Dans les collines verdoyantes de Cinisi, près de Palerme en Sicile, une rencontre discrète mais symbolique s’est tenue ces derniers jours. Amine Kessaci, militant écologiste marseillais connu pour son engagement contre les mafias, s’est rendu sur place pour échanger avec des activistes locaux luttant contre la criminalité organisée et la dégradation de l’environnement. Selon Reporterre, cette mobilisation transalpine mêle désormais lutte antimafia et défense des écosystèmes, deux combats perçus comme indissociables.

Ce qu'il faut retenir

  • Cinisi, en Sicile, est un territoire où l’emprise historique de la mafia sur l’économie locale a longtemps entravé toute velléité de préservation environnementale.
  • Amine Kessaci, figure du mouvement écologiste français, a noué des liens avec des collectifs italiens qui associent résistance à Cosa Nostra et protection des oliviers et des terres.
  • Les militants siciliens brandissent des banderoles écologistes et antifascistes, tandis que des drapeaux de la paix et de la Palestine ornent leur jardin, symbole d’une lutte multiforme.
  • Leur approche repose sur l’idée que l’exploitation illégale des ressources naturelles – qu’il s’agisse de décharges sauvages ou de détournement de terres agricoles – profite directement aux réseaux mafieux.
  • Cette rencontre s’inscrit dans un contexte où les liens entre crime organisé et dégradation écologique sont de plus en plus documentés en Italie.

Un lieu chargé d’histoire et de symboles

La maison de Cinisi, nichée au cœur d’un verger d’oliviers centenaires, sert de point de ralliement à ces militants. Autour d’elle, des clôtures arborent des messages engagés : « No mafia », « Terre libérée », ou encore des appels à la justice climatique. D’après Reporterre, ce lieu n’est pas anodin. Cinisi fut autrefois le fief de Giuseppe Impastato, militant antimafia assassiné en 1978 par Cosa Nostra pour son opposition au clan des Badalamenti. Son histoire, immortalisée dans le film « I cento passi », en fait un symbole fort pour les générations actuelles de résistants.

C’est dans ce cadre que Amine Kessaci a été accueilli par des membres de Addiopizzo Travel, une association sicilienne qui allie tourisme solidaire et lutte contre l’emprise mafieuse sur l’économie locale. Leur objectif ? Montrer que l’écologie et l’antimafia peuvent se renforcer mutuellement, en proposant des alternatives économiques viables et transparentes.

Des enjeux locaux devenus globaux

Pour les militants siciliens, la protection de l’environnement est indissociable de la lutte contre la mafia. « Quand les clans contrôlent les décharges, les ports ou les terres agricoles, ils étouffent aussi toute velléité de développement durable », explique l’un d’eux à Reporterre. Leurs actions visent ainsi à déconstruire le mythe d’une mafia « inévitable » en prouvant que des modèles économiques alternatifs existent.

Amine Kessaci, qui milite depuis des années contre les incinérateurs illégaux en France et les réseaux de corruption qui les protègent, a salué cette approche. « Nous sommes des frères de douleur, a-t-il déclaré. En France comme en Italie, ce sont les mêmes mécanismes : des élus complices, des permis de construire accordés sans transparence, et des populations sacrifiées au nom du profit. » Son voyage en Sicile s’inscrit dans une volonté de créer des ponts entre les luttes européennes contre les mafias et pour l’écologie.

« En Sicile comme à Marseille, les mafias prospèrent là où l’État est absent. Mais là où il y a des citoyens organisés, il y a de l’espoir. »

Une mobilisation qui dépasse les frontières

Cette rencontre n’est pas un cas isolé. En Italie, des collectifs comme Libera Terra – qui gère des terres confisquées à la mafia pour y cultiver des produits bio – ou Terra Libera en Calabre, montrent que l’agriculture peut être un outil de résistance. En France, Kessaci collabore avec des associations comme Robin des Bois ou Sortir du Nucléaire, qui dénoncent les liens entre lobbies industriels et criminalité organisée.

Pourtant, ces initiatives restent fragiles. À Cinisi, les militants doivent composer avec des pressions constantes, des menaces voilées et un contexte politique parfois hostile. « Les autorités locales ferment les yeux sur les irrégularités, et les subventions aux projets écologiques se font rares », confie un membre d’Addiopizzo Travel. La maison de Giuseppe Impastato, aujourd’hui transformée en centre culturel, reste elle-même sous surveillance policière permanente.

Et maintenant ?

La visite d’Amine Kessaci en Sicile pourrait donner lieu à des collaborations futures, notamment sur des projets transfrontaliers de surveillance citoyenne des décharges illégales. Une rencontre entre militants français et italiens est d’ailleurs prévue à l’automne 2026 à Marseille, pour partager leurs expériences et coordonner leurs actions. Reste à voir si les pouvoirs publics, en France comme en Italie, daigneront enfin prendre au sérieux ces alertes répétées sur les connexions entre crime organisé et destruction de l’environnement.

Une chose est sûre : pour ces militants, le combat ne fait que commencer. « On nous traite de rêveurs, mais regardez autour de vous : les mafias reculent là où les citoyens avancent », rappelle un activiste sicilien. Entre oliviers et banderoles, la résistance continue.

Addiopizzo Travel est une association sicilienne créée en 2009 qui propose des circuits touristiques alternatifs dans la région de Palerme. Son objectif est de soutenir les commerces et producteurs locaux qui refusent de payer le « pizzo » (l’impôt mafieux), tout en luttant contre l’emprise de Cosa Nostra sur l’économie. Elle gère notamment des restaurants, hôtels et fermes bio installés sur des terres confisquées à la mafia.