Le Conseil de l’Union européenne a annoncé lundi 16 juin 2026 l’ajout de trente-quatre personnes et quarante-sept entités à sa liste de sanctions pour manipulation hybride et ingérence en faveur de la Russie. Parmi elles, dix individus et une organisation sont spécifiquement ciblés pour avoir « diffusé de la désinformation visant à justifier, promouvoir ou légitimer la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine », selon Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Conseil de l’UE a sanctionné 34 personnes et 47 entités, dont 10 personnes et 1 entité pour désinformation pro-russe sur la guerre en Ukraine.
  • Les mesures incluent le gel des avoirs et l’interdiction pour les entreprises européennes de financer ces personnes ou entités.
  • Parmi les personnalités sanctionnées figurent l’influenceuse Alexandra Jost, la spécialiste des relations publiques Maria Dudko et l’évêque Georgiy Shevkunov.
  • Les comptes de Jost sur Instagram et YouTube ont été fermés en mars 2025 pour diffusion de désinformation.
  • L’entité sanctionnée, TV-Novosti, chapeaute le média d’État russe Russia Today, déjà sous sanctions européennes.

Des profils variés, un objectif commun : la désinformation

Les personnalités sanctionnées présentent des parcours très différents, mais partagent une même mission aux yeux de Bruxelles : relayer ou orchestrer des campagnes de désinformation en faveur des positions russes sur l’Ukraine. L’influenceuse voyage russo-américaine Alexandra Jost, connue sous le pseudonyme Sasha Meets Russia, illustre cette stratégie. Née à Hong Kong, elle s’est bâtie une audience en mettant en avant la culture et les traditions russes à travers des vlogs et des contenus culturels. Pourtant, selon le Conseil de l’UE, cette vitrine sert en réalité de couverture à une propagande pro-Kremlin bien plus large.

L’institution européenne précise que Jost a « constitué une vaste base d’abonnés sous couvert de contenus culturels », tout en « mettant l’accent sur la propagande pro-guerre et pro-Kremlin concernant l’Ukraine ». Elle est également accusée de soutenir « l’establishment politique du Kremlin ainsi que les forces armées russes ». Avant même l’entrée en vigueur des sanctions, ses comptes sur Instagram et YouTube avaient été fermés en mars 2025 par les plateformes, pour « diffusion de désinformation » et soutien aux « revendications territoriales néocoloniales de la Russie sur l’Ukraine ».

Un discours pro-russe assumé et des réactions controversées

Sur X (ex-Twitter), Alexandra Jost a réagi aux sanctions dans une vidéo publiée le 15 juin. Elle a notamment souligné que l’UE justifiait sa décision en citant un échange avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, où elle aurait affirmé que « la Crimée est russe et que bientôt toute l’Ukraine le serait aussi ». « Où est le mensonge là-dedans ? Quel est le problème ? », a-t-elle lancé à ses abonnés. Elle a également défendu son utilisation du terme « opération militaire spéciale » pour désigner l’invasion russe, refusant le terme d’« invasion » employé par Kiev et ses alliés occidentaux.

Dans un message publié à l’occasion du quatrième anniversaire de la guerre, elle a présenté le conflit comme une lutte entre « le Bien contre le Mal », affirmant que la Russie défendait « la moralité contre la décadence ». Elle a aussi qualifié l’Ukraine de « dictature », un argument qu’elle a développé en comparant le processus électoral russe à celui, bloqué, ukrainien. « Le président de la Russie a été élu, contrairement à l’Ukraine voisine, où les élections sont tout simplement annulées », a-t-elle écrit le 26 mai. Or, l’Ukraine est placée sous loi martiale depuis l’invasion russe de 2022, ce qui empêche toute organisation d’élections selon sa Constitution.

L’UE conteste cependant ces affirmations. Pour Bruxelles, Jost aurait été rémunérée par TV-Novosti, l’entité juridique derrière Russia Today, un média d’État russe déjà sanctionné par l’Union européenne. Malgré la fermeture de ses comptes, elle continue de diffuser ses messages via d’autres plateformes comme Telegram.

Des rôles complémentaires : influenceurs, communicants et religieux

Outre les influenceurs, le Conseil de l’UE a ciblé des acteurs opérant dans l’ombre ou via des canaux institutionnels. Maria Dudko, directrice de l’agence russe de relations publiques Limitless (ou Bezgranichnye), fait partie des personnalités sanctionnées. Son entreprise est accusée d’avoir « géré des influenceurs occidentaux qui reprennent les narratifs du Kremlin et les éléments de langage de la propagande pro-guerre », contribuant ainsi à « déstabiliser l’Ukraine et ses alliés ». Selon l’UE, son agence est financée par la Fondation présidentielle pour les initiatives culturelles, elle-même désormais sous sanctions pour des opérations d’ingérence étrangères.

Un autre profil marquant est celui de Georgiy Shevkunov, plus connu sous le nom de Tikhon Shevkunov. Évêque de l’Église orthodoxe russe et présenté comme le « confesseur personnel » de Vladimir Poutine, il a été sanctionné pour avoir « diffusé systématiquement de la désinformation pro-Kremlin ». Le Conseil de l’UE lui reproche notamment d’avoir « affirmé l’existence d’un ‘nazisme’ en Ukraine » et de « nier la souveraineté ukrainienne », tout en présentant l’invasion russe comme une action « nécessaire, défensive et voulue par Dieu ». Ses activités incluent des sermons, des interventions médiatiques, des projets culturels financés par l’État russe, ainsi que des collectes de fonds au profit des troupes russes en Crimée occupée.

Des sanctions aux conséquences concrètes

Les mesures prises par l’UE ne sont pas symboliques. Concrètement, les avoirs des personnes et entités sanctionnées sont gelés, et il est désormais interdit aux citoyens et entreprises de l’Union européenne de leur fournir des fonds ou des ressources financières. Ces restrictions visent à limiter la capacité des individus ciblés à poursuivre leurs activités de désinformation ou d’ingérence.

Pour Alexandra Jost, dont les comptes sur les principales plateformes occidentales ont déjà été fermés, l’impact pourrait être limité. Cependant, d’autres personnalités ou entités pourraient voir leur audience se réduire ou leur financement se tarir. L’efficacité de ces sanctions dépendra aussi de la capacité des plateformes numériques à identifier et supprimer rapidement les contenus problématiques.

Et maintenant ?

Les nouvelles sanctions de l’UE pourraient s’accompagner d’autres mesures dans les prochains mois, notamment si les activités de désinformation persistent. Bruxelles a indiqué qu’elle continuerait à surveiller les campagnes d’ingérence étrangères et à cibler les acteurs impliqués. Par ailleurs, les plateformes numériques devraient renforcer leurs efforts pour limiter la diffusion de contenus pro-Kremlin, sous peine de sanctions elles-mêmes. Une prochaine évaluation des mesures est prévue d’ici la fin de l’année 2026.

Ces sanctions s’inscrivent dans une stratégie plus large de l’Union européenne pour contrer la désinformation russe. Elles interviennent alors que le conflit en Ukraine entre dans sa cinquième année, avec des enjeux croissants en matière d’influence informationnelle et de stabilité régionale. Reste à voir si ces mesures suffiront à réduire l’impact des campagnes de désinformation pro-russes en Europe.

L’Union européenne n’a pas précisé de prochaines étapes immédiates, mais a indiqué qu’elle continuerait à surveiller les activités de désinformation et à ajuster ses mesures en conséquence. Une réévaluation des sanctions est prévue d’ici la fin de l’année 2026.

L’Ukraine est placée sous loi martiale depuis l’invasion russe de 2022. Selon sa Constitution, les élections ne peuvent pas se tenir tant que cet état d’urgence est en vigueur, afin de garantir la sécurité nationale et la stabilité du pays.