Le gouvernement a annoncé le 21 avril 2026 une augmentation de l’aide aux pêcheurs, passant de 20 centimes à entre 30 et 35 centimes d’euro par litre de gasoil, selon BFM Business. Une mesure insuffisante pour endiguer l’hémorragie financière subie par un secteur déjà exsangue.
Ce qu'il faut retenir
- Le coût du gasoil représente désormais 60 % du budget des chalutiers, contre 20 à 25 % avant la crise énergétique.
- Un chalutier consomme en moyenne 2 000 litres par sortie, soit une dépense de 2 160 euros au prix actuel du carburant.
- Les pêcheurs perdent 200 à 300 euros par semaine depuis la fermeture du détroit d’Ormuz et la flambée des cours du pétrole.
- Seuls 11 chalutiers restent en activité à Sète, contre une cinquantaine il y a vingt ans.
- La profession plaide pour la décarbonation des bateaux, mais réclame des aides immédiates pour survivre.
Une profession à genoux après des décennies de pression
Sur le pont du chalutier « Jean-Louis Vincent », amarré au port de Sète, l’équipage s’affaire dans un ballet mécanique. Quatre marins, réveillés à 2h30 du matin, enchaînent les « cales » — descentes et remontées des filets — sous une pluie battante ou un soleil de plomb. Cinq sorties hebdomadaires, sans répit, pour des revenus directement liés aux ventes de poissons. « Je perds 200 à 300 euros par semaine depuis le conflit au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz », témoigne Yohan Donadille, 46 ans, pêcheur depuis près de trente ans. Autant dire que chaque sortie en mer est désormais un pari perdu d’avance.
La structure financière du secteur illustre l’ampleur de la crise. Les pêcheurs ne perçoivent que 45 % des recettes issues de la vente des poissons, une fois défalqués le coût du gasoil, de l’huile et de la glace. Les 55 % restants sont consacrés à l’armement : remboursement des crédits des bateaux, entretien du matériel, réparations. « Pêcher plus, ce n’est pas gagner plus d’argent », explique Vincent Scotto, capitaine du chalutier et président de l’organisation de producteurs SaThoAn. « Aujourd’hui, le nerf de la guerre, c’est mieux vendre le produit. Plus un produit est présent sur le marché, plus son prix s’effondre. »
Des coûts qui explosent, une survie menacée
Le prix du gasoil pêche a atteint 1,08 euro le litre début mai 2026, selon le dernier relevé de l’observatoire du carburant pêche Amarrée. Un record qui contraste avec les 0,60 euro pratiqués en février, avant le déclenchement des hostilités au Moyen-Orient. Pour un chalutier consommant 2 000 litres par sortie, la facture s’élève désormais à 2 160 euros — un montant qui engloutit l’essentiel des recettes, voire les dépasse. « Aujourd’hui, être obligé d’aller quémander à l’État ou à la Commission européenne pour pouvoir s’en sortir, ce n’est pas la solution. Mais, temporairement, on n’a pas d’autre choix », admet Vincent Scotto.
La hausse du carburant pèse aussi sur les coûts indirects. Les filets de pêche, fabriqués en polypropylène — un dérivé du pétrole —, ont vu leur prix augmenter de 25 %, et une nouvelle hausse de même ampleur est annoncée. « On est au bord du précipice, au bout du rouleau », lâche le capitaine, amer. Entre une réglementation de plus en plus stricte, des charges qui asphyxient les marges et des jeunes générations qui boudent la profession, la flotte méditerranéenne se meurt. À Sète, seuls 11 chalutiers prennent encore la mer, contre une trentaine il y a dix ans et une cinquantaine il y a vingt ans.
Une pêche méditerranéenne en voie de disparition ?
Les conséquences de cette crise se mesurent aussi dans les criées. À Valras-Plage, comme dans d’autres ports du sud de la France, les débarquements s’amenuisent. Les espèces traditionnelles — chinchards, calamars, baudroies, congres, raies ou poulpes — peinent à se vendre à des prix rémunérateurs. « Une pêche mieux valorisée localement, c’est ce dont nous avons besoin », plaide Vincent Scotto. Il propose une transition vers des bateaux décarbonés, seule alternative selon lui pour pérenniser la flotte. « Toute la pêche de France et de Méditerranée est prête à arrêter ce système de surconsommation de gazole. Il faut électrifier les bateaux. Mais nous avons besoin d’aides », insiste-t-il.
Pourtant, les aides annoncées par le gouvernement restent timides. Le 21 avril, Sébastien Lecornu a confirmé une enveloppe « entre 30 et 35 centimes d’euro par litre » de gasoil, contre 20 centimes auparavant. Une bouffée d’oxygène insuffisante pour des professionnels dont les marges ont fondu comme neige au soleil. « On n’intéresse plus personne, si ce n’est la Commission européenne pour nous mettre des barrières et nous empêcher de vivre notre métier », dénonce Vincent Scotto.
La filière face à ses défis
La situation des pêcheurs s’inscrit dans un contexte plus large de crise énergétique, aggravée par les tensions géopolitiques. La fermeture du détroit d’Ormuz, corridor stratégique pour le transport du pétrole, a fait flamber les cours du brut, plongeant des secteurs entiers dans l’incertitude. Pour la pêche, l’enjeu est double : réduire sa dépendance au gasoil tout en maintenant une activité économique viable. « On ne peut plus continuer comme ça », résume Vincent Scotto. « Soit on trouve des solutions, soit on disparaît. »
Les prochaines semaines seront déterminantes. Les négociations entre l’État, la Commission européenne et les représentants des pêcheurs devraient aboutir à un plan d’action concret d’ici l’été. En attendant, les chalutiers continuent de prendre la mer, malgré l’absence de rentabilité. Une résilience qui ne saurait durer éternellement.
Le prix du gasoil pêche a atteint 1,08 euro le litre début mai 2026, contre 0,60 euro en février 2026. Une hausse de près de 80 % en trois mois, selon les relevés de l’observatoire Amarrée.
Le gouvernement a annoncé une aide passant de 20 centimes à entre 30 et 35 centimes d’euro par litre de gasoil, effective depuis le 21 avril 2026. Une mesure jugée insuffisante par les professionnels du secteur.