Au Royaume-Uni, la montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA) suscite davantage de craintes que d’optimisme, en particulier sur le front de l’emploi. Selon une enquête publiée ce 20 mai 2026 par Euronews FR, sept Britanniques sur dix s’inquiètent des conséquences économiques liées aux pertes d’emplois engendrées par cette technologie. L’étude, menée par des chercheurs du King’s College London, révèle que plus de la moitié des personnes interrogées anticipent un chômage massif, tandis qu’une sur cinq craint l’émergence de troubles sociaux. « Le public, les travailleurs, les jeunes et les étudiants suivent le développement fulgurant de l’IA avec davantage de crainte que d’enthousiasme », a déclaré Bobby Duffy, coauteur de l’enquête et directeur du Policy Institute du King’s College London. « Ils sont vraiment préoccupés par ce que cela va faire aux emplois, en particulier aux postes d’entrée, et donc par les perspectives offertes à nos jeunes et à l’économie en général. »

Ce qu’il faut retenir

  • Plus de 70 % des Britanniques craignent que l’IA détruise plus d’emplois qu’elle n’en crée, selon une enquête du King’s College London.
  • Près de 50 % des répondants anticipent un chômage massif, et 20 % redoutent des troubles sociaux.
  • Les employeurs se montrent plus optimistes : 70 % y voient des opportunités, et 50 % estiment qu’elle créera autant d’emplois qu’elle en supprimera.
  • 66 % du public réclament un encadrement plus strict des entreprises d’IA, tandis que 53 % demandent des programmes de reconversion.
  • Les étudiants, bien que partagés, sont 43 % à juger l’IA positive pour le Royaume-Uni, contre seulement 28 % du grand public.
  • 30 % des étudiants déclarent vouloir changer de filière d’études en raison de l’essor de l’IA.

Une inquiétude généralisée face à l’impact économique de l’IA

L’enquête, basée sur les réponses de plus de 4 500 personnes – étudiants, jeunes adultes, employeurs et grand public –, dresse un tableau contrasté. Sept répondants sur dix expriment des craintes quant aux pertes d’emplois attribuables à l’IA, tandis que quatre sur dix jugent que cette technologie présente davantage d’inconvénients que d’avantages. Près de la moitié des personnes interrogées affirment même préférer éviter les outils basés sur l’IA. Ces craintes s’inscrivent dans un contexte marqué par l’émergence de mouvements anti-IA, comme le groupe QuitGPT, dont l’appel au boycott de ChatGPT a pris de l’ampleur après la signature, en février 2026, d’un accord entre OpenAI et le ministère américain de la Guerre (DOW). Cet accord accorde à l’armée américaine un accès illimité à l’IA pour des opérations militaires.

Les craintes du public s’opposent à l’optimisme relatif des employeurs. Près de 70 % d’entre eux se déclarent enthousiastes face aux opportunités que l’IA pourrait générer, et 50 % estiment que cette technologie équilibrera création et suppression d’emplois. Interrogés sur son rôle concret, 56 % des employeurs estiment que l’IA sert principalement à assister les travailleurs, tandis que 32 % du grand public pensent qu’elle remplace des salariés.

L’IA déjà responsable de suppressions d’emplois dans certaines entreprises

Malgré cet optimisme affiché, les faits montrent que l’IA commence à transformer le marché du travail. 22 % des répondants reconnaissent que leur entreprise a ralenti ses recrutements ou supprimé des postes en raison de l’adoption de cette technologie. Ce chiffre atteint 29 % dans les grandes organisations. En revanche, les bénéfices économiques générés par l’IA ne profiteraient pas, selon une majorité, aux travailleurs ordinaires : deux tiers des répondants estiment que ces gains reviendront surtout aux investisseurs aisés et aux grandes entreprises. Parmi le grand public, seuls 7 % croient en une répartition équitable des bénéfices.

Face à ce constat, une large majorité du public souhaite une intervention des pouvoirs publics. 66 % réclament un encadrement plus strict des entreprises d’IA, 53 % demandent la mise en place de programmes de reconversion professionnelle, et 53 % se prononcent pour une taxe sur les entreprises remplaçant des travailleurs par l’IA. Malgré ce pessimisme ambiant, 43 % des personnes interrogées affirment qu’elles continueront à utiliser l’IA à l’avenir, contre 26 % qui annoncent y renoncer.

Les jeunes, entre inquiétude et adaptation forcée

L’enquête révèle une inquiétude particulièrement marquée pour les jeunes actifs. Près de 60 % des Britanniques partagent la prédiction formulée en 2025 par Dario Amodei, PDG d’Anthropic, selon laquelle l’IA pourrait supprimer la moitié des emplois de début de carrière dans les secteurs cols blancs en cinq ans. 50 % des parents interrogés craignent que l’IA nuise aux perspectives professionnelles de leurs enfants, mais seulement un tiers de ceux ayant des enfants de moins de 30 ans ont abordé ce sujet avec eux.

Les étudiants, bien que plus partagés, affichent un optimisme relatif : 43 % d’entre eux jugent l’IA positive pour le Royaume-Uni, contre 28 % du grand public. Cependant, cette vision positive ne reflète pas leur inquiétude quant à leur avenir professionnel. 68 % redoutent des pertes d’emplois liées à l’IA à l’issue de leurs études, et 60 % anticipent un marché du travail plus difficile à leur sortie de l’université. Ces craintes poussent même certains à reconsidérer leurs choix académiques : 30 % déclarent qu’ils opteraient aujourd’hui pour une autre filière en raison de la montée en puissance de l’IA. Pourtant, 35 % d’entre eux se disent enthousiastes à l’idée des nouvelles opportunités que cette technologie pourrait offrir.

L’étude met également en lumière des disparités selon le genre. Chez les jeunes répondants, 52 % des étudiants hommes estiment que l’IA est positive pour le Royaume-Uni, contre 38 % des étudiantes. Ce fossé s’explique en partie par les risques accrus d’automatisation pour les femmes : selon un rapport de 2025 de l’Organisation internationale du travail (OIT), elles sont trois fois plus susceptibles que les hommes de perdre leur emploi à cause de l’IA dans les pays à revenu élevé.

Et maintenant ?

Le débat sur l’impact de l’IA au Royaume-Uni s’annonce donc comme un enjeu central pour les mois à venir. Si les employeurs misent sur les opportunités offertes par cette technologie, le grand public réclame des mesures fortes pour protéger les travailleurs et redistribuer les bénéfices économiques. D’ici la fin 2026, les décisions du gouvernement britannique concernant l’encadrement de l’IA et la mise en place de programmes de reconversion seront scrutées de près. Reste à voir si ces mesures parviendront à apaiser les craintes d’une partie de la population, alors que les premières conséquences de l’adoption massive de l’IA commencent déjà à se faire sentir.

Pour conclure, l’enquête du King’s College London révèle un Royaume-Uni profondément divisé face à l’IA. Entre craintes économiques, espoirs technologiques et demandes de régulation, le pays devra trouver un équilibre pour tirer profit de cette révolution sans sacrifier la stabilité de son marché du travail.

L’accord signé en février 2026 entre OpenAI et le département américain de la Guerre (DOW) a été critiqué en raison de son accès illimité à l’IA pour des opérations militaires. Ce partenariat a alimenté les craintes d’une utilisation de l’IA à des fins non éthiques ou contraires aux valeurs de transparence, renforçant ainsi les mouvements anti-IA comme QuitGPT. Il a également soulevé des questions sur l’influence des acteurs privés dans le secteur de la défense, un sujet qui cristallise les inquiétudes quant à l’opacité et à la militarisation de l’intelligence artificielle.