L’intégration du pass Navigo dans les iPhone pourrait cesser « dans quelques semaines », selon une décision de l’Autorité de Régulation des Transports (ART) saisie par la SNCF et la RATP. La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, dénonce un « imbroglio réglementaire absurde » et appelle à une modification urgente de la loi pour éviter un retour en arrière technologique. Selon BFM Business, cette situation intervient deux ans après l’arrivée tardive du pass sur iOS, un service plébiscité par les Franciliens.

Ce qu’il faut retenir

  • La fin de l’intégration du pass Navigo sur iPhone pourrait intervenir d’ici août 2026, suite à une décision de l’ART imposant de nouvelles contraintes à Apple.
  • Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, qualifie la situation d’« ubuesque » et dénonce un contentieux porté par la RATP et la SNCF pour protéger leurs intérêts.
  • Le système actuel permet à un quart des achats de titres de transport en Île-de-France de se faire via smartphone, soit plusieurs millions de transactions mensuelles.
  • Apple devrait désormais proposer, dans son application Wallet, une liste de vendeurs pour chaque ticket, redirigeant l’utilisateur vers l’Apple Store pour télécharger une application externe et créer un compte.
  • Le Sénat a adopté en avril 2025 un texte clarifiant le statut d’Apple comme « apporteur de solutions digitales », mais le vote à l’Assemblée nationale reste nécessaire avant l’été 2026.

Une avancée technologique menacée par un conflit réglementaire

L’arrivée du pass Navigo sur iPhone, obtenue après des années de négociations entre Île-de-France Mobilités et Apple, avait marqué une étape majeure pour la billettique francilienne. Contrairement aux utilisateurs d’Android, les propriétaires d’iPhone avaient dû patienter jusqu’en 2024 pour bénéficier de cette fonctionnalité, grâce à la technologie NFC permettant les paiements sans contact. Pourtant, cette solution, saluée pour son succès – un quart des achats de titres se font désormais via smartphone –, pourrait disparaître dès cet été. D’après BFM Business, l’ART a imposé à Apple des contraintes jugées « lourdes » par Valérie Pécresse, rendant impossible la poursuite de l’intégration actuelle sans modification législative.

Des contraintes jugées « absurdes » par les autorités régionales

Dans un message publié sur LinkedIn, Valérie Pécresse a vivement critiqué la décision de l’ART, qu’elle qualifie de « décision ubuesque » et « politique ». Elle explique que l’autorité a « considéré Apple comme une société de transports », alors que son application Wallet n’est qu’un « portefeuille numérique ». Pour se conformer à la réglementation, Apple devrait désormais, pour chaque achat de ticket, proposer une liste de vendeurs (RATP, SNCF ou Île-de-France Mobilités) et rediriger l’utilisateur vers l’Apple Store pour télécharger l’application correspondante. L’utilisateur devrait alors créer un compte, enregistrer sa carte bancaire – au lieu d’utiliser Apple Pay – et enfin récupérer son billet dans le Wallet. « Cela revient à transformer une solution simple en parcours du combattant », a-t-elle souligné.

« Si la loi n’est pas modifiée d’ici l’été 2026, cela signera l’arrêt pur et simple de la vente de titres de transport via l’iPhone. Un vrai retour en arrière pour la billettique dans nos transports ! »
Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France

Un contentieux porté par les opérateurs historiques

Selon Valérie Pécresse, le contentieux à l’origine de cette situation oppose la RATP et la SNCF à Apple, ces deux acteurs publics cherchant à « protéger leurs rentes ». Elle rappelle que le pass Navigo sur iPhone, lancé en 2024, a été obtenu après des années de discussions techniques et juridiques. « Ce n’est pas un concurrent des transporteurs », a-t-elle affirmé, comparant la situation à celle d’Apple Pay, qui n’est pas considéré comme un concurrent des banques. Malgré ses critiques, ni la RATP ni la SNCF n’ont pour l’heure répondu aux demandes de commentaires de BFM Business.

Un enjeu à la fois technologique et politique

Pour Valérie Pécresse, la solution passe par une modification de la loi pour clarifier le statut d’Apple. Le Sénat a déjà adopté en avril 2025 un projet de loi transport incluant cette clarification, mais le texte doit encore être voté à l’Assemblée nationale avant l’été 2026. La présidente de région mise sur le soutien du ministre des Transports et en appelle directement au Président de la République et au Premier ministre. « Ne pas adopter ce texte à temps reviendrait à saborder volontairement un service utile, plébiscité et qui fonctionne, à rebours de l’image innovante que nous voulons envoyer au monde », a-t-elle averti. Elle insiste sur le fait que « l’absurde n’est pas technique. Il est politique ».

Et maintenant ?

Le sort du pass Navigo sur iPhone dépend désormais du vote de l’Assemblée nationale avant l’été 2026. Si le texte n’est pas adopté, l’intégration actuelle cessera dès août 2026, contraignant les utilisateurs à revenir à des méthodes traditionnelles. La région Île-de-France et le gouvernement devront trancher rapidement pour éviter un recul technologique, alors que ce service compte déjà plusieurs millions d’utilisateurs réguliers. Une décision politique, donc, qui pourrait aussi influencer d’autres partenariats technologiques dans les transports.

La situation rappelle les tensions récurrentes entre innovation numérique et régulation sectorielle, un équilibre délicat à trouver dans un domaine aussi stratégique que les transports publics.

L’Autorité de Régulation des Transports a considéré qu’Apple devait se conformer à des règles similaires à celles des opérateurs de transport, notamment en listant les vendeurs de billets directement dans son application Wallet. Cette décision fait suite à un contentieux porté par la RATP et la SNCF, qui contestent l’intégration du pass Navigo sans passer par leurs canaux habituels.

Les utilisateurs devront alors se tourner vers des solutions alternatives : achat de tickets physiques, utilisation d’autres smartphones (Android), ou recours aux sites web ou applications mobiles des opérateurs (RATP, SNCF, Île-de-France Mobilités). Les bornes de validation en station resteront bien sûr opérationnelles.