Une séance de sauna après une séance de musculation pourrait-elle affecter la capacité à concevoir un enfant ? Cette question, souvent relayée sur les réseaux sociaux, trouve des éléments de réponse dans une analyse menée par Colin Duncan, spécialiste de la fécondité à l’université d’Édimbourg. Selon Courrier International, les mécanismes de production des spermatozoïdes chez les hommes cisgenres méritent d’être mieux compris pour évaluer les risques réels.
Ce qu'il faut retenir
- La production de spermatozoïdes est optimale à une température inférieure à celle des saunas.
- Une exposition occasionnelle à la chaleur n’a généralement aucun impact mesurable sur la fertilité.
- Une fréquentation quotidienne et prolongée peut réduire le nombre de spermatozoïdes, sans pour autant compromettre systématiquement la fertilité.
- Les hommes souffrant déjà d’une faible concentration en spermatozoïdes sont les plus exposés aux risques.
- Les Finlandais, grands consommateurs de saunas, ne semblent pas présenter de problèmes de stérilité accrus.
Chez l’homme cisgenre, la production de spermatozoïdes, ou gamètes mâles, s’effectue dans les testicules, situés à l’extérieur du corps. Cette localisation n’est pas anodine : « Les testicules sont conçus pour fonctionner de manière optimale à une température inférieure à celle du reste du corps », explique Colin Duncan. Une exposition prolongée à des températures élevées, comme celles rencontrées dans un sauna, peut donc altérer leur efficacité. « Si on les incube dans un sauna, ils perdent en efficacité », précise-t-il.
Pour autant, le chercheur nuance immédiatement ce constat. « Les testicules produisent bien plus de spermatozoïdes que nécessaire pour assurer la fécondité », souligne-t-il. Ainsi, une utilisation occasionnelle du sauna ne devrait pas avoir d’effet notable. « Si vous allez au sauna de temps en temps, cela ne changera absolument rien. » En revanche, une pratique quotidienne et prolongée pourrait entraîner une diminution de la production de spermatozoïdes. « Si vous restez longtemps au sauna tous les jours, vous produirez moins de spermatozoïdes. »
Une baisse de production sans conséquence immédiate sur la fertilité
Même dans le cas d’une réduction du nombre de spermatozoïdes, la plupart des hommes conservent une concentration suffisante pour maintenir une fertilité normale. « La majorité des hommes auront encore beaucoup de spermatozoïdes », indique Colin Duncan. « Ce nombre réduit de gamètes ne devrait pas avoir d’effet sensible sur leur fertilité. » L’exemple des Finlandais illustre ce propos : ce pays, où la pratique du sauna est profondément ancrée dans la culture locale, ne présente pas de taux de stérilité particulièrement élevé. « Ils ne semblent pas avoir de gros problèmes de stérilité. »
Les hommes les plus vulnérables à cette problématique sont ceux qui présentent déjà une faible concentration en spermatozoïdes. « Les hommes pour qui c’est un problème sont ceux qui ont d’ores et déjà une faible concentration de spermatozoïdes, ceux qui ont peut-être déjà consulté leur généraliste pour des problèmes de stérilité », détaille le spécialiste. Pour ces personnes, une réduction supplémentaire de leur production de gamètes pourrait effectivement poser problème.
Des recommandations pragmatiques pour les hommes soucieux de leur fertilité
Face à cette situation, Colin Duncan adopte une approche pragmatique. Plutôt que d’interdire formellement la fréquentation des saunas, il recommande une modération dans la pratique. « Si vous faites quelque chose à l’excès – quelle que soit cette activité –, vous avez sans doute intérêt à lever le pied », conseille-t-il. Cette prudence s’applique à toute activité susceptible d’affecter la santé reproductive, qu’il s’agisse du sauna, de la musculation intensive ou d’autres pratiques similaires.
Le chercheur insiste sur le fait que les mécanismes de production des spermatozoïdes sont complexes et que d’autres facteurs entrent en jeu, comme le stress oxydatif, l’alimentation ou l’exposition à certains produits chimiques. « La chaleur n’est qu’un élément parmi d’autres », rappelle-t-il. Ainsi, une approche globale de la santé reproductive, incluant un suivi médical régulier, reste essentielle pour les hommes souhaitant préserver leur fertilité.
Une question revient souvent : faut-il renoncer au sauna si l’on envisage une grossesse ? La réponse n’est pas aussi tranchée qu’on pourrait le croire. Selon Colin Duncan, « si vous allez au sauna de temps en temps, cela ne changera absolument rien. » En revanche, une pratique excessive ou une faible concentration initiale en spermatozoïdes devrait inciter à la prudence. Pour les hommes soucieux de leur fertilité, le dialogue avec un professionnel de santé reste la meilleure approche pour adapter ses habitudes sans renoncer à des activités appréciées.
Un sauna traditionnel atteint généralement une température comprise entre 70°C et 100°C. Les testicules, eux, fonctionnent de manière optimale à une température d’environ 34°C, soit légèrement inférieure à celle du reste du corps. Cette différence explique pourquoi une exposition prolongée à la chaleur d’un sauna peut perturber leur fonctionnement.
D’après les travaux de Colin Duncan, c’est la fréquence et la durée cumulée de l’exposition qui comptent davantage que le temps passé lors d’une seule séance. Une utilisation quotidienne et prolongée (plusieurs dizaines de minutes par jour) peut réduire la production de spermatozoïdes, tandis qu’une séance occasionnelle de 10 à 20 minutes ne devrait avoir aucun effet notable.