Une jeune entreprise bavaroise, Planet A Foods, propose depuis 2021 une alternative innovante au chocolat traditionnel, baptisée ChoViva. Selon Euronews FR, ce substitut ne contient aucune fève de cacao, mais est élaboré à partir de graines de tournesol fermentées et torréfiées, offrant ainsi une solution durable face à la raréfaction du cacao et à l’empreinte écologique de sa production.

Ce qu'il faut retenir

  • ChoViva, développé par Planet A Foods, est une alternative au chocolat à base de graines de tournesol, sans cacao, avec une empreinte carbone réduite de 73,6 % par rapport au chocolat traditionnel.
  • L’entreprise, fondée en 2021 par Sara Marquart et son frère Maximilian, emploie des chercheurs issus de 18 pays différents.
  • La production de ChoViva émet 2,8 kg CO₂e/kg contre 10,6 kg CO₂e/kg pour le chocolat classique, selon les données de Planet A Foods.
  • En Allemagne, un passage à ChoViva pourrait permettre d’économiser jusqu’à 6,02 milliards de kilos de CO₂ par an si toute la population consommait cette alternative.
  • La crise du cacao de 2024-2025 a accéléré l’adoption de ChoViva, avec des partenariats signés en Europe, notamment en France avec Abtey Chocolaterie.

Une innovation née de l’urgence écologique

L’industrie du cacao fait face à une menace croissante : selon les projections, jusqu’à 50 % de l’approvisionnement mondial en cacao pourrait disparaître d’ici 2050. Ce risque, lié au changement climatique, à la déforestation et aux monocultures en Côte d’Ivoire et au Ghana – qui fournissent 80 % du cacao mondial –, a poussé Sara Marquart et son frère à chercher une alternative. « Il pleut au mauvais moment et il fait sec au mauvais moment », explique Sara Marquart à Euronews FR. « Résultat : la culture du cacao est menacée. »

Leur solution, ChoViva, repose sur un principe scientifique : 80 % des arômes du chocolat ne proviennent pas de la fève de cacao elle-même, mais de sa transformation – fermentation, torréfaction et conchage. En appliquant ce procédé à des graines de tournesol, les deux entrepreneurs ont créé un produit au goût quasi indiscernable du chocolat traditionnel.

Un processus de fabrication écoresponsable et local

Contrairement au chocolat classique, dont la production repose sur des chaînes d’approvisionnement mondiales souvent polluantes, ChoViva est fabriqué à partir d’ingrédients européens. Les graines de tournesol, le sucre et l’huile végétale proviennent principalement de République tchèque, où Planet A Foods possède une usine à Pilsen. « Nous broyons les ingrédients, puis les faisons passer dans des cylindres pour obtenir une pâte lisse », détaille Lukas Göldner, développeur de produits et chef cuisinier de l’entreprise. « Ensuite, nous la plaçons dans une conche – un mélangeur – pour développer sa texture et son arôme. »

Le mélange est ensuite tempéré pour cristalliser les matières grasses dans la bonne structure, avant d’être moulé et refroidi pour donner naissance à des tablettes brillantes et croquantes. Résultat : une alternative qui ne sacrifie ni le goût ni la qualité, tout en réduisant drastiquement l’impact environnemental.

Une adoption rapide malgré les scepticismes initiaux

Lorsqu’ils ont lancé leur alternative en 2021, Sara et Maximilian Marquart ont essuyé des moqueries de la part de l’industrie. « Au début, on nous disait : “Du chocolat sans cacao, n’importe quoi…” », raconte Sara Marquart. Mais la crise du cacao de 2024-2025, marquée par une flambée des prix – jusqu’à quatre fois plus élevés –, a changé la donne. « Aujourd’hui, plus personne ne rit. »

En quelques années, Planet A Foods a convaincu des producteurs de confiseries en Allemagne, en Suisse, en Belgique et même en France. Parmi eux, Abtey Chocolaterie, une PME alsacienne historique. Anne-Catherine Wagner-Abtey, sa directrice générale, explique avoir fait le pari de ChoViva après avoir constaté les risques liés à la pénurie de cacao : « En janvier 2024, nous avons découvert Planet A Foods lors d’un salon professionnel. Nous avons travaillé neuf mois pour adapter leur ingrédient à nos machines, sans investir dans de nouveaux équipements. »

Des résultats économiques et écologiques concrets

L’adoption de ChoViva a permis à Abtey Chocolaterie de diversifier sa production, autrefois limitée aux périodes de Noël et de Pâques. Aujourd’hui, l’entreprise travaille toute l’année et voit son chiffre d’affaires atteindre 21 millions d’euros, avec des exportations vers 47 pays. « Nous continuons à produire du chocolat traditionnel, car c’est notre héritage, mais proposer une alternative écologique et gourmande est une évidence », souligne Anne-Catherine Wagner-Abtey.

À l’échelle européenne, Planet A Foods produit désormais 10 000 tonnes de ChoViva par an, un volume qui devrait continuer à croître. Sara Marquart, désormais mère d’une petite fille, voit dans cette innovation une promesse pour les générations futures : « Je veux que ma fille puisse, elle aussi, déguster un lapin de Pâques en chocolat. »

Et maintenant ?

Alors que Planet A Foods accélère ses partenariats avec des grands groupes industriels, l’entreprise pourrait étendre sa production et sa gamme de produits dans les années à venir. Une commercialisation plus large en grandes surfaces est envisagée, avec un objectif : rendre ChoViva accessible au plus grand nombre. La question reste cependant de savoir si les consommateurs, habitués aux saveurs traditionnelles du chocolat, adhéreront pleinement à cette alternative – malgré ses avantages écologiques indéniables.

La crise du cacao n’étant pas près de s’éteindre, d’autres acteurs pourraient se lancer dans des innovations similaires. D’ici 2030, l’Union européenne pourrait imposer des normes environnementales plus strictes sur les importations de cacao, poussant davantage l’industrie à se tourner vers des solutions locales et durables. Reste à voir si ChoViva deviendra un standard, ou si d’autres alternatives émergeront.

Les graines de tournesol offrent plusieurs avantages : elles sont cultivées en Europe, réduisant ainsi l’empreinte carbone liée au transport, et leur transformation en ChoViva nécessite moins d’eau et de terres que le cacao. De plus, les arômes caractéristiques du chocolat sont reproduits grâce à la fermentation et à la torréfaction, sans avoir besoin de la fève de cacao elle-même.

Non. D’autres start-up explorent des substituts au cacao, comme des produits à base de pois ou de caroube. Cependant, ChoViva se distingue par son goût quasi identique à celui du chocolat traditionnel et par son adoption rapide par l’industrie.