Le gouvernement pakistanais a annoncé la suppression de la taxe sur les protections périodiques et les contraceptifs à compter du 1er juillet 2026. Selon Courrier International, cette mesure, prévue dans le prochain budget, réduit le taux de TVA de 18 % à 0 % pour ces produits, auparavant considérés comme des « biens de luxe ». Une décision saluée par les militants et les organisations internationales pour son impact sur l’égalité des genres et l’accès à la santé menstruelle.

Ce qu'il faut retenir

  • La taxe sur les protections périodiques et les contraceptifs passe de 18 % à 0 % à partir du 1er juillet 2026 au Pakistan.
  • Les produits étaient auparavant soumis à une taxe douanière de 25 % sur les importations, rendant leur accès difficile pour une majorité de femmes.
  • Seule une femme sur dix au Pakistan utilise des protections périodiques industrielles, selon un rapport de l’Unicef de 2025.
  • La mesure s’inscrit dans le cadre d’une lutte contre la précarité menstruelle, avec des recouris à des solutions alternatives (serviettes en tissu) pour la majorité des Pakistanaises.
  • Cette initiative fait suite à une bataille juridique et médiatique menée par des militants, dont l’avocate Mahnoor Omer.

Une réforme historique pour briser un tabou

Jusqu’à présent, les serviettes hygiéniques et les tampons étaient classés parmi les « produits de luxe » au Pakistan, une catégorisation qui reflétait mal leur rôle essentiel dans la santé et l’autonomie des femmes. Avec cette réforme, le gouvernement pakistanais reconnaît officiellement que l’accès à ces produits est un droit fondamental, et non un privilège. « Hommes et femmes, tout le monde applaudit et salue cette initiative », a déclaré Mahnoor Omer, avocate à l’origine d’une pétition et d’une action en justice en septembre 2025 à Islamabad, citée par NPR et reprise par Courrier International.

La mesure intervient alors que le pays compte parmi les plus touchés par la précarité menstruelle. Selon un rapport de l’Unicef publié en 2025, seulement 10 % des Pakistanaises utilisent des protections périodiques industrielles. Les 90 % restantes se tournent vers des solutions alternatives, souvent peu hygiéniques, comme des serviettes en tissu ou des méthodes artisanales, faute de moyens financiers.

Un système fiscal absurde pointé du doigt par les militants

Les défenseurs des droits des femmes dénonçaient depuis des années une double taxation sur ces produits. En plus du taux de TVA de 18 %, les protections périodiques importées étaient soumises à une taxe douanière de 25 %. Résultat : un paquet de serviettes hygiéniques pouvait coûter jusqu’à trois fois son prix réel, le rendant inaccessible pour une grande partie de la population féminine. « Cette affaire montre l’absurdité du régime fiscal qui s’applique aux produits d’hygiène pour les femmes », a expliqué Ahsan Jehangir Khan, avocat engagé dans la bataille juridique, au média américain CNN.

Cette politique fiscale était d’autant plus critiquée qu’elle s’inscrivait dans un contexte de discrimination structurelle. Les militants soulignaient que l’État pakistanais bafouait systématiquement les droits des femmes et des jeunes filles à la santé et à l’éducation, en violation de la constitution qui interdit toute discrimination fondée sur le genre. « Le gouvernement était accusé de les empêcher de participer pleinement à la vie publique », précise Courrier International.

Une victoire portée par la société civile et inspirée par d’autres pays

La suppression de cette taxe est le fruit d’un long combat mené par la société civile pakistanaise. Des militants, des associations et des avocats ont multiplié les actions juridiques et les campagnes de sensibilisation pour dénoncer cette injustice fiscale. Leur mobilisation, largement relayée par les médias locaux et internationaux, a fini par porter ses fruits. Le Pakistan rejoint ainsi la liste des pays ayant adopté des mesures similaires, comme le Malawi, l’Inde ou le Népal, qui ont également supprimé ou réduit les taxes sur les protections périodiques ces dernières années.

Cette avancée a été saluée par ONU Femmes, qui y voit une « étape importante » pour permettre aux femmes et aux jeunes filles de rester actives dans leur vie professionnelle et scolaire pendant leurs règles. « Cette réforme devrait contribuer à réduire les inégalités et à renforcer l’autonomie des femmes », a indiqué l’organisation dans un communiqué.

Des défis persistants malgré cette mesure

Si cette décision marque une avancée significative, des obstacles restent à surmonter. D’abord, son application effective devra être surveillée pour éviter que les protections périodiques ne deviennent des produits de luxe dans les faits, malgré l’absence de taxe. Ensuite, le Pakistan devra investir dans des campagnes de sensibilisation et d’éducation pour briser les tabous autour de la menstruation et promouvoir l’utilisation de produits hygiéniques sûrs.

Enfin, cette réforme s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre les inégalités de genre. Bien que la suppression de la taxe soit un pas en avant, les militants rappellent que d’autres défis persistent, comme l’accès à l’éducation des filles ou la lutte contre les violences faites aux femmes. « Cette mesure est un début, mais le chemin vers l’égalité réelle est encore long », a souligné Mahnoor Omer.

Et maintenant ?

Dès le 1er juillet 2026, les Pakistanaises devraient constater une baisse des prix des protections périodiques et des contraceptifs. Cependant, le succès de cette réforme dépendra de son application concrète et de la capacité des autorités à garantir un approvisionnement suffisant en produits abordables. Les associations locales appellent déjà à une surveillance étroite pour éviter les pénuries ou les augmentations de prix déguisées. Par ailleurs, cette mesure pourrait inspirer d’autres pays de la région à revoir leur fiscalité sur ces produits essentiels, alors que la lutte contre la précarité menstruelle gagne en visibilité internationale.

Reste à voir si cette réforme marquera un tournant dans l’histoire sociale du Pakistan ou si elle restera un symbole sans impact concret pour les millions de femmes concernées. Une chose est sûre : elle ouvre une brèche dans un système où l’accès à l’hygiène menstruelle était jusqu’ici un luxe réservé à une minorité.

Les protections périodiques étaient classées parmi les « produits de luxe » par les autorités pakistanaises, ce qui justifiait une taxation à 18 % de TVA. Cette catégorisation était dénoncée comme une injustice par les militants, d’autant que les produits importés subissaient en plus une taxe douanière de 25 %, rendant leur accès prohibitif pour une majorité de femmes.

Le Pakistan rejoint une liste de pays ayant adopté des mesures similaires, dont le Malawi, l’Inde et le Népal. D’autres nations, comme l’Écosse ou le Canada, ont également réduit ou supprimé cette taxe dans les dernières années, reflétant une tendance mondiale à reconnaître l’hygiène menstruelle comme un droit fondamental.