Selon BFM - Faits Divers, le procès de la loge maçonnique Athanor, accusée d’avoir orchestré des escadrons de la mort, connaît un tournant inattendu. Pierre B., ancien agent de la DGSE, nie désormais avoir voulu assassiner Marie-Hélène Dini, une coach en entreprise présentée à tort comme une espionne israélienne. Ce revirement survient alors que l’audience s’est ouverte devant la cour d’assises spécialisée du palais de justice de Paris, où 22 personnes sont jugées pour des faits allant du meurtre à l’association de malfaiteurs.

L’affaire Athanor, révélée en 2020, a mis au jour un réseau criminel niché au sein de la franc-maçonnerie. Deux membres de la loge, Frédéric V. et Daniel B., sont notamment suspectés d’avoir monté des opérations d’élimination ciblée, dont celle visant Marie-Hélène Dini. Selon l’accusation, Pierre B., alias Dagomar, aurait été chargé de l’assassinat avant de se rétracter in extremis, au moment de son interpellation avec son complice Carl E. à Créteil, devant le domicile de la victime.

Ce qu'il faut retenir

  • 22 personnes sont jugées devant la cour d’assises spécialisée de Paris pour leur implication présumée dans les activités criminelles de la loge Athanor.
  • Pierre B., ex-agent de la DGSE, affirme avoir désengagé l’opération visant Marie-Hélène Dini au moment de son arrestation en juillet 2020.
  • L’accusation dispose de preuves matérielles (arme chargée, équipements de surveillance) suggérant une volonté d’assassinat.
  • Un échange écrit daté du 21 juin 2020, où Pierre B. évoque explicitement un assassinat, semble contredire sa version actuelle.
  • Son complice Carl E., présent lors de l’interpellation, n’aurait eu connaissance que des phases de repérage, selon son avocat.

Une version des faits en totale contradiction avec les éléments matériels

Face à la présidente de la cour d’assises, Pierre B. a longuement détaillé son parcours, passant de la base secrète de la DGSE à Cercottes, dans le Loiret, à l’accusé de tentative d’assassinat. Selon lui, il n’aurait fait que de la surveillance au moment de son arrestation, équipé d’une arme chargée mais sans intention meurtrière. Pourtant, les pièces à conviction retrouvées dans son véhicule racontent une autre histoire : un tracker, des bouchons d’oreilles, un réducteur de bruit artisanal composé de coton et de sachets de compote, ainsi qu’une odeur de poudre persistante.

Interrogé sur ces éléments troublants, Pierre B. a tenté de justifier leur présence. Le réducteur de bruit ? « Ce n’était pas silencieux », a-t-il plaidé. Les bouchons d’oreilles ? Une simple précaution pour ses problèmes d’audition. Quant à l’odeur de poudre, elle serait due à un ménage à la javel effectué la veille. Autant de réponses qui ont laissé la présidente sceptique, d’autant que l’accusé a reconnu avoir dissimulé son arme dans un sac rose, rendant son transport peu discret.

Un échange écrit accablant pour l’accusé

L’audience a basculé lorsque l’une des assesseurs a brandi un message adressé par Pierre B. à un tiers non identifié, daté du 21 juin 2020 – un mois avant son interpellation. « On va être en place, on saute sur la première occasion, dans le pire des cas, on devra la flinguer », pouvait-on y lire. Sous le choc, Pierre B. a tenté de minimiser ce texte, expliquant avoir voulu « se faire mousser » auprès d’un « héros de guerre » qu’il admirait. Une explication qui peine à convaincre, d’autant que la présidente a rappelé que l’accusé avait évoqué à la barre l’utilisation d’une arme automatique, le « Uzi », pour éliminer la victime – une méthode bien éloignée des scénarios initiaux de faux suicide ou d’accident.

Sébastien L., l’homme de main de l’officine Athanor, a immédiatement démenti les propos de Pierre B. « Ce que vient de dire Pierre B. est faux », a-t-il lancé d’un ton ferme. Face à ces contradictions, la présidente a souligné l’incohérence de la version actuelle : « Pourquoi avoir une arme chargée et des équipements de surveillance si vous ne deviez pas passer à l’acte ? » Pierre B. a alors invoqué une « paranoïa » passagère, estimant que Marie-Hélène Dini était protégée par une équipe des services israéliens – une affirmation pour le moins surprenante, compte tenu du profil de la victime.

Carl E., un complice dans l’ombre

Selon les éléments du dossier, Carl E. était présent aux côtés de Pierre B. lors de l’interpellation. Son rôle se limiterait, selon son avocat Romain Ruiz, à des phases de repérage. « Carl E. n’a jamais été au courant de la finalité de cette opération Dini », avait-il précisé en avril dernier. Reste à savoir si Carl E., dont l’interrogatoire est prévu en fin de journée, confirmera ou non la version de son co-accusé. Son témoignage pourrait s’avérer décisif pour démêler le vrai du faux dans cette affaire aux ramifications complexes.

L’affaire Athanor, qui mêle espionnage, franc-maçonnerie et crimes ciblés, soulève des questions bien plus larges que le seul cas de Marie-Hélène Dini. Elle interroge en effet sur la porosité entre certains cercles d’influence et les milieux criminels, ainsi que sur les dérives possibles au sein des services de renseignement. Plusieurs experts soulignent d’ailleurs que cette affaire rappelle d’autres scandales passés, où des agents ont basculé dans l’illégalité sous couvert de missions officielles.

Et maintenant ?

Les prochaines heures de l’audience seront consacrées à l’audition des parties civiles, puis à celle de Carl E. Si ce dernier confirme les déclarations de Pierre B., l’accusation pourrait se retrouver fragilisée. En revanche, en cas de contradiction, la version de l’accusation gagnerait en crédibilité. Le procès, qui s’annonce long, devrait également permettre d’éclairer les liens entre la loge Athanor et d’autres opérations criminelles présumées. Une question reste en suspens : comment des agents aguerris comme Pierre B. et Carl E. ont-ils pu s’engager dans une telle opération, et pourquoi ont-ils finalement tenté de s’en désengager au dernier moment ?

Quoi qu’il en soit, cette affaire illustre les risques de dérives lorsque des structures parallèles – qu’elles soient maçonniques, mafieuses ou issues des services secrets – échappent à tout contrôle institutionnel. Elle rappelle également que les frontières entre légalité et illégalité peuvent parfois s’effriter avec une troublante facilité.

Selon Pierre B., il aurait informé Sébastien L., l’homme de main de l’officine Athanor, qu’il ne souhaitait plus participer à l’assassinat de Marie-Hélène Dini. Il aurait même proposé de réaliser des repérages pour une autre mission, « Homo », mais Sébastien L. aurait persisté en promettant de s’occuper lui-même de l’élimination. Cette version reste à confirmer, notamment face aux preuves matérielles retrouvées lors de l’interpellation.

La loge Athanor est accusée d’avoir servi de couverture à une officine criminelle organisant des assassinats ciblés. Deux de ses membres, Frédéric V. et Daniel B., sont mis en cause pour avoir coordonné des opérations d’élimination, dont celle visant Marie-Hélène Dini. L’enquête a révélé l’existence d’un réseau plus large, impliquant plusieurs dizaines de personnes.