Selon Euronews FR, la division nucléaire du géant britannique Rolls-Royce, Rolls-Royce SMR, vient de remporter un contrat majeur pour la construction de trois petits réacteurs modulaires (SMR) en Suède. Ce projet, sélectionné après un processus de sélection rigoureux lancé en 2022, marque une étape significative pour le nucléaire européen et confirme l’ambition du groupe britannique de s’imposer comme un acteur clé dans ce secteur.

Ce qu'il faut retenir

  • Rolls-Royce SMR a été choisi par Videberg Kraft pour livrer trois petits réacteurs modulaires sur la côte ouest de la Suède, dans la péninsule de Värö.
  • Ce projet, en partenariat avec Vattenfall et Kärnfull Next, est considéré comme l’une des initiatives les plus avancées pour le déploiement des SMR en Europe hors du Royaume-Uni.
  • Le gouvernement britannique qualifie cet accord de « succès à l’exportation » évalué à « plusieurs milliards de livres », tout en soulignant son impact sur l’emploi et les chaînes d’approvisionnement.
  • La valeur exacte du contrat n’a pas été dévoilée, mais il s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la position de Rolls-Royce en Europe.
  • L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que plus de 1 000 SMR pourraient être déployés d’ici 2050, avec un investissement cumulé d’environ 670 milliards de dollars.

Le projet, baptisé Videberg, vise à construire la première nouvelle centrale nucléaire suédoise depuis plus de quarante ans. Selon le communiqué de Rolls-Royce, cette installation sera destinée à alimenter les industries et les ménages du sud du pays. Le choix de Rolls-Royce SMR comme partenaire s’inscrit dans une dynamique européenne visant à diversifier les sources d’énergie bas carbone, alors que l’Union européenne a adopté en mars 2026 une stratégie dédiée aux SMR pour accélérer leur déploiement.

Ce contrat intervient après un autre accord signé en avril 2026 avec le groupe tchèque ČEZ pour le développement du premier SMR de la République tchèque. Rolls-Royce SMR a également conclu un partenariat avec Great British Energy – Nuclear (GBE-N) pour la conception et la fourniture des premiers réacteurs modulaires au Royaume-Uni. Ces initiatives illustrent la volonté du groupe de consolider sa présence sur le continent européen, où la demande en solutions énergétiques décarbonées ne cesse de croître.

Un partenariat stratégique pour la Suède et le Royaume-Uni

Le gouvernement britannique a salué cet accord, le qualifiant d’engagement permettant de « soutenir des milliers d’emplois qualifiés, de renforcer les chaînes d’approvisionnement et d’approfondir le partenariat entre le Royaume-Uni et la Suède ». Dans une déclaration officielle, Londres a également mis en avant l’aspect économique de ce projet, évoquant un « important succès à l’exportation » pour le pays. Côté suédois, l’implication de Vattenfall, acteur historique du secteur énergétique local, et de Kärnfull Next, spécialisé dans le développement nucléaire, renforce la crédibilité du projet.

Le titre Rolls-Royce a d’ailleurs réagi positivement à cette annonce : son action a progressé de 1,8 % à 10 heures CET le jour de la publication de l’accord. Cette réaction reflète l’optimisme des marchés quant aux perspectives de croissance du groupe dans le secteur des SMR, une technologie encore émergente mais considérée comme prometteuse pour la transition énergétique.

« Le choix de Videberg Kraft confirme le statut de Rolls-Royce SMR comme la seule entreprise disposant de plusieurs engagements contractuels pour livrer des unités SMR en Europe. »

— Tufan Erginbilgic, directeur général de Rolls-Royce plc

Les petits réacteurs modulaires, une technologie en plein essor

Les SMR, plus compacts que les centrales nucléaires classiques, produisent généralement entre 20 et 300 mégawatts d’électricité. À la limite haute de cette fourchette, un réacteur peut générer jusqu’à 7,2 millions de kilowattheures par jour, une capacité suffisante pour alimenter des centaines de milliers de foyers. La Commission européenne considère cette technologie comme une solution bas carbone essentielle pour atteindre les objectifs climatiques du bloc, notamment en matière de sécurité énergétique.

Pour accélérer leur adoption, l’UE a adopté en mars 2026 une stratégie dédiée aux SMR. Celle-ci vise à lever les obstacles réglementaires et à harmoniser les cadres nationaux, afin de faciliter leur déploiement à grande échelle. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), plus de 1 000 SMR pourraient être opérationnels d’ici 2050, dans un scénario favorable, pour un investissement total estimé à 670 milliards de dollars (soit environ 577 milliards d’euros).

Cette technologie présente plusieurs avantages : modularité, flexibilité d’installation et coûts réduits par rapport aux centrales traditionnelles. Cependant, son déploiement reste conditionné par des défis techniques, réglementaires et économiques. En Europe, plusieurs pays, dont la Suède, la République tchèque et le Royaume-Uni, ont déjà manifesté leur intérêt pour les SMR, reconnaissant leur potentiel dans la transition vers un mix énergétique décarboné.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à finaliser les accords techniques et financiers entre les parties prenantes, puis à lancer les procédures d’autorisation et de construction. La Suède, qui n’a pas construit de nouvelle centrale nucléaire depuis les années 1980, pourrait ainsi devenir un laboratoire pour le déploiement des SMR en Europe. D’ici 2028, les premières échéances réglementaires sont attendues, tandis que les premières unités pourraient entrer en service au début des années 2030, sous réserve des validations nécessaires.

À plus long terme, ce projet pourrait servir de modèle pour d’autres pays européens souhaitant diversifier leur mix énergétique. Pour Rolls-Royce, il s’agit d’une opportunité majeure de confirmer son leadership dans un marché en pleine expansion, alors que la demande en énergie propre et fiable ne cesse de croître.

Les SMR sont perçus comme une alternative aux centrales nucléaires traditionnelles en raison de leur taille réduite, de leur modularité et de leur capacité à s’adapter à des sites plus petits. Leur déploiement pourrait permettre de répondre à la demande croissante en énergie bas carbone, tout en limitant les coûts et les risques liés aux grands projets nucléaires. Selon la Commission européenne, ils pourraient jouer un rôle clé dans la réalisation des objectifs climatiques du bloc d’ici 2050.