En Seine-et-Marne, des milliers de betteraviers voient leur activité menacée par la prolifération d’insectes ravageurs. Depuis plusieurs années, un sénateur local, Pierre Cuypers, membre des Républicains, multiplie les interventions pour obtenir un assouplissement des règles sur l’usage des néonicotinoïdes. Selon Le Monde, ces tentatives s’accompagnent d’un silence sur ses liens avec le lobby de la betterave sucrière, une situation qui interroge sur l’indépendance de son action politique.

Ce qu'il faut retenir

  • Pierre Cuypers, sénateur LR de Seine-et-Marne et betteravier, défend depuis des années le retour de l’acétamipride, un néonicotinoïde interdit en Europe depuis 2018.
  • Il a déposé plusieurs amendements ou propositions pour contourner cette interdiction, sans jamais évoquer ses liens avec le lobby sucrier.
  • L’acétamipride, utilisé pour protéger les betteraves contre les pucerons, est pointé du doigt pour ses effets néfastes sur les pollinisateurs.
  • En 2023, l’Union européenne a confirmé l’interdiction de cette substance, malgré les pressions de certains États membres.
  • Cuypers est à la fois producteur de betteraves et élu, une double casquette qui soulève des questions sur les conflits d’intérêts.

Un élu au carrefour des intérêts agricoles et politiques

Pierre Cuypers occupe une position particulière dans le débat sur les néonicotinoïdes. À la fois sénateur et betteravier, il incarne les tensions entre préservation de l’environnement et enjeux économiques locaux. Selon Le Monde, ses prises de parole répétées en faveur d’un retour de l’acétamipride contrastent avec le consensus scientifique autour des risques pour les abeilles et les écosystèmes.

En 2024, il a ainsi co-signé une proposition visant à autoriser temporairement certains néonicotinoïdes pour les cultures de betteraves, une mesure présentée comme une solution d’urgence face aux attaques de pucerons verts. Pourtant, cette substance, comme d’autres de la même famille, est suspectée d’affaiblir les colonies d’abeilles et d’autres pollinisateurs, essentiels à la biodiversité.

L’ombre du lobby de la betterave sucrière

Le nom de Pierre Cuypers apparaît régulièrement dans les cercles de décision liés à la filière betteravière. Comme le rapporte Le Monde, plusieurs de ses interventions au Sénat coïncident avec des positions défendues par des organisations professionnelles comme la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). Une proximité qui n’est jamais mentionnée dans ses discours publics, alors même que l’Union européenne a maintes fois rappelé le risque de conflits d’intérêts dans ce type de débats.

En 2025, lors d’une audition à la commission du développement durable, il a affirmé : «

Les betteraviers n’ont pas d’alternative viable aux néonicotinoïdes. Sans eux, c’est toute une filière qui disparaîtra en quelques années.
» Une déclaration qui occulte les efforts menés par certains agriculteurs pour développer des méthodes alternatives, comme la rotation des cultures ou l’utilisation de prédateurs naturels des pucerons.

Une interdiction européenne maintenue, mais des pressions locales persistantes

Malgré les mobilisations de plusieurs États membres, dont la France, l’Union européenne a confirmé en 2023 le maintien de l’interdiction de l’acétamipride. Une décision saluée par les écologistes, mais contestée par une partie du monde agricole. Pierre Cuypers, lui, continue de défendre une approche pragmatique, arguant que les betteraves sucrières, cultures industrielles majeures en Seine-et-Marne, ne peuvent se passer de ces pesticides.

Ses détracteurs soulignent pourtant que la filière betteravière dispose de subventions publiques importantes et que les alternatives existent, même si elles nécessitent des investissements. Pour ses partisans, en revanche, l’urgence sanitaire – la menace des virus transmis par les pucerons – justifie des dérogations exceptionnelles.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de ce débat pourraient se cristalliser autour de la révision du règlement européen sur les pesticides, prévue pour 2027. D’ici là, des amendements pourraient être déposés au niveau national, notamment dans le cadre de la loi sur l’agriculture en discussion au Parlement. Les betteraviers, eux, devraient maintenir la pression pour obtenir des solutions d’urgence, tandis que les associations environnementales promettent de poursuivre leur veille sur d’éventuels conflits d’intérêts.

L’affaire soulève une question de fond : jusqu’où un élu peut-il défendre des intérêts sectoriels sans les déclarer publiquement ? La réponse dépendra en partie des règles déontologiques du Sénat, mais aussi de la transparence imposée aux lobbies agricoles dans les années à venir.

L’acétamipride est un néonicotinoïde, une famille de pesticides neurotoxiques pour les insectes. Interdit en Europe depuis 2018 en raison de ses effets dévastateurs sur les abeilles et autres pollinisateurs, il reste autorisé dans certains pays en dehors de l’UE pour des usages ciblés.