Le second tour de l’élection présidentielle péruvienne, qui s’est tenu le 7 juin 2026, a mis en lumière un scrutin si serré que le dépouillement des quelque 300 000 bulletins des Péruviens de l’étranger a inversé la tendance des résultats provisoires. Selon Courrier International, alors que le candidat de gauche Roberto Sánchez obtenait une légère avance au niveau national avec 50,13 % des voix, sa rivale de droite, Keiko Fujimori, a finalement pris l’avantage grâce aux votes de la diaspora, où elle a recueilli 64 % des suffrages. Le dépouillement des bulletins, en cours dans près de 1 500 bureaux de vote, continue de susciter la controverse.

Ce qu'il faut retenir

  • Un écart de 70 000 voix sépare désormais Fujimori (50,09 %) de Sánchez (49,91 %), alors que le vote des expatriés a joué un rôle décisif.
  • Les 300 000 bulletins des Péruviens de l’étranger représentent un poids électoral significatif dans un scrutin où 18 millions de suffrages ont été exprimés.
  • Des figures politiques, dont la députée Amalia Palomino, proposent de limiter le droit de vote des expatriés après dix ans d’émigration.
  • Les transferts financiers des Péruviens de l’étranger ont atteint 5,368 milliards de dollars en 2025, soit 11,7 % de plus qu’en 2024.
  • Les deux candidats ont déjà demandé l’annulation de milliers de votes, chacun contestant des résultats dans des circonscriptions adverses.

Alors que Sánchez s’imposait dans les urnes péruviennes avec une marge infime, le vote des expatriés, souvent comptabilisé tardivement, a renversé la tendance. Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori, a ainsi repris l’avantage, selon les chiffres provisoires. Pourtant, 30 000 voix seulement séparent désormais les deux candidats, un écart si faible que le recomptage des bulletins contestés dans près de 1 500 bureaux de vote pourrait encore modifier la donne. Le résultat définitif est attendu pour la mi-juillet, mais les tensions montent déjà.

Ce scrutin a ravivé un débat récurrent au Pérou : faut-il maintenir le droit de vote des expatriés, dont l’influence électorale pourrait, à l’avenir, s’avérer déterminante ? La question divise profondément la société péruvienne, où l’émigration massive a façonné l’économie et les mentalités. Les transferts d’argent des Péruviens vivant à l’étranger ont atteint 5,368 milliards de dollars en 2025, un montant record qui représente 1,6 % du PIB du pays. Pourtant, certains y voient une forme d’ingérence dans les affaires intérieures, tandis que d’autres défendent ce droit comme un pilier de la citoyenneté.

Un scrutin sous haute tension

La contestation des résultats a commencé dès les premières heures. Sánchez a demandé l’annulation des suffrages exprimés dans 647 bureaux de vote aux États-Unis, invoquant des irrégularités. De son côté, Fujimori a exigé l’invalidation de 7 000 votes dans la région de Puno, un bastion de la gauche, arguant de possibles fraudes. Ces recours illustrent la polarisation extrême d’une campagne où chaque voix compte, y compris celles des expatriés.

Le vote des Péruviens de l’étranger n’est pas un phénomène nouveau, mais son poids électoral prend une dimension inédite dans ce scrutin. Traditionnellement, les résultats sont connus rapidement dans les grandes villes, avant même que les bulletins des expatriés ne soient dépouillés. Cette fois, cependant, l’écart entre les deux candidats est si faible que le vote de la diaspora a joué un rôle central. Fujimori y a obtenu 64 % des voix, contre seulement 50,13 % pour Sánchez au niveau national, ce qui a suffi à inverser la tendance.

Un débat qui dépasse l’élection

La controverse dépasse largement le cadre électoral. Des voix s’élèvent pour remettre en cause le droit de vote des Péruviens de l’étranger, parfois après plus de dix ans passés hors du pays. Amalia Palomino, députée de gauche élue en 2026, a ouvert le débat en proposant de priver les expatriés de leur droit de vote après une décennie d’émigration. Une idée qui a trouvé un écho auprès du président en exercice, José María Balcázar, prêt à soutenir une réforme en ce sens.

Sur les réseaux sociaux, des intellectuels comme la philosophe Jimena Ledgard ont critiqué ce qu’ils qualifient de « positions néfastes et antidémocratiques ». « Regretter qu’une candidate puisse perdre au niveau national mais gagner grâce aux votes de la diaspora, surtout lorsque ceux-ci émanent de personnes ayant vécu des décennies à l’étranger et dont les enfants n’ont jamais connu le Pérou, revient à nier l’appartenance à la nation », a-t-elle déclaré. D’autres, à l’image d’un Péruvien de 36 ans résidant aux États-Unis, défendent leur droit de vote au nom de leur contribution économique et de leur attachement au pays. « Nous envoyons de l’argent et investissons au Pérou. Mes parents veulent rentrer, et moi aussi, un jour », a-t-il témoigné.

La presse locale, comme Perú21, dénonce une logique dangereuse. « Certains remettent en cause le droit de vote des expatriés, tout comme d’autres avaient proposé de rétablir le suffrage censitaire pour réduire l’influence des régions andines, traditionnellement à gauche. Les cibles changent, mais la logique reste la même : limiter les droits de ceux qui votent différemment », écrit le quotidien. Une analyse partagée par d’autres titres, qui y voient une menace pour la démocratie.

Et maintenant ?

Le recomptage des bulletins contestés, prévu dans les prochaines semaines, pourrait encore modifier l’issue du scrutin. D’ici la mi-juillet, date à laquelle le résultat définitif doit être proclamé, les tensions risquent de s’aggraver, surtout si l’écart entre les candidats reste inférieur à 30 000 voix. Une éventuelle réforme du droit de vote des expatriés, si elle était adoptée, pourrait par ailleurs avoir des répercussions bien au-delà de ce second tour, en redéfinissant les contours de la citoyenneté péruvienne.

Quoi qu’il advienne, ce scrutin aura mis en lumière un paradoxe péruvien : un pays où l’émigration est à la fois un pilier économique et une source de divisions politiques. Alors que les transferts d’argent des expatriés représentent plus de 1,6 % du PIB, leur influence électorale divise une société déjà fracturée. Entre ceux qui défendent leur droit de vote au nom de la contribution économique et ceux qui y voient une menace pour la démocratie, le débat est loin d’être clos.

Avec près de 300 000 bulletins exprimés par la diaspora sur un total de 18 millions de suffrages, leur poids électoral a été décisif dans un scrutin où l’écart entre les candidats est inférieur à 30 000 voix. Leur avance pour Fujimori (64 % contre 50,13 % pour Sánchez au niveau national) a suffi à inverser la tendance des résultats provisoires.

Un recomptage des bulletins contestés est en cours dans près de 1 500 bureaux de vote. Le résultat définitif est attendu pour la mi-juillet 2026. Par ailleurs, des discussions pourraient s’engager sur une éventuelle réforme du droit de vote des expatriés, un débat déjà porté par des figures politiques comme la députée Amalia Palomino ou le président José María Balcázar.