Une controverse politique et économique agite actuellement le Royaume-Uni autour d’un système qui, selon ses détracteurs, conduirait indirectement les consommateurs britanniques à financer une partie de l’électricité consommée en France. Selon BFM Business, ce débat oppose le gouvernement britannique, les fournisseurs d’énergie et l’opposition conservatrice, mettant en lumière les limites du réseau électrique britannique en pleine transition énergétique.
Ce qu'il faut retenir
- Des consommateurs britanniques financeraient indirectement une partie de l’électricité consommée en France via un système de subventions aux énergies renouvelables.
- Le Royaume-Uni exporte parfois son surplus d’électricité éolienne vers la France en raison de la saturation de son propre réseau, notamment entre le nord et le sud du pays.
- Le système « Contracts for Difference » (CfD), qui garantit un prix minimal aux producteurs d’énergies renouvelables, est au cœur du débat.
- Les opposants accusent le gouvernement Starmer de privilégier le développement des énergies renouvelables au détriment du renforcement du réseau électrique national.
- En 2025, le Royaume-Uni est resté un importateur net d’électricité, avec près de 19,5 TWh provenant de France, selon les chiffres officiels britanniques.
Un système de subventions pointé du doigt
Depuis plusieurs semaines, une polémique enfle au Royaume-Uni autour d’un système qui, selon ses détracteurs, crée une situation paradoxale : des ménages britanniques financeraient indirectement une partie de l’électricité consommée par les ménages français. Cette accusation a pris de l’ampleur après les déclarations d’Octopus Energy devant la Chambre des Lords. Le principal fournisseur d’électricité britannique estime que les dysfonctionnements actuels du marché pourraient coûter jusqu’à 16 milliards de livres sterling entre 2030 et 2050, selon des estimations citées par le Telegraph et rapportées par BFM Business.
Le mécanisme des interconnexions et ses effets pervers
Pour comprendre cette controverse, il faut revenir sur le fonctionnement du réseau éolien britannique. Depuis une dizaine d’années, le Royaume-Uni a massivement investi dans l’éolien offshore, notamment en Écosse. Pour encourager ces investissements, Londres a mis en place un système appelé « Contracts for Difference » (CfD). Ce mécanisme garantit un prix minimal aux producteurs d’électricité renouvelable. Si le prix de marché tombe sous ce seuil, la différence est compensée par un fonds alimenté via les factures d’électricité britanniques. Autrement dit, une partie du développement de l’éolien britannique repose sur un soutien payé par les consommateurs du Royaume-Uni.
Cependant, ce système produit aujourd’hui des effets inattendus. La plupart des grands parcs éoliens britanniques sont situés en Écosse, tandis que les principaux centres de consommation se trouvent dans le sud de l’Angleterre, notamment autour de Londres. Lors des journées très venteuses, les éoliennes écossaises peuvent produire une quantité d’électricité bien supérieure à la demande locale. Pourtant, en raison de la saturation des lignes à haute tension reliant le nord et le sud du pays, une partie de cette énergie ne peut pas être acheminée vers les consommateurs britanniques.
L’électricité éolienne exportée vers la France : un paradoxe économique et politique
C’est dans ce contexte que démarre la controverse. Lorsque le réseau britannique est congestionné, le marché cherche automatiquement la destination la plus rentable pour l’électricité disponible. Les câbles sous-marins reliant le Royaume-Uni à la France, aux Pays-Bas ou à la Belgique permettent alors d’exporter le surplus. Dans certaines situations, l’électricité éolienne écossaise est donc envoyée vers la France parce qu’il est plus facile de l’exporter que de l’acheminer vers le sud de l’Angleterre.
D’un point de vue économique, le système fonctionne normalement. D’un point de vue politique, l’image est explosive. Car pendant qu’une partie de l’électricité éolienne est exportée vers la France, les habitants du sud britannique continuent naturellement à consommer de l’électricité. Comme le réseau ne permet pas toujours d’acheminer suffisamment d’énergie depuis l’Écosse, l’opérateur du système doit parfois faire appel à des centrales à gaz situées plus près des zones de consommation.
Les critiques de l’opposition et les réponses du gouvernement
Devant la Chambre des Lords, Jack Pardoe, responsable des politiques publiques chez Octopus Energy, a résumé le problème en expliquant que « les consommateurs britanniques paient davantage pour exporter l’électricité éolienne écossaise vers la France tout en devant faire fonctionner des centrales à gaz ailleurs au Royaume-Uni pour satisfaire la demande locale ». Pour lui, le problème n’est pas la France, mais le fait que le Royaume-Uni construit des capacités de production renouvelable plus vite qu’il ne renforce son réseau électrique.
Le gouvernement Starmer est alors pointé du doigt pour deux raisons : d’une part, son objectif « énergie propre 2030 » prévoit de davantage développer l’éolien et le solaire que le réseau de transport d’électricité. D’autre part, le Premier ministre prévoit de renforcer la coopération énergétique avec l’Union européenne. Les opposants craignent qu’une intégration plus poussée du marché britannique au marché européen ne multiplie ce type de situations. « Si j’étais au gouvernement et que la priorité était de réduire les factures, alors je donnerais la priorité à la réparation de notre propre toiture », a déclaré Jack Pardoe.
De son côté, Claire Coutinho, ministre de l’Énergie du cabinet fantôme des conservateurs, a critiqué le système en ces termes : « Le problème de notre marché de l’électricité, c’est qu’il protège les développeurs éoliens et non le consommateur. Pourquoi le consommateur devrait-il payer pour de l’énergie produite en Grande-Bretagne qui sera ensuite vendue à profit à la France ? »
Le Royaume-Uni, importateur net d’électricité française
Les partisans du rapprochement avec le marché européen jugent cependant ces critiques exagérées. Ils rappellent un fait souvent oublié dans le débat politique britannique : sur l’ensemble de l’année, le Royaume-Uni importe généralement davantage d’électricité qu’il n’en exporte. Et cette électricité importée provient en grande partie de France. Lorsque le vent est faible au Royaume-Uni, les consommateurs britanniques bénéficient de l’électricité nucléaire française. En 2025, le Royaume-Uni est resté un importateur net d’électricité et a davantage dépendu de l’énergie française qu’il n’a alimenté la France. Selon les chiffres officiels britanniques, près de 19,5 TWh d’électricité importée provenaient de France, faisant de l’Hexagone le premier fournisseur d’électricité du Royaume-Uni.
En attendant, les consommateurs britanniques et français pourraient continuer à observer avec attention les évolutions de ce dossier, dont les répercussions dépassent largement les frontières du Royaume-Uni.
Lorsque le réseau britannique est congestionné entre le nord et le sud du pays, le marché cherche automatiquement la destination la plus rentable pour l’électricité disponible. Les câbles sous-marins reliant le Royaume-Uni à la France permettent alors d’exporter le surplus d’électricité éolienne écossaise, même si cela signifie que les consommateurs britanniques doivent ensuite recourir à des centrales à gaz pour répondre à leur propre demande.