Le retour du débat sur les retraites, suspendu par la réforme de 2023 dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2026, s’annonce comme un enjeu majeur de la prochaine élection présidentielle. Selon Capital, le budget alloué aux pensions de retraite s’élève à **370 milliards d’euros** en 2023, soit **13,1 % du PIB** français. Face à ce poids croissant, l’ancien ministre du Logement et député Ensemble pour la République (EPR) d’Eure-et-Loir, **Guillaume Kasbarian**, plaide pour une refonte en profondeur du système, avec une place centrale accordée à la capitalisation.
Ce qu'il faut retenir
- Le budget des retraites en France atteint **370 milliards d’euros** en 2023, soit **13,1 % du PIB**, selon la DREES.
- Guillaume Kasbarian, député EPR d’Eure-et-Loir, défend un système de retraite par capitalisation, critiquant le modèle actuel de répartition.
- Il propose une combinaison avec une « dose de répartition » pour garantir un socle égal pour tous, tout en maximisant la capitalisation individuelle.
- D’autres personnalités politiques, comme Édouard Philippe, Bruno Retailleau ou Gabriel Attal, ont également évoqué l’intérêt de ce système.
- La CFDT a indiqué ne pas avoir de « tabou » sur la capitalisation, déjà partiellement appliquée aux fonctionnaires depuis 2005.
Un système actuel jugé insoutenable
Pour Guillaume Kasbarian, le modèle français de retraite par répartition, où les actifs financent directement les pensions des retraités, présente des limites structurelles. « Pour que le travail paie, la première chose à réformer, c’est les retraites. **30 % des cotisations des travailleurs** va dans les retraites », a-t-il souligné dans un entretien accordé à **CNews**, repris par Capital. Selon lui, ce système, où « les actifs cotisent pour les retraités d’aujourd’hui », ne permet pas de garantir une équité intergénérationnelle durable. « On ne peut pas dire ‘le travail paie’ et avoir un système par répartition où 30 % de ce que les actifs gagnent part au financement d’un modèle social qui est à la dérive », a-t-il déclaré.
Côté dépenses publiques, le poids des retraites dans le budget de l’État reste un sujet de tension. Avec **370 milliards d’euros** dépensés en 2023, ce poste représente un défi pour les finances publiques, d’autant que le vieillissement démographique menace l’équilibre du système. La suspension de la réforme des retraites de 2023, intégrée dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2026, laisse planer le doute sur la pérennité du modèle actuel.
La capitalisation comme solution alternative
Plutôt que d’ajouter une « dose » de capitalisation au système existant, Guillaume Kasbarian prône une refonte radicale. Son projet repose sur un **double pilier** : une base de répartition minimale, garantissant un revenu égal pour tous, et un système de capitalisation individualisé. « Une dose de répartition, un matelas égal pour tout le monde, et à l’inverse, un maxima de capitalisation. Plutôt que de cotiser pour les autres, vous cotisez pour vous-même », a-t-il expliqué. Les actifs pourraient ainsi « prendre une partie de leur argent » pour le placer librement, que ce soit dans des entreprises, l’immobilier ou des obligations d’État.
« Vous faites travailler cet argent-là. Quand vous partez à la retraite, vous vous bénéficiez de votre propre argent, qui est à vous. »
— Guillaume Kasbarian, député EPR d’Eure-et-Loir
Cette approche permettrait, selon lui, de « gagner sa vie grâce au travail » tout en évitant les déséquilibres démographiques. L’objectif affiché est de développer « le système le plus développé possible » pour s’adapter à l’évolution de la population active et passive. Une solution qui, d’après l’ancien ministre, redonnerait du sens au principe selon lequel « le travail doit payer ».
Un consensus politique en gestation ?
Guillaume Kasbarian n’est pas le seul à défendre ce modèle. Plusieurs figures politiques, issues de bords variés, ont récemment exprimé leur intérêt pour la capitalisation. Parmi elles, l’ancien Premier ministre **Édouard Philippe**, cité parmi les favoris pour la prochaine élection présidentielle, a déjà indiqué que le système de capitalisation devait « venir compléter le système de répartition ». Une position partagée par des personnalités comme **Bruno Retailleau**, **Gabriel Attal** ou encore **Gérald Darmanin**, selon Capital.
Côté syndicats, la **CFDT** a également levé le tabou sur la capitalisation. Marylise Léon, sa secrétaire générale, a affirmé que le syndicat n’avait « pas de tabou » sur ce sujet, alors même que certains régimes, comme celui des fonctionnaires, intègrent déjà une part de capitalisation depuis 2005. Le régime additionnel de la fonction publique (RAFP) illustre cette tendance : les cotisations y sont partiellement investies sur les marchés financiers, offrant aux agents une pension complémentaire liée à la performance de leurs placements.
Un débat déjà ancré dans les pratiques
Si la capitalisation reste un sujet clivant en France, son introduction progressive dans certains régimes montre que le débat dépasse désormais le cadre théorique. Le RAFP, créé en 2005, permet aux fonctionnaires d’accumuler des droits à retraite via des placements financiers. D’autres dispositifs, comme l’assurance-vie ou les PER (Plans d’Épargne Retraite), offrent également des alternatives individuelles. Pour leurs partisans, ces outils prouvent que la capitalisation n’est pas une utopie, mais une réalité déjà ancrée dans le paysage français.
Cependant, les opposants au système pointent du doigt les risques inhérents à la volatilité des marchés. Une baisse des cours pourrait, en théorie, fragiliser les pensions des retraités ayant opté pour des placements risqués. Un argument que balaye Guillaume Kasbarian : « Vous faites travailler cet argent-là », insiste-t-il, évoquant la possibilité de diversifier les supports d’investissement pour limiter les aléas.
En attendant, les Français continueront de cotiser massivement pour leurs retraites. Selon les dernières projections, le système par répartition devrait rester dominant à court terme, malgré les appels à une refonte. La question n’est donc plus de savoir si le débat aura lieu, mais bien sous quelle forme il s’imposera.
Dans un système par répartition, les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités actuels. En capitalisation, chaque individu épargne pour sa propre retraite, les cotisations étant investies sur les marchés financiers. Le premier modèle repose sur une solidarité intergénérationnelle, le second sur une logique d’épargne individuelle.
Oui, partiellement. Le régime additionnel de la fonction publique (RAFP), créé en 2005, intègre une part de capitalisation. Certains dispositifs d’épargne retraite, comme les PER ou l’assurance-vie, permettent également aux particuliers de préparer leur retraite via des placements financiers.
