Un projet de loi de décentralisation, examiné ce jeudi 7 mai 2026 par le Conseil d’État, prévoit de placer les équipes régionales de l’Agence de la transition écologique (Ademe) sous la tutelle des préfets. Selon Libération, cette mesure, qui s’inscrit dans un contexte de tensions politiques accrues, est présentée comme une réponse aux pressions exercées par le Rassemblement national et une partie de la droite. La directrice générale d’Oxfam France, Cécile Duflot, dénonce une décision qui, selon elle, « veut tuer l’Agence de la transition écologique » en lui « coupant les jambes ».
Ce qu'il faut retenir
- Un projet de loi de décentralisation, examiné le 7 mai 2026 par le Conseil d’État, prévoit de soumettre les équipes régionales de l’Ademe à la tutelle des préfets.
- Cette mesure est présentée comme une réponse aux pressions du Rassemblement national et de la droite, selon Libération.
- Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, accuse le gouvernement de céder à ces pressions en affaiblissant l’Ademe.
- L’Ademe, acteur clé de la transition écologique, pourrait voir ses missions régionales réduites sous cette nouvelle gouvernance.
Un texte controversé examiné en urgence
Le projet de loi, actuellement entre les mains du Conseil d’État, vise officiellement à renforcer la décentralisation. Cependant, selon Libération, son contenu suscite une vive polémique. Les équipes régionales de l’Ademe, chargées de mettre en œuvre les politiques environnementales locales, seraient désormais placées sous l’autorité des préfets. Une décision qui, pour ses détracteurs, risque de politiser la gestion des enjeux écologiques. « On passe d’une logique d’expertise technique à une logique politique », s’inquiète un membre de l’agence sous couvert d’anonymat.
Le texte intervient dans un contexte où le Rassemblement national, déjà en tête dans plusieurs sondages, multiplie les prises de position contre les institutions perçues comme trop indépendantes. « L’extrême droite veut tuer l’Agence de la transition écologique », estime Cécile Duflot, avant d’ajouter : « Le gouvernement propose de lui couper les jambes ». Sa déclaration, rapportée par Libération, illustre l’ampleur des craintes portées par cette réforme.
L’Ademe, un acteur central dans la transition écologique
Créée en 1990 et renforcée par la loi de transition énergétique de 2015, l’Ademe joue un rôle clé dans l’accompagnement des collectivités locales, des entreprises et des ménages vers une économie plus durable. Ses missions couvrent la lutte contre le gaspillage, la promotion des énergies renouvelables ou encore l’aide à la rénovation thermique. « Sans une agence indépendante, c’est toute la cohérence des politiques publiques qui est menacée », souligne un ancien cadre de l’institution.
Selon des chiffres cités par Libération, l’Ademe emploie plus de 1 200 personnes réparties dans 26 directions régionales. Ses actions, financées en partie par l’État, représentent un budget annuel d’environ 700 millions d’euros. Une tutelle préfectorale pourrait donc, en pratique, modifier la répartition des moyens et des priorités, au risque d’une fragmentation des politiques environnementales.
Des réactions politiques tranchées
Du côté de la majorité présidentielle, on défend une réforme visant à « clarifier les responsabilités » entre l’État et les collectivités. « Il s’agit de mieux articuler les actions locales et nationales », a indiqué un porte-parole du ministère de la Transition écologique, sans davantage de précisions. À l’inverse, les écologistes et une partie de la gauche dénoncent une instrumentalisation politique de l’Ademe. « Cette réforme est un cadeau fait à l’extrême droite », a réagi Yannick Jadot, eurodéputé Europe Écologie Les Verts, dans une déclaration rapportée par Libération.
Les Républicains, de leur côté, adoptent une position plus nuancée. Certains élus locaux de droite, traditionnellement attachés à la décentralisation, s’interrogent sur l’opportunité de cette tutelle. « Pourquoi affaiblir un outil qui fonctionne ? », s’est interrogé un sénateur LR lors d’un débat en commission. Une question qui reste, pour l’instant, sans réponse officielle.
Cette affaire soulève une question plus large : dans quelle mesure les institutions environnementales peuvent-elles échapper aux logiques partisanes sans perdre en efficacité ? Le débat est lancé, et il ne fait que commencer.