La Pologne a reconnu pour la première fois, le 14 mai 2026 à Varsovie, deux mariages homosexuels contractés à l’étranger, mettant fin à une longue période de refus systématique de transcription pour ses ressortissants. Selon Courrier International, cette décision intervient après des années de contentieux judiciaire et une pression accrue de la part des institutions européennes.
Ce qu'il faut retenir
- Deux couples homosexuels polonais ont vu leur union célébrée à l’étranger (Berlin en 2018) reconnue par les autorités polonaises le 14 mai 2026 à Varsovie.
- Cette transcription a été possible après un décret gouvernemental signé à la suite d’une condamnation de la CJUE en novembre 2025 et d’un arrêt de la Cour administrative suprême polonaise en mars 2026.
- Le Premier ministre polonais Donald Tusk a présenté des excuses publiques le 12 mai 2026 aux couples LGBTQI+ « qui se sont sentis rejetés et humiliés » pendant des années.
- La mairie de Wroclaw a également transcrit une union homosexuelle le 15 mai 2026, en l’absence de cadre légal national.
- Le PiS, parti conservateur, dénonce une décision « imposée par l’UE » et s’interroge sur l’application future de règles européennes dans d’autres domaines.
Une reconnaissance historique après des années de blocage
Le 14 mai 2026, la mairie de Varsovie a transcrit les unions de deux couples homosexuels polonais, dont celui de Jakub et Mateusz Trojan, mariés à Berlin en 2018. Comme l’a rappelé l’hebdomadaire Polityka, ces reconnaissances marquent une première dans un pays qui refusait jusqu’alors toute transcription de mariages homosexuels célébrés à l’étranger, malgré une condamnation de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) en novembre 2025. Cette décision judiciaire avait pourtant établi que le refus polonais violait le droit européen.
La transcription de ces unions intervient moins de deux mois après un arrêt de la Cour administrative suprême polonaise, rendu en mars 2026, qui a condamné le refus de l’état civil varsovien. Selon OKO.press, ce revirement s’explique par la pression conjuguée des institutions européennes et des tribunaux nationaux, mais aussi par une volonté politique de marquer une rupture avec l’ère conservatrice du PiS, au pouvoir entre 2015 et 2023.
Un décret gouvernemental pour contourner un veto présidentiel
Le 12 mai 2026, lors du Conseil des ministres, le Premier ministre Donald Tusk a présenté ses excuses publiques à « celles et ceux qui, pendant de nombreuses années, se sont sentis rejetés et humiliés ». Comme l’a rapporté Gazeta Wyborcza, il a exhorté ses ministres de l’Intérieur et du Numérique à finaliser un décret permettant ces transcriptions, évitant ainsi le recours à une loi qui aurait pu être bloquée par le veto du président conservateur Karol Nawrocki. Selon le quotidien libéral, cette décision vise à apaiser les tensions au sein de la coalition gouvernementale, divisée entre une aile progressiste et des partenaires plus conservateurs.
Le ministre de l’Intérieur, Marcin Kierwinski, a confirmé que le décret serait signé « dans les prochains jours », selon OKO.press. Cette procédure administrative permet de contourner un blocage parlementaire, où l’opposition conservatrice aurait pu s’opposer à une loi plus ambitieuse sur le mariage pour tous.
Varsovie et Wroclaw passent à l’action en l’absence de cadre légal
Dès le 15 mai 2026, la mairie de Wroclaw, dans le sud de la Pologne, a annoncé avoir transcrit une autre union homosexuelle, démontrant une volonté des collectivités locales de pallier l’inaction nationale. Selon Infor.pl, cette initiative s’inscrit dans une logique de désobéissance civile, en l’absence de consignes claires du gouvernement central. Les couples concernés bénéficieront désormais des mêmes droits que les couples hétérosexuels mariés en Pologne, notamment en matière de pension de réversion et d’allocations.
Cette reconnaissance administrative ouvre la voie à d’autres transcriptions dans les prochaines semaines, alors que des dizaines de couples attendent une réponse des autorités. Selon OKO.press, « de nombreux couples » ont déjà fait des demandes, espérant un traitement rapide de leur dossier.
Un changement de stratégie politique pour séduire l’électorat progressiste
Comme l’a analysé Onet, cette décision s’inscrit dans une volonté du gouvernement Tusk de séduire l’électorat progressiste, après une période où le Premier ministre tentait de rassurer la droite conservatrice, majoritaire lors de l’élection présidentielle de 2025. Six mois plus tôt, Donald Tusk avait suscité la polémique en déclarant : « Ce n’est pas à l’UE de nous imposer quoi que ce soit en la matière ». Aujourd’hui, alors que la gauche se maintient dans les sondages, cette volte-face semble calculée pour consolider son assise politique.
Pour Gazeta Wyborcza, ces excuses publiques et cette reconnaissance tardive visent à effacer l’image d’un gouvernement hésitant, tiraillé entre ses promesses progressistes et les réalités d’une coalition fragile. La publication souligne que cette décision pourrait aussi servir de levier pour négocier des avancées plus ambitieuses, comme l’adoption d’une loi sur le mariage pour tous.
Les réactions hostiles de l’opposition conservatrice
Le parti Droit et Justice (PiS), qui a dirigé la Pologne entre 2015 et 2023, n’a pas tardé à réagir. Le député Pawel Jablonski s’est interrogé, le 15 mai 2026, sur les conséquences d’une transcription imposée par une cour internationale : « Si une cour internationale ordonne à la Pologne de transcrire un certificat de mariage délivré par un pays appliquant la charia, qui autorise la polygamie, devrions-nous pour autant transcrire un certificat de mariage stipulant qu’un homme peut avoir trois épouses ? » a-t-il déclaré sur Polskie Radio 24.
Cette prise de position illustre les tensions persistantes autour de la question LGBTQI+ en Pologne, où l’opposition conservatrice continue de mobiliser contre ce qu’elle qualifie d’« ingérence européenne ». Pourtant, comme le rappelle Infor.pl, les couples dont les unions ont été transcrites bénéficient désormais des mêmes droits que les couples hétérosexuels, conformément au droit européen.
En attendant, les couples concernés par cette première vague de transcriptions pourront enfin bénéficier d’une reconnaissance officielle de leur union, près de huit ans après leur mariage à l’étranger. Une avancée symbolique, mais qui ouvre la voie à d’autres changements dans une société polonaise encore profondément divisée sur ces questions.
La Pologne refusait systématiquement de transcrire les mariages homosexuels célébrés à l’étranger depuis des années, malgré des condamnations répétées de la CJUE. Ce n’est qu’après un arrêt de la Cour administrative suprême polonaise en mars 2026 et une pression accrue de l’UE que le gouvernement a finalement cédé, optant pour un décret plutôt que pour une loi, afin d’éviter un veto présidentiel.
Les couples concernés bénéficient désormais des mêmes droits que les couples hétérosexuels mariés en Pologne, notamment en matière de pension de réversion, d’allocations familiales et de droits de succession. Cette reconnaissance administrative leur permet aussi de bénéficier d’une protection juridique en cas de séparation ou de décès.