Alors que s’ouvrent aujourd’hui à Monaco les Enhanced Games, une compétition sportive alternant tests antidopage renforcés et disciplines classiques, la délégation française compte un seul représentant : le sprinteur Mouhamadou Fall. Un choix symbolique pour cet athlète de 36 ans, dont le parcours en athlétisme mêle performances remarquées et zones d’ombre liées à la lutte antidopage. Selon Libération, ce spécialiste du 100 mètres incarne à lui seul les contradictions d’un milieu en quête de crédibilité.

Ce qu'il faut retenir

  • Mouhamadou Fall est le seul Français sélectionné pour participer aux Enhanced Games 2026, qui se déroulent à Monaco du 23 au 30 mai.
  • L’athlète a remporté quatre titres de champion de France du 100 mètres entre 2014 et 2023.
  • Il a été suspendu à deux reprises pour des manquements aux règles antidopage : 18 mois en 2019 et 14 mois en 2022.
  • Sa carrière a débuté tardivement, après l’âge de 20 ans, dans un milieu du sprint où il a dû s’imposer malgré des débuts tardifs.
  • Les Enhanced Games se présentent comme une alternative aux Jeux Olympiques, avec des contrôles antidopage stricts mais une organisation encore marginale.

Un parcours de sprinteur marqué par des rebondissements

Né en 1990 à Dakar, au Sénégal, Mouhamadou Fall débarque en France à l’âge de 10 ans. Son intégration dans le milieu du sprint français s’effectue plus tard que la majorité de ses concurrents. Selon les archives de la Fédération Française d’Athlétisme, il ne se révèle qu’à partir de 2014, à 24 ans passés, en remportant son premier titre national sur 100 mètres. Quatre autres sacres suivront, en 2015, 2017, 2018 et 2023, confirmant son statut d’homme fort du sprint tricolore. Pourtant, ses performances en compétition internationale restent en deçà de celles de ses titres nationaux, avec une meilleure performance personnelle de 9,99 secondes au 100 mètres, réalisée en 2018.

Ce contraste entre des succès en France et des résultats moins convaincants à l’international s’accompagne d’un autre paramètre : les suspensions. Comme le rapporte Libération, Fall a été deux fois sanctionné par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) pour des manquements à la réglementation antidopage. Une première suspension de 18 mois en 2019 a été prononcée pour une absence à un contrôle antidopage, suivie d’une seconde, plus courte, de 14 mois en 2022, pour une violation des règles relatives à la localisation des athlètes.

Les Enhanced Games, une compétition en quête de légitimité

Créés en 2024, les Enhanced Games se présentent comme une alternative aux Jeux Olympiques traditionnels. Leur particularité ? Des contrôles antidopage renforcés, avec des analyses sanguines et urinaires plus fréquentes que dans le cadre des compétitions classiques. Organisés à Monaco pour leur troisième édition, ces Jeux réunissent des athlètes dont certains, comme Fall, ont été écartés des grands événements en raison de leur passé antidopage. Le sprinteur français y participe dans l’épreuve du 100 mètres, une discipline où il a déjà brillé en France, mais rarement au plus haut niveau mondial.

Selon les organisateurs, les Enhanced Games visent à « rétablir la confiance dans l’athlétisme ». Pourtant, leur légitimité reste contestée. Plusieurs fédérations internationales, dont World Athletics, refusent de reconnaître cette compétition, la jugeant trop marginale. Fall, lui, y voit une opportunité. Dans une récente interview accordée à Libération, il a déclaré : « Ces Jeux me permettent de concourir dans un environnement où l’accent est mis sur la transparence. Après mes suspensions, c’est important pour moi de montrer que j’ai tourné la page. »

« Après mes suspensions, c’est important pour moi de montrer que j’ai tourné la page. »
— Mouhamadou Fall, à Libération

Un avenir incertain entre reconnaissance et suspicion

Si les Enhanced Games offrent à Fall une scène pour se réhabiliter, son avenir dans l’athlétisme français reste incertain. D’ici à la fin de l’année, la Fédération Française d’Athlétisme devra statuer sur sa participation aux prochaines grandes compétitions, dont les Championnats du Monde 2027. Pour l’heure, aucune décision n’a été annoncée. L’athlète, lui, affiche sa détermination à prouver sa valeur propre, indépendamment de son passé. Lors de la préparation aux Enhanced Games, il a réalisé un temps de 10,02 secondes en mai 2026, un chrono qui le place en tête des sprinteurs français cette saison, mais loin des standards mondiaux.

Côté français, la délégation aux Enhanced Games se limite à Fall, malgré l’appel des organisateurs à des athlètes disqualifiés ou suspendus. Une situation qui interroge sur l’engagement des fédérations traditionnelles. Pourtant, le sprinteur assume son choix : « Je ne suis pas là pour remplacer les Jeux Olympiques. Je suis là pour courir, et montrer que le sport peut être propre. »

Et maintenant ?

Les Enhanced Games de Monaco, qui s’achèveront le 30 mai, pourraient offrir à Fall une tribune pour relancer sa carrière. Si ses résultats y sont convaincants, une réintégration progressive dans les compétitions officielles n’est pas exclue, sous réserve de l’avis de l’AFLD. En revanche, un échec ou un nouveau manquement aux règles antidopage pourrait sceller définitivement son exclusion des grands événements. D’ici là, la balle est dans son camp.

Alors que le débat sur la crédibilité du sport continue de faire rage, la trajectoire de Mouhamadou Fall symbolise les défis auxquels font face les athlètes au passé controversé. Entre rédemption et suspicion, son parcours aux Enhanced Games pourrait bien écrire une nouvelle page — ou confirmer les doutes.

Les Enhanced Games se distinguent par des contrôles antidopage plus stricts, incluant des analyses sanguines et urinaires renforcées, ainsi qu’une organisation indépendante des fédérations sportives traditionnelles comme World Athletics. Leur objectif affiché est de rétablir la confiance dans l’athlétisme, en offrant une plateforme aux athlètes exclus ou suspendus des grands événements pour raisons de dopage.