Un drame a frappé l’univers carcéral rwandais ce jeudi 7 mai 2026. Aimable Karasira, figure médiatique critique envers le gouvernement de Kigali, est décédé en prison le jour même de sa libération, selon Le Figaro.
Son avocat, Félicien Gashema, a confirmé à l’AFP avoir vu le militant « la dernière fois lundi alors qu’il se préparait à être libéré ». « J’ai appris sa mort ce matin », a-t-il ajouté, précisant attendre le rapport d’autopsie pour connaître les causes exactes de son décès. L’administration pénitentiaire rwandaise (RCS) a annoncé dans un communiqué que Karasira « est mort à l’hôpital », où il avait été transporté après avoir ingéré une dose excessive de ses médicaments prescrits pour des troubles mentaux. Le porte-parole du RCS, Hillary Sengabo, a expliqué qu’il avait fait une overdose « peu après avoir été libéré, mais alors qu’il se trouvait encore dans les locaux de la prison » et attendait qu’on vienne le chercher.
Ce qu'il faut retenir
- Aimable Karasira, ex-universitaire devenu critique en ligne du pouvoir rwandais, est décédé en prison le 7 mai 2026, jour de sa libération.
- Il a succombé à une overdose médicamenteuse après avoir ingéré une dose supérieure à celle prescrite, selon l’administration pénitentiaire rwandaise (RCS).
- Condamné en septembre 2025 à cinq ans de prison pour incitation à la division, il avait purgé sa peine.
- Son avocat et plusieurs observateurs dénoncent un climat répressif envers les voix dissidentes au Rwanda.
- Plusieurs cas de morts inexpliquées en détention ont déjà été signalés, dont celui du musicien Kizito Mihigo en février 2020.
Un parcours marqué par la critique du pouvoir
Aimable Karasira, ancien enseignant en technologies de l’information à l’Université du Rwanda, s’était fait connaître en lançant en 2011 une chaîne YouTube où il critiquait régulièrement les autorités. Ses vidéos, suivies par des milliers d’internautes, dénonçaient notamment la gestion politique du pays par le Front patriotique rwandais (FPR) du président Paul Kagame. Peu avant son arrestation en mai 2021, il avait publiquement accusé le parti au pouvoir d’« alimenter la haine » et remis en cause certains récits officiels sur le génocide de 1994 contre la minorité tutsi — un sujet particulièrement sensible au Rwanda.
Survivant lui-même du génocide, dont la fin avait permis l’arrivée au pouvoir du FPR, Karasira avait été arrêté fin mai 2021. Après plus de quatre ans de détention, il avait été condamné le 30 septembre 2025 à cinq ans de prison pour « incitation à la division ». Les accusations initiales de « négation du génocide », de « justification du génocide », ainsi que celles d’« enrichissement illicite » et de « blanchiment », avaient finalement été abandonnées.
Les circonstances troubles de sa mort
Selon le communiqué de la RCS, Aimable Karasira a été transporté d’urgence à l’hôpital après avoir « ingéré une dose de médicaments supérieure à celle prescrite par son médecin ». Le porte-parole Hillary Sengabo a précisé que l’overdose s’était produite « peu après avoir été libéré, mais alors qu’il se trouvait encore dans les locaux de la prison » et attendait un moyen de transport. « Puisqu’il rentrait chez lui, nous avons suivi la procédure qui prévoit de lui rendre ses effets, y compris ses médicaments », a-t-il déclaré. C’est dans ce contexte que le militant aurait fait une surdose, avant de s’effondrer dans un « profond sommeil ».
L’administration pénitentiaire a indiqué attendre « le rapport médical sur les causes de la mort » avant de se prononcer définitivement. Pour l’avocat de la famille, Félicien Gashema, la situation appelle à une enquête approfondie. « Je discerne des éléments troublants dans les circonstances de sa mort », a-t-il souligné auprès de l’AFP, sans pour autant formuler d’accusation directe contre les autorités.
Un contexte carcéral déjà marqué par des morts suspectes
La disparition d’Aimable Karasira s’inscrit dans une série de cas troublants de détenus critiques envers le régime qui ont trouvé la mort en prison. Parmi eux figure Kizito Mihigo, musicien de gospel et opposant connu, décédé en février 2020 dans une cellule de la police. Les autorités avaient alors évoqué un suicide, une thèse contestée par ses proches et plusieurs ONG. Plus récemment, en 2021, le rappeur Joshua Tuyishime, alias Jay Polly, était mort après avoir été arrêté lors d’une fête interdite en raison des restrictions liées au Covid-19, où des stupéfiants avaient été saisis.
Ces affaires alimentent les craintes d’un durcissement de la répression contre les dissidents. Depuis la fin du génocide de 1994, le Rwanda, souvent salué pour son redressement économique spectaculaire sous la direction du président Paul Kagame, est régulièrement pointé du doigt par les organisations de défense des droits humains pour son manque de tolérance envers les voix critiques. Plusieurs youtubeurs et journalistes indépendants ont été arrêtés en 2021 pour divers motifs, et certains restent encore incarcérés à ce jour.
Le régime de Paul Kagame, qui célèbre ce jeudi le 32e anniversaire de la fin du génocide, reste sous le feu des critiques pour sa gestion des libertés individuelles. Les autorités rwandaises n’ont pas encore réagi publiquement à l’annonce de la mort de Karasira, mais ce nouveau drame risque de renforcer les tensions autour de la question carcérale et du respect des droits des détenus.
Aimable Karasira avait été condamné le 30 septembre 2025 à cinq ans de prison pour « incitation à la division », un chef d’accusation lié à ses prises de position publiques critiques envers le gouvernement rwandais. Les accusations initiales de négation du génocide et de justification du génocide, ainsi que celles d’enrichissement illicite et de blanchiment, avaient finalement été abandonnées.
Plusieurs organisations de défense des droits humains, ainsi que des gouvernements occidentaux, pourraient exiger une enquête transparente sur les circonstances de la mort de Karasira. Une pression accrue pourrait s’exercer sur Kigali pour clarifier sa politique carcérale et le respect des libertés d’expression.