Plusieurs criées du littoral méditerranéen continuent de commercialiser des poissons ne respectant pas les tailles minimales légales, révèle une enquête du Monde publiée aujourd’hui. Les observations scientifiques, analysées par le quotidien, mettent en lumière la persistance de ventes de merlus capturés avant d’avoir atteint la taille requise de 20 centimètres. Autant dire que la réglementation européenne, en vigueur depuis plusieurs années, n’est pas appliquée comme elle devrait l’être.
Ce qu'il faut retenir
- Des criées méditerranéennes vendent encore des merlus de moins de 20 cm, taille minimale légale en Europe
- Cette pratique est confirmée par des observations scientifiques analysées par Le Monde
- La réglementation européenne interdit la commercialisation de poissons n’ayant pas atteint cette taille depuis plusieurs années
Une réglementation européenne bafouée dans les ports méditerranéens
Selon les données compilées par Le Monde, certaines criées de Méditerranée, notamment dans le Var et les Bouches-du-Rhône, proposent encore à la vente des merlus capturés avant d’avoir atteint la taille légale de 20 centimètres. Cette mesure, imposée par le règlement européen n°1967/2006, vise à permettre aux populations de poissons de se reproduire avant d’être pêchées. Pourtant, sur le terrain, le contrôle de cette règle semble défaillant.
Les scientifiques ayant mené ces observations rappellent que le non-respect de cette taille minimale contribue à la surpêche et menace la durabilité des stocks. Des analyses réalisées entre 2024 et 2025 ont montré que jusqu’à 15 % des merlus débarqués dans certaines criées mesuraient moins de 20 centimètres, contre une tolérance légale de 0 %.
Des contrôles insuffisants et des sanctions rares
Les professionnels du secteur interrogés par Le Monde reconnaissent des lacunes dans l’application des contrôles. « Les inspections sont trop espacées et les sanctions, quand elles existent, sont souvent symboliques », a déclaré un mareyeur des Bouches-du-Rhône sous couvert d’anonymat. Selon lui, les petits pêcheurs, souvent en difficulté économique, seraient tentés de contourner la règle pour écouler leurs prises rapidement.
Les autorités compétentes, comme la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du Var, indiquent effectuer des contrôles aléatoires mais reconnaissent que les moyens humains et matériels manquent pour une surveillance optimale. Seulement trois amendes ont été prononcées dans le Var en 2025 pour non-respect de la taille minimale, selon les chiffres communiqués par la préfecture maritime.
Un enjeu économique et écologique majeur
Au-delà de l’aspect réglementaire, cette pratique pose un problème écologique majeur. Les merlus juvéniles, capturés avant leur maturité sexuelle, ne participent pas à la reproduction et fragilisent ainsi l’ensemble de l’écosystème méditerranéen. Les scientifiques estiment qu’un merlu doit vivre au moins trois ans avant d’être pêché pour assurer la pérennité de l’espèce. Or, certains poissons vendus aujourd’hui n’ont que quelques mois.
Côté économique, cette situation avantage certains acteurs du marché au détriment d’une pêche durable. « Les petits pêcheurs qui respectent la règle se retrouvent désavantagés », souligne un représentant de la prud’homie de pêche de Sète. « Ils vendent à perte, tandis que d’autres écoulent leur marchandise sans contrôle », ajoute-t-il.
La Commission européenne, contactée par Le Monde, rappelle que les États membres sont tenus de garantir l’application stricte des règles de pêche. Une mise en demeure pourrait être envisagée si la situation ne s’améliore pas d’ici fin 2026. En attendant, les criées méditerranéennes restent sous haute surveillance.
Cette taille minimale permet aux merlus d’atteindre leur maturité sexuelle et de se reproduire avant d’être pêchés. Sans cette règle, les stocks s’épuisent rapidement, mettant en danger l’équilibre écologique et la pérennité de la pêche, selon les scientifiques et les autorités européennes.