Le ralentissement de la croissance économique et les discriminations persistantes envers les seniors pèsent sur les entreprises, selon BFM Business. Ces thèmes ont été au cœur du dernier numéro de l’émission « Les Experts », diffusée ce lundi 18 mai et présentée par Raphaël Legendre.
Ce qu'il faut retenir
- Les entreprises subissent une pression accrue en raison d’un ralentissement de la croissance économique.
- Les discriminations envers les seniors ont été pointées du doigt par les intervenants.
- L’émission a réuni Céline Antonin (OFCE), Léonidas Kalogeropoulos (Médiation & Arguments) et Jean-Charles Simon (Propriété et Libertés).
- Le Smic augmentera de 2,4 % le 1er juin 2026, une mesure qui impacte directement le pouvoir d’achat des salariés.
- La question des allègements de charges continue de faire débat entre patronat et gouvernement.
Une croissance économique en berne et ses conséquences sur les salaires
Les entreprises françaises font face à un environnement économique de plus en plus complexe. Le ralentissement de la croissance, couplé à une inflation persistante, limite leur marge de manœuvre pour augmenter les salaires. Céline Antonin, économiste à l’OFCE, a souligné que « les marges des entreprises sont sous tension, ce qui rend les négociations salariales particulièrement difficiles ». Autant dire que les employeurs, déjà fragilisés par une demande atone, hésitent à consentir des hausses de rémunération significatives. Cette situation aggrave les inégalités entre les secteurs, certains secteurs dynamiques comme la tech ou l’énergie pouvant mieux absorber les chocs que d’autres, plus exposés à la concurrence internationale.
Parallèlement, les experts ont rappelé que la hausse du Smic de 2,4 % au 1er juin 2026 — soit une augmentation de 36 euros brut par mois pour un temps plein — intervient dans un contexte où le pouvoir d’achat reste une préoccupation majeure pour les ménages. Cette revalorisation, automatique en vertu de l’inflation passée, devrait mécaniquement peser sur les coûts salariaux des petites et moyennes entreprises, déjà soumises à une pression concurrentielle accrue. « Les entreprises les plus fragiles pourraient être contraintes de reporter leurs embauches ou de comprimer d’autres postes de dépenses », a précisé Antonin.
Discriminations envers les seniors : un frein à l’emploi et à la productivité
Un autre volet de l’émission a été consacré aux discriminations liées à l’âge, un phénomène que Léonidas Kalogeropoulos, PDG de Médiation & Arguments, qualifie de « gaspillage économique ». Les seniors, souvent perçus comme moins adaptables ou plus coûteux, peinent à retrouver un emploi après 55 ans. Pourtant, leur expérience représente un atout pour les entreprises, notamment dans des secteurs en tension comme la santé ou l’artisanat. « On estime que près de 30 % des seniors en recherche d’emploi sont victimes de discriminations à l’embauche », a-t-il indiqué, citant une étude récente de l’INSEE.
Les intervenants ont également pointé du doigt les stéréotypes persistants dans les processus de recrutement. Jean-Charles Simon, président de Propriété et Libertés, a rappelé que « les entreprises qui adoptent des politiques inclusives en matière d’âge enregistrent une meilleure performance globale ». Pourtant, malgré les incitations fiscales, peu d’employeurs s’engagent dans cette voie. Les chiffres sont éloquents : seulement 12 % des entreprises françaises ont mis en place des mesures spécifiques pour favoriser l’emploi des seniors, selon les dernières données de la Dares.
Le débat sur les allègements de charges : un levier controversé
Le thème des allègements de charges patronales a également été abordé, dans un contexte où le gouvernement cherche à réduire le déficit public. Plusieurs économistes ont mis en garde contre un « rabottage » trop brutal, susceptible de fragiliser les entreprises déjà en difficulté. Olivier Redoulès, directeur des études de Rexecode, a rappelé que « ces dispositifs, bien que coûteux pour les finances publiques, jouent un rôle clé dans la compétitivité des PME ». Une suppression ou une réduction trop rapide pourrait, selon lui, « pénaliser les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale, comme l’industrie ou l’agroalimentaire ».
À l’inverse, certains intervenants ont plaidé pour une réorientation des aides vers les entreprises qui investissent dans la formation ou l’innovation. « L’enjeu n’est pas de supprimer les allègements, mais de les conditionner à des critères de performance économique et sociale », a suggéré Ingrid Barrat, économiste spécialiste des finances publiques. Cette approche, déjà expérimentée dans certains pays européens, vise à concilier compétitivité et justice sociale.
L’Europe et la Fed : des signaux à surveiller
Lors de précédents numéros de « Les Experts », les invités ont aussi analysé les annonces de Mario Draghi, qui a appelé à un « nouveau sursaut européen » lors d’un discours récent. Les économistes présents ont souligné l’urgence de relancer l’investissement public et privé au niveau continental, notamment dans les infrastructures et la transition écologique. « Sans un effort coordonné, l’Europe risque de perdre du terrain face aux États-Unis et à la Chine », a averti Laurent Moisson, entrepreneur et cofondateur des FFI.
Côté américain, la passation de pouvoir à la tête de la Fed, prévue dans les prochains jours, suscite également des interrogations. Les marchés attendent des indications sur la politique monétaire future, alors que l’inflation reste supérieure à l’objectif de 2 % fixé par la banque centrale. « La nouvelle équipe dirigeante devra trouver un équilibre entre lutte contre l’inflation et soutien à la croissance », a analysé Redoulès. En Europe, la BCE, sous la direction de Christine Lagarde, pourrait être contrainte de prolonger — ou non — sa politique de taux restrictifs, selon l’évolution des données économiques d’ici l’été.
Pour les seniors, la question de l’emploi pourrait trouver un début de réponse avec les prochaines réformes du marché du travail, évoquées dans le cadre du projet de loi « plein emploi » annoncé par le gouvernement. Reste à voir si les mesures incitatives — comme les bonus à l’embauche de seniors — seront jugées suffisantes par les acteurs économiques.
Cette hausse est automatique et liée à l’inflation enregistrée au cours de l’année écoulée. Le calcul est effectué par l’Insee sur la base de l’indice des prix à la consommation (hors tabac) sur les douze derniers mois. Une revalorisation de 2,4 % correspond à une inflation annuelle d’environ 2 %, ce qui reste dans la fourchette cible de la Banque centrale européenne pour la stabilité des prix.