Selon Euronews FR, la Sagrada Família, chef-d’œuvre inachevé d’Antoni Gaudí, entre dans sa dernière phase de construction après 140 ans de travaux. Grâce à un système modulaire innovant et à 24 tonnes d’adhésif structurel développé par Henkel, les tours centrales de la basilique barcelonaise devraient enfin être dévoilées sans échafaudages cette année.

Ce qu'il faut retenir

  • La Sagrada Família, en construction depuis 1882, atteint cette année ses 172,5 mètres avec la tour de Jésus, devenant ainsi l’édifice religieux le plus haut du monde, devant la cathédrale d’Ulm.
  • Un adhésif structurel de pointe, le Loctite EA 9497, permet d’assembler les 826 panneaux modulaires en un temps record, réduisant de dix fois la durée des travaux.
  • Le pape Léon XIV a officiellement béni la tour de Jésus lors d’une visite le 15 juin 2026, marquant le centenaire de la mort de Gaudí, mortellement renversé par un tramway en 1926.
  • La structure résiste à des contraintes extrêmes : environnement marin, humidité élevée, cycles thermiques et vibrations urbaines transmises par le métro.

Un projet né dans l’esprit visionnaire d’un génie

Conçue par Antoni Gaudí en 1882, la basilique de la Sagrada Família n’a jamais cessé d’évoluer, portée par une succession d’architectes. L’architecte catalan, dont le corps repose dans la crypte du temple, avait pleinement conscience que son œuvre ne serait pas achevée de son vivant. « Mon client n’est pas pressé », avait-il coutume de dire, en référence à Dieu. Pourtant, 144 ans après le début des travaux, le monument emblématique de Barcelone touche enfin à sa fin. Selon Euronews FR, les échafaudages, omniprésents depuis des décennies, devraient disparaître d’ici la fin 2026, offrant une vue dégagée sur l’ensemble de l’édifice.

Cette année marque également le centenaire de la mort tragique de Gaudí, renversé par un tramway le 7 juin 1926 alors qu’il se rendait à sa basilique. Un destin cruel pour celui qui a consacré 43 ans de sa vie à ce projet, financé intégralement par des dons privés, l’État espagnol n’ayant jamais contribué à sa construction.

Une alliance entre mysticisme et innovation technologique

La Sagrada Família n’est pas seulement un édifice religieux ; c’est une « Bible de pierre » gravée dans le marbre et le verre. Les 12 tours représentent les apôtres, tandis que le plan de l’église figure le corps du Christ. Chaque façade illustre un épisode de la vie de Jésus, de la Nativité à la Passion. Gaudí y a intégré des symboles personnels, comme son propre visage sculpté sur la façade de la Passion, ou une représentation de saint Georges terrassant le dragon, légende catalane par excellence.

Le génie de Gaudí a transcendé les siècles : son style naturaliste et gothique a même influencé la culture populaire. Les guides locaux expliquent ainsi que le design des casques des Stormtroopers dans « Star Wars » s’inspire des soldats romains sculptés sur une façade arrière de la basilique. Un clin d’œil artistique qui illustre la portée universelle de l’œuvre.

La technologie au service d’un rêve séculaire

L’achèvement des tours centrales, culminant à 172,5 mètres, représente l’aboutissement d’un défi technique sans précédent. Pour y parvenir, les ingénieurs ont adopté une approche révolutionnaire : la modularisation. Plutôt que d’assembler les pierres une à une en hauteur, les tours ont été conçues comme un puzzle géant de 826 panneaux modulaires, préassemblés en carrière avant d’être transportés sur site. Chaque panneau, composé de plus de 2 100 pièces de pierre, pèse plusieurs tonnes.

Le secret de cette prouesse réside dans l’adhésif structurel Loctite EA 9497, développé par le groupe allemand Henkel. Cet époxy bicomposant, appliqué à l’état liquide, comble les microcavités entre la pierre et l’acier, créant une union quasi indestructible. Après un durcissement thermique de 24 heures, les panneaux sont assemblés avec une précision millimétrée, comme un jeu de construction monumental. Résultat : une accélération spectaculaire des travaux. « Ce qui a été construit en huit ans aurait nécessité entre 50 et 60 ans avec les méthodes traditionnelles », a déclaré Begoña Cantera, responsable du projet.

Une structure conçue pour défier le temps et la ville

Barcelone n’est pas un environnement clément pour un monument aussi imposant. Située à seulement 2,5 kilomètres de la Méditerranée, la basilique subit une atmosphère saline qui corroderait l’acier en quelques décennies. À cela s’ajoutent une humidité relative oscillant entre 65 % et 75 %, des cycles thermiques extrêmes – de 5 °C en hiver à plus de 30 °C en été – et les vibrations permanentes causées par le passage de deux lignes de métro sous ses fondations. Sans compter les risques sismiques et les vents violents qui soufflent sur la région.

Face à ces défis, la résine Henkel joue un rôle crucial. Elle absorbe les micromouvements entre les matériaux, empêchant les fissures de se propager. La structure ainsi assemblée peut supporter des charges équivalant à 100 000 personnes par mètre carré – soit la capacité totale du Camp Nou, stade emblématique du FC Barcelone. « Cette robustesse invisible maintient la croix de la tour de Jésus, haute de 17 mètres, stable et sûre », souligne le rapport technique.

Et maintenant ?

À partir de 2027, le public pourra accéder au belvédère de la tour de Jésus, offrant un panorama inédit sur Barcelone depuis 172,5 mètres de hauteur. À l’intérieur, un agneau de verre conçu par l’artiste italien Andrea Mastrovito filtrera la lumière méditerranéenne, transformant l’espace en une cathédrale de spiritualité. Quant à la fin des travaux, elle est désormais prévue pour 2028, selon les dernières estimations.

Un héritage entre foi, art et science

La Sagrada Família incarne l’alliance improbable entre la tradition et la modernité. Gaudí, dont le procès en béatification est en cours, avait imaginé un « catéchisme de pierre », un édifice où chaque détail raconte une histoire biblique. Son intuition géniale a été confirmée par les méthodes de construction du XXIe siècle, prouvant que l’audace architecturale peut coexister avec la rigueur scientifique.

Pour les Catalans, cette basilique est bien plus qu’un monument : c’est le symbole d’une identité culturelle et religieuse inaltérable. Sa hauteur, désormais supérieure à celle de la cathédrale d’Ulm en Allemagne, en fait aussi le plus haut édifice religieux du monde, un statut qui devrait perdurer pendant des décennies. Comme l’écrivait Gaudí lui-même : « Les formes hélicoïdales sont infinies et montent sans cesse vers le ciel, comme l’éternité et la vie spirituelle des âmes qui contemplent Dieu. »

Plusieurs facteurs expliquent ce délai exceptionnel : le décès précoce de Gaudí en 1926, les deux guerres mondiales, la guerre civile espagnole, puis la pandémie de Covid-19 ont ralenti les travaux. De plus, les méthodes traditionnelles de construction, consistant à assembler les pierres une à une, étaient extrêmement longues. Ce n’est qu’avec l’arrivée des technologies modernes, comme l’adhésif structurel Henkel, que l’achèvement des tours centrales est devenu envisageable.