Depuis plusieurs semaines, Jordi Puig et Montse Alimón, un couple de retraités espagnols installés à Sabadell, en périphérie de Barcelone, dorment dans leur voiture. Cette situation, qui pourrait sembler exceptionnelle, illustre l’ampleur de la crise du logement qui frappe actuellement l’Espagne, une crise qui dépasse largement les frontières nationales. Selon Capital, leur calvaire a débuté lorsque leur propriétaire a légalement récupéré le bien qu’ils louaient depuis plus de dix ans pour y installer son fils.

Ce qu'il faut retenir

  • Jordi Puig et Montse Alimón, un couple de retraités de Sabadell, vit dans sa voiture depuis des semaines faute de pouvoir se reloger à un prix abordable.
  • Leur budget maximal, fixé à 800 euros par mois, ne leur permet pas de trouver un logement adapté sur le marché locatif local.
  • Après avoir tenté sans succès des locations temporaires via Airbnb, le couple a dû se résoudre à cette solution extrême.
  • La municipalité de Sabadell apporte un soutien logistique, avec des repas chauds et un suivi social régulier.

Leur budget, limité à 800 euros par mois, ne leur permet pas de trouver un logement correspondant à leurs besoins. Malgré des recherches intensives, aucun bien locatif accessible ne s’est libéré dans la région. « On pensait pouvoir se reloger facilement avec cette somme, mais les prix ont explosé », a confié Jordi Puig à 20 Minutos, cité par Capital.

Dans un premier temps, le couple a tenté de recourir à des locations de courte durée via Airbnb. Cependant, les tarifs pratiqués dans la zone, souvent bien supérieurs à leur budget, ont rapidement rendu cette solution insoutenable. Face à l’absence d’alternative, Jordi et Montse ont pris une décision difficile : s’installer dans leur véhicule. C’est désormais sur les sièges avant de leur voiture que le couple passe ses nuits, dans l’attente d’une amélioration de leur situation.

Cette précarité n’est pas ignorée des autorités locales. La mairie de Sabadell, sensibilisée à leur détresse, intervient régulièrement pour leur apporter une aide concrète. Les services sociaux de la ville leur fournissent notamment des repas chauds et assurent un suivi régulier de leur situation. « Ils ne sont pas seuls dans cette épreuve », précise un responsable municipal sous couvert d’anonymat.

Au-delà du soutien institutionnel, la solidarité des habitants du quartier s’est également manifestée. Plusieurs riverains se sont organisés pour leur apporter un peu de réconfort, en leur offrant des couvertures, des vêtements ou simplement un peu de compagnie. Ces gestes, bien que modestes, permettent au couple de ne pas sombrer dans l’isolement total.

L’Espagne face à une crise immobilière sans précédent

L’histoire de Jordi Puig et Montse Alimón n’est malheureusement pas un cas isolé en Espagne. Depuis plusieurs années, le pays fait face à une tension croissante sur le marché immobilier, avec des loyers qui flambent dans les grandes villes et leurs périphéries. Barcelone, Madrid ou encore Valence enregistrent des hausses de prix parmi les plus fortes d’Europe, rendant l’accès au logement de plus en plus difficile pour les ménages modestes et les retraités.

Selon les dernières données du ministère espagnol du Logement, les prix des loyers ont augmenté de près de 12 % en moyenne entre 2024 et 2025 dans les zones urbaines. Dans certaines communes de la périphérie barcelonaise, comme Sabadell, la hausse atteint même 15 % sur la même période. Les retraités, dont les pensions n’ont pas suivi l’inflation, sont particulièrement touchés par cette flambée des prix.

Cette situation a poussé de nombreux Espagnols, notamment les plus vulnérables, à adopter des solutions de dernier recours. Les squats, les hébergements précaires ou les logements insalubres sont devenus des réalités pour des milliers de personnes. Dans certains cas, comme celui de Jordi et Montse, c’est l’habitacle d’une voiture qui devient un refuge, faute de mieux.

« On ne souhaite cela à personne. Même si on s’est habitués à dormir dans la voiture, c’est une humiliation constante. On a travaillé toute notre vie, on a cotisé, et voilà à quoi on en est réduits. »
— Jordi Puig, retraité de Sabadell

Cette précarité ne touche pas uniquement les retraités. Des familles avec enfants, des jeunes actifs ou des travailleurs précaires sont également concernés. En 2025, une étude de l’ONG Cáritas estimait que près de 300 000 personnes en Espagne vivaient dans des conditions d’hébergement précaires, contre 200 000 en 2020.

Des pistes pour atténuer la crise, mais des solutions encore insuffisantes

Face à l’urgence, plusieurs mesures ont été mises en place par les autorités espagnoles. Le gouvernement central a adopté en 2025 un plan national pour le logement, incluant des aides financières pour les ménages modestes et des loyers encadrés dans les zones tendues. À Sabadell, la mairie a également lancé un dispositif d’urgence pour les personnes sans-abri, avec la création de places en hébergements d’urgence et des subventions pour les loyers.

Cependant, ces initiatives peinent à suivre l’ampleur de la crise. Les associations dénoncent un manque de moyens et une lenteur dans la mise en œuvre des aides. « Les dispositifs existent, mais ils ne sont pas accessibles à tous. Il y a des listes d’attente interminables pour les logements sociaux, et les critères d’éligibilité sont souvent trop restrictifs », explique Maria Lopez, porte-parole de Cáritas à Barcelone.

Pour Jordi Puig et Montse Alimón, ces mesures arrivent trop tard. Malgré leurs démarches répétées auprès des services sociaux, aucune solution pérenne ne s’est encore présentée. Leur situation reste en suspens, dépendante des disponibilités et des décisions administratives.

Et maintenant ?

Pour l’instant, Jordi Puig et Montse Alimón continuent de vivre au jour le jour, dans l’attente d’une relogement. Les services sociaux de Sabadell ont promis de les accompagner dans leurs recherches, mais aucune date précise n’a été avancée pour une solution définitive. Côté municipal, on indique que « des discussions sont en cours pour leur proposer un logement adapté dans les meilleurs délais ». Reste à voir si ces engagements se concrétiseront avant l’arrivée de l’été, une période où les températures peuvent rendre les nuits en voiture particulièrement éprouvantes.

Cette affaire relance également le débat sur la nécessité de renforcer les dispositifs d’aide au logement en Espagne. Les associations appellent à une réforme plus ambitieuse, incluant notamment un encadrement strict des loyers dans toutes les villes du pays et une augmentation significative du parc de logements sociaux. Pour l’heure, des milliers de personnes, comme Jordi et Montse, restent suspendues à l’espoir d’un toit.

Les critères varient selon les régions et les dispositifs. En général, les aides sont réservées aux ménages dont les revenus ne dépassent pas un certain plafond, souvent calculé en fonction du nombre de personnes à charge. Par exemple, pour le Plan Estatal de Vivienda, le revenu maximum pour une personne seule est fixé à environ 24 000 euros par an en 2026. Les bénéficiaires doivent également justifier d’une situation de précarité ou de vulnérabilité, comme une expulsion locative ou un logement insalubre. Les dossiers sont instruits par les services sociaux locaux, avec des délais d’attente parfois longs.

Oui, plusieurs dispositifs d’urgence existent. Les municipalités disposent souvent de centres d’hébergement temporaires, où les personnes peuvent être logées pour une durée limitée. Certaines associations, comme Cáritas ou la Croix-Rouge espagnole, proposent également des hébergements d’urgence ou des aides alimentaires. Enfin, des réseaux de solidarité citoyenne se mobilisent localement pour offrir un soutien matériel ou moral aux personnes en difficulté. Cependant, ces solutions restent souvent insuffisantes face à l’ampleur des besoins.