Dans le Jura bernois, entre le lac de Bienne et les sommets du Mont Sujet, s’étend l’un des plus importants champs de dispersion de météorites d’Europe. Selon Euronews FR, ce site exceptionnel livre depuis des décennies des fragments d’un corps céleste majeur : la météorite de Twannberg. Avec plus de 2 200 pièces recensées à ce jour, ce météorite ferreux, classé parmi les plus rares au monde, offre aux scientifiques un éclairage inédit sur les débuts de notre système solaire et les transformations du paysage suisse lors de la dernière période glaciaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 2 200 fragments découverts depuis 1984, révélant une dispersion bien plus large que prévu.
  • Un météorite ferreux de type IIG, extrêmement rare en Europe, avec une teneur faible en nickel et élevée en phosphore.
  • Une chute survenue il y a environ 175 000 ans, alors que des glaciers de plus d’un kilomètre d’épaisseur recouvraient une grande partie du Plateau suisse.
  • Les nouveaux fragments, retrouvés à des altitudes plus élevées, permettent de mieux comprendre l’extension des glaces à cette époque.
  • Seule la deuxième météorite métallique de type IIG connue en Europe, après celle de Muonionalusta en Suède.

Un champ de dispersion exceptionnel au cœur du Jura bernois

Le site de Twannberg, situé à l’ouest de Berne, couvre une zone d’environ six kilomètres de long. Selon les experts, cette étendue s’explique par l’explosion en altitude du corps céleste lors de son entrée dans l’atmosphère. Euronews FR souligne que cette fragmentation initiale a dispersé des milliers de fragments sur une surface bien plus vaste que ce que les scientifiques imaginaient initialement. Les premières découvertes remontent à 1984, lorsque qu’une agricultrice, Margrit Christen, tomba sur un bloc de 15 kilos dans un champ près de Twannberg. À l’époque, l’objet, composé de fer, fut identifié comme une météorite après des analyses poussées.

Depuis, les campagnes de recherche, notamment grâce à l’utilisation de détecteurs de métaux, ont permis de multiplier les trouvailles. « Il y a dix ans, on comptait 400 fragments, aujourd’hui, il y en a plus de 2 200 », a expliqué le géologue Beda Hofmann, du Musée d’histoire naturelle de Berne, à la radio suisse SRF. Cette progression constante illustre le potentiel encore inexploré de ce site, qui continue de fasciner chercheurs et passionnés.

Une rareté scientifique aux implications majeures

Classée dans la catégorie IIG, la météorite de Twannberg se distingue par sa composition chimique unique. Comme le rapporte Euronews FR, elle présente une teneur en nickel particulièrement faible et une concentration élevée en phosphore, des caractéristiques rares parmi les météorites métalliques. À ce jour, seuls quelques spécimens de ce type sont connus dans le monde, faisant de Twannberg un objet d’étude privilégié pour comprendre la formation et l’évolution des corps célestes.

Pour les scientifiques, ces fragments sont une véritable fenêtre ouverte sur le passé. Ils fournissent des indices précieux sur la composition des astéroïdes et les processus qui ont façonné notre système solaire il y a des centaines de milliers d’années. « Chaque nouveau fragment nous permet d’affiner notre compréhension de l’objet d’origine et de son impact sur Terre », a précisé Beda Hofmann. Leur étude pourrait également éclairer les mécanismes de dispersion des météorites lors de leur traversée de l’atmosphère.

Des fragments déplacés par les glaciers il y a 175 000 ans

L’intérêt de la météorite de Twannberg ne se limite pas à sa rareté. Les nouveaux fragments découverts, situés à des altitudes plus élevées que les précédents, offrent une opportunité unique d’étudier l’impact des glaciers sur le paysage suisse lors de l’avant-dernière période glaciaire. Selon les chercheurs, certains de ces débris ont été transportés par d’immenses masses de glace, dont l’épaisseur pouvait dépasser le kilomètre par endroits.

Cette découverte apporte une preuve supplémentaire de l’ampleur des glaciations qui ont marqué le Plateau suisse. « Ces fragments sont des témoins à double titre : ils viennent de l’espace, mais leur trajet a été façonné par les mouvements des glaciers », explique un expert cité par Euronews FR. Leur analyse pourrait ainsi contribuer à affiner les modèles climatiques et géologiques de cette période lointaine.

Des recherches toujours en cours, mais semées d’embûches

Malgré l’ampleur des découvertes réalisées, les recherches sur le terrain se poursuivent. Les scientifiques, épaulés par des chasseurs de météorites bénévoles, continuent de scruter les collines du Jura bernois à l’aide de détecteurs de métaux. Cependant, la tâche est ardue : le sol local contient de nombreux objets métalliques sans lien avec des météorites, comme des clous ou des fragments de papier aluminium, ce qui complique le travail des prospecteurs.

Pour éviter les confusions et préserver le patrimoine archéologique, toute prospection doit obtenir une autorisation préalable du service archéologique cantonal. « Chaque fragment compte », rappelle Beda Hofmann. « Même les plus petits peuvent apporter des informations cruciales sur la taille et la trajectoire du météorite d’origine. »

Et maintenant ?

Les prochaines campagnes de recherche, prévues pour l’automne 2026, pourraient permettre de découvrir de nouveaux fragments et d’affiner encore les modèles sur la dispersion des météorites et l’extension des glaciers. Les scientifiques espèrent notamment identifier des pièces provenant de zones encore inexplorées, comme les versants nord du Mont Sujet. Reste à voir si cette météorite, déjà l’une des plus étudiées d’Europe, réserve encore des surprises. Pour l’instant, les chercheurs estiment que le champ de dispersion de Twannberg n’a pas livré tous ses secrets.

Avec plus de 2 200 fragments déjà recensés et des centaines d’autres probablement encore enfouis dans le sol jurassien, la météorite de Twannberg s’impose comme un jalon majeur de l’histoire géologique suisse. Son étude, qui se poursuit depuis plus de quarante ans, rappelle que même les découvertes les plus anciennes peuvent encore révéler des pans insoupçonnés de notre passé.

Pour les scientifiques, la prochaine étape consistera à analyser en détail la composition des nouveaux fragments, notamment ceux retrouvés à haute altitude, afin de préciser leur origine et leur trajet. Quant aux passionnés, ils gardent l’espoir de participer à une nouvelle trouvaille qui, une fois encore, pourrait bouleverser notre compréhension de l’espace et du temps.