Un monde plus juste et respectueux des limites planétaires est possible, à condition d’adopter une sobriété ciblée, de réduire drastiquement la dépendance aux énergies fossiles et de modifier en profondeur les habitudes alimentaires. C’est la conclusion d’un rapport rendu public jeudi par le Laboratoire sur les inégalités mondiales, codirigé par l’économiste Thomas Piketty, selon Le Monde.
Selon les experts, les défis du réchauffement climatique et des inégalités économiques, souvent perçus comme antagonistes, peuvent être relevés simultanément. Leur approche repose sur trois leviers majeurs : une transition énergétique radicale, une modification des modes de consommation et une refonte des politiques fiscales internationales. « Bâtir un monde plus égalitaire tout en respectant les limites planétaires est possible », soulignent-ils dans leur document, publié alors que les négociations climatiques internationales s’intensifient en vue de la COP30 prévue en novembre 2026 au Brésil.
Ce qu'il faut retenir
- Un rapport publié jeudi par le Laboratoire sur les inégalités mondiales, dirigé par Thomas Piketty, propose une feuille de route pour concilier justice sociale et transition écologique.
- Les économistes prônent une sobriété ciblée dans certains secteurs, une réduction drastique des énergies fossiles et un changement des habitudes alimentaires.
- Le document sera présenté dans un contexte de négociations climatiques internationales, avec la COP30 prévue en novembre 2026 au Brésil.
- L’objectif affiché est de démontrer que réduction des inégalités et lutte contre le réchauffement climatique ne sont pas incompatibles.
- Thomas Piketty, codirecteur du laboratoire, insiste sur la nécessité d’une approche intégrée pour éviter les compromis coûteux.
Une stratégie en trois volets pour concilier enjeux sociaux et environnementaux
Dans leur rapport, les économistes détaillent les mesures à mettre en œuvre pour atteindre un équilibre entre justice sociale et préservation de l’environnement. D’abord, ils plaident pour une sobriété ciblée, c’est-à-dire une réduction des gaspillages dans des secteurs spécifiques comme l’industrie lourde ou le transport aérien, sans pour autant imposer des restrictions uniformes. « Il ne s’agit pas de demander aux citoyens de renoncer à tout, mais de repenser nos modèles de production et de consommation », explique l’un des auteurs, cité par Le Monde.
Le second pilier de leur proposition repose sur une décarbonation accélérée de l’économie. Les auteurs appellent à un abandon progressif mais irréversible des énergies fossiles, accompagné d’investissements massifs dans les énergies renouvelables. Selon leurs estimations, cette transition devrait permettre de réduire les émissions mondiales de CO₂ de 45 % d’ici 2035, un objectif aligné sur les accords de Paris. « Sans cette rupture, les inégalités ne feront qu’empirer », a précisé Thomas Piketty lors d’une conférence de presse.
L’alimentation au cœur de la transition
Le troisième axe du rapport concerne les habitudes alimentaires, identifiées comme un levier clé pour réduire à la fois les inégalités et l’empreinte carbone. Les auteurs recommandent une baisse de la consommation de viande, notamment dans les pays occidentaux, où les régimes riches en protéines animales sont à la fois coûteux et très émetteurs de gaz à effet de serre. « Réduire de moitié la consommation de viande dans les pays riches permettrait de libérer des ressources pour lutter contre la faim dans les pays pauvres », indique le document.
Cette proposition s’inscrit dans une logique de justice alimentaire mondiale. Les économistes estiment que les subventions agricoles, souvent favorables aux grandes exploitations industrielles, devraient être réorientées vers des modèles agroécologiques, plus respectueux de l’environnement et générateurs d’emplois locaux. — Autant dire que la bataille pour une alimentation durable ne se gagnera pas uniquement sur le terrain des choix individuels, mais aussi dans l’arène des politiques publiques.
Un rapport publié à un moment charnière pour les négociations climatiques
La publication de ce rapport intervient à quelques mois de la COP30, prévue du 10 au 21 novembre 2026 à Belém, au Brésil. Cet événement sera l’occasion pour les États de réviser leurs engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de coopération internationale. « Ce document arrive à point nommé pour rappeler que la transition écologique ne peut ignorer les questions de justice sociale », a commenté un observateur proche des négociations, interrogé par Le Monde.
Les auteurs du rapport espèrent que leurs propositions influenceront les débats lors de la conférence. Ils plaident pour la création d’un fonds mondial dédié à la décarbonation des économies les plus pauvres, alimenté par une taxe sur les transactions financières et les bénéfices des multinationales. « Sans solidarité financière, les pays du Sud n’auront pas les moyens de sauter l’étape des énergies fossiles », a rappelé Thomas Piketty.
Pour les auteurs du rapport, une chose est certaine : l’inaction n’est plus une option. « Le statu quo nous mènerait droit vers un monde où les inégalités s’aggraveraient, où le climat deviendrait ingérable, et où les conflits pour les ressources se multiplieraient », avertissent-ils. Leur message est clair : l’heure est à l’action coordonnée, entre sobriété assumée et solidarité renforcée.
Les économistes du laboratoire estiment qu’une sobriété généralisée risquerait de pénaliser les ménages les plus modestes, déjà vulnérables aux crises économiques. En ciblant les secteurs les plus polluants et les plus gaspilleurs — comme l’industrie pétrochimique ou l’aviation — ils visent à réduire l’empreinte carbone sans aggraver les inégalités sociales. « L’objectif est de protéger les plus fragiles tout en accélérant la transition », explique un membre de l’équipe.