille en hausse, mais pas de meilleure santé
Les données recueillies par Andrew Moscrop et son équipe montrent que la taille moyenne des enfants d’Angleterre, d’Écosse et du pays de Galles a augmenté entre 2009/10 et 2023/24. Pour les garçons de 11 ans, la progression est passée de 145 cm à 146,4 cm, tandis que chez les filles, elle est passée de 145,8 cm à 147,5 cm. Ces chiffres incluent une accélération notable pendant la pandémie de Covid-19, avec un pic à 146,5 cm pour les garçons et 148 cm pour les filles en 2020/21. Cependant, cette croissance ne reflète pas une amélioration de l’état de santé général.
Les chercheurs soulignent que cette hausse de la taille est directement liée à l’augmentation de l’obésité infantile, en particulier dans les milieux socio-économiques défavorisés. Selon Andrew Moscrop, interrogé sur le blog de l’université d’Oxford, « les enfants des quartiers plus pauvres sont exposés à davantage de points de vente d’aliments malsains et à moins de sources d’aliments sains ». La fermeture des écoles et les confinements pendant la pandémie ont aggravé la situation en réduisant les possibilités d’activité physique et en favorisant une alimentation moins équilibrée.
Des inégalités socio-économiques qui persistent
L’étude met en lumière un paradoxe : les écarts de taille entre les enfants des milieux les plus favorisés et ceux des milieux les plus défavorisés se réduisent, mais cela s’explique par une aggravation de l’obésité dans les zones pauvres. Chez les garçons, l’écart de taille entre les déciles les plus et les moins défavorisés diminue progressivement, bien que les enfants des milieux aisés restent en moyenne plus grands. Chez les filles, la tendance est encore plus marquée : l’écart s’est complètement résorbé pendant la pandémie, et les filles des milieux les plus défavorisés ont brièvement dépassé celles des milieux aisés en taille.
Ces résultats s’appuient sur l’Index of Multiple Deprivation, un indicateur gouvernemental qui combine revenu, emploi, éducation, santé, criminalité et logement pour classer les quartiers en dix groupes égaux, ou déciles. Comme l’explique Moscrop, cette mesure permet de comparer les 10 % de quartiers les plus pauvres aux 10 % les plus riches. Les enfants de ces zones défavorisées sont ainsi plus exposés à des facteurs de risque accrus, notamment une alimentation déséquilibrée et un manque d’activité physique.
L’obésité infantile, un fléau qui s’étend en Europe
Les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) confirment que le Royaume-Uni n’est pas un cas isolé. Dans la région Europe de l’OMS, qui couvre une cinquantaine de pays dont la Russie, la Turquie et plusieurs États d’Asie centrale, la prévalence de l’obésité chez les 5–19 ans est passée de 3,8 % en 1990 à 8 % en 2022. Une progression alarmante, mais qui reste en deçà de celle observée outre-Manche : le taux d’obésité infantile y est passé de 4,5 % à 11,3 % sur la même période.
En 2022, le Royaume-Uni affichait ainsi le taux d’obésité infantile le plus élevé parmi les cinq plus grandes économies européennes, devant l’Espagne (10,5 %), l’Italie (9,6 %), l’Allemagne (8,5 %) et la France (4,1 %). À l’échelle du continent, la Hongrie (14,8 %), Chypre (14,1 %) et la Finlande (12,7 %) figuraient parmi les pays les plus touchés.
Les prochaines données de l’OMS, attendues en 2026, permettront d’évaluer l’impact des politiques mises en place ces dernières années. En attendant, le débat sur l’efficacité des mesures actuelles s’annonce vif, alors que les inégalités socio-économiques continuent de creuser l’écart en matière de santé infantile.
Le décile de privation est une mesure utilisée pour classer les quartiers en fonction de leurs niveaux de pauvreté. L’Index of Multiple Deprivation, développé par le gouvernement britannique, combine plusieurs critères comme le revenu, l’emploi, l’éducation, la santé, la criminalité et le logement. Les quartiers sont ensuite divisés en dix groupes égaux, les déciles, permettant de comparer les 10 % les plus pauvres aux 10 % les plus riches.