Mercredi 17 juin, les eurodéputés doivent se prononcer sur le « règlement retour », un texte controversé visant à faciliter les expulsions des migrants en situation irrégulière. Selon Libération, ce projet de loi a révélé une alliance inattendue entre les conservateurs du Parti populaire européen (PPE) et plusieurs formations nationalistes, une coopération orchestrée en grande partie par l’eurodéputé français François-Xavier Bellamy, membre des Républicains (LR).
Ce rapprochement, encore impensable il y a quelques années, marque un tournant dans la stratégie politique des droites européennes. Il intervient dans un contexte où l’immigration reste un sujet hautement clivant, mais où les lignes semblent se déplacer, notamment sous la pression des partis souverainistes. Autant dire que le vote de mercredi s’annonce comme un moment clé pour l’avenir des politiques migratoires au niveau européen.
Ce qu'il faut retenir
- Le règlement retour, qui vise à harmoniser les règles d’expulsion des sans-papiers en Europe, sera soumis au vote des eurodéputés mercredi 17 juin 2026.
- Le texte est soutenu par une alliance entre le PPE, groupe conservateur majoritaire au Parlement européen, et plusieurs partis nationalistes.
- Cette coopération a été en grande partie impulsée par François-Xavier Bellamy (LR), figure montante de la droite française.
- Ce rapprochement marque la fin d’un « cordon sanitaire » traditionnel entre la droite modérée et l’extrême droite sur la question migratoire.
- Le vote s’inscrit dans un débat européen de plus en plus polarisé autour des politiques d’asile et de contrôle des frontières.
Un texte controversé au cœur des tensions politiques
Le « règlement retour » propose de renforcer les mécanismes d’identification et d’expulsion des migrants en situation irrégulière dans l’Union européenne. Il prévoit notamment des délais accélérés pour les procédures de retour, ainsi que des sanctions accrues pour les États membres qui ne respecteraient pas les obligations européennes. D’après Libération, ce texte a cristallisé les divisions entre les groupes politiques, mais a aussi révélé des convergences surprenantes.
Parmi les partis nationalistes qui ont rejoint la coalition, on retrouve le Rassemblement national français, le Parti populaire danois, ou encore Vox en Espagne. Ces formations, traditionnellement ostracisées par les conservateurs, ont trouvé dans ce règlement un terrain d’entente avec le PPE, notamment sur la nécessité de durcir les politiques migratoires.
François-Xavier Bellamy, l’architecte d’un rapprochement inenvisageable
François-Xavier Bellamy, eurodéputé LR et figure intellectuelle de la droite française, a joué un rôle central dans cette alliance. Lors d’une intervention récente au Parlement européen, il a justifié ce rapprochement par la nécessité de « protéger les frontières de l’Europe » et de « préserver notre modèle de société ». « Il ne s’agit pas de faire alliance avec l’extrême droite, mais de défendre une position ferme sur l’immigration », a-t-il déclaré.
Ses propos reflètent une stratégie plus large au sein du PPE, où certains élus estiment que la fermeté migratoire est devenue un impératif politique pour contrer la montée des partis souverainistes. Pour autant, cette alliance ne fait pas l’unanimité, y compris au sein de la droite européenne, où des voix s’élèvent pour dénoncer un « glissement dangereux ».
Les réactions des autres groupes politiques
À l’opposé de cette coalition, les groupes Verts/ALE et S&D (socialistes) ont vivement critiqué ce rapprochement. « C’est une capitulation idéologique qui ouvre la porte à des mesures inacceptables », a dénoncé Yannick Jadot, eurodéputé écologiste. Du côté des libéraux (Renew Europe), la prudence domine, certains craignant que cette alliance ne renforce les discours anti-européens.
Quant à l’extrême droite, représentée par Jordan Bardella (RN) ou Santiago Abascal (Vox), elle se félicite de cette avancée. « Enfin, l’Europe prend conscience de l’urgence migratoire », a réagi Bardella. Cependant, malgré ces convergences, les divisions persistent sur d’autres sujets, comme l’intégration européenne ou la politique économique.
Reste à voir si cette dynamique se confirmera lors des prochaines élections européennes en 2029, ou si elle restera un épiphénomène lié à un texte spécifique.
Cette alliance s’explique par une convergence de vues sur la nécessité de durcir les politiques migratoires. Certains élus du PPE estiment que cette fermeté est devenue incontournable pour contrer la montée des partis souverainistes et préserver l’influence de la droite modérée.
Si le texte est adopté, les États membres devront le transposer en droit national dans un délai de deux ans. Ce processus pourrait donner lieu à des négociations tendues, notamment dans les pays où les gouvernements sont divisés sur la question migratoire.