Un tribunal suédois a rendu son verdict mardi 16 juin 2026 dans une affaire de prostitution forcée qui a ébranlé le pays. Un Suédois de 61 ans, ancien membre des Hells Angels, a été condamné à quatre ans et cinq mois de prison par le tribunal du comté d’Angermanland, dans le nord du royaume. Tomas Runsten, dont le nom n’a été révélé que par le quotidien Expressen, a été reconnu coupable de proxénétisme aggravé, d’une tentative de viol, de deux cas de coups et blessures, de six cas de menace, ainsi que d’une infraction mineure en matière de dopage. Il a en revanche été acquitté sur huit chefs d’accusation de viol et trois de tentative de viol à l’encontre de sa victime, sa femme âgée d’une cinquantaine d’années, rapporte Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre ans et cinq mois de prison pour Tomas Runsten, reconnu coupable de proxénétisme aggravé et d’autres chefs d’accusation.
- L’accusé a été poursuivi pour avoir « vendu » sa femme à plus de 120 « clients » depuis 2021, avec plus de 300 rapports sexuels imposés.
- La victime, originaire de Kramfors, s’est échappée en octobre 2025 après des années d’exploitation dans leur maison du nord de la Suède.
- Le tribunal a estimé ne pas avoir pu établir que la participation de la victime aux actes était « non volontaire ».
- L’avocate de la victime a annoncé faire appel, tandis que la ministre suédoise de l’Égalité entre les genres a comparé l’affaire à « l’affaire Pelicot » en France.
- Runsten devra également verser 200 000 couronnes (18 400 euros) de dommages-intérêts à sa victime, qui a engagé une procédure de divorce.
Un réseau de prostitution forcée démantelé dans le nord de la Suède
Selon l’accusation, Tomas Runsten a exploité sa femme, rencontrée en 2021, en la « vendant » à plus de 120 clients. Plus de 300 rapports sexuels lui ont été imposés, jusqu’à ce que la victime ne parvienne à s’échapper en octobre 2025 de leur domicile situé à Kramfors, à plus de 450 kilomètres au nord de Stockholm. Dagens Nyheter précise que des caméras de surveillance ont été retrouvées dans la plupart des pièces de la maison, tandis qu’une chambre et un camping-car garé dans la cour servaient aux relations tarifées. Des accessoires érotiques et de la drogue y ont également été découverts, selon Aftonbladet : Runsten aurait forcé sa femme à consommer des substances pour « tenir le coup ».
Une défense centrée sur le « rôle administratif » de l’accusé
Tomas Runsten a nié la quasi-totalité des faits qui lui étaient reprochés. Dans une déclaration rapportée par Aftonbladet, il a affirmé n’avoir eu qu’un « rôle administratif », affirmant avoir simplement « aidé [sa victime] à accomplir son rêve de mener une vie de prostituée de luxe ». La procureure, quant à elle, avait requis une peine de dix ans de prison à son encontre, estimant qu’il avait régulièrement frappé et menacé sa femme. Le tribunal a finalement retenu une peine bien inférieure, justifiant sa décision par l’impossibilité d’établir que la participation de la victime était « non volontaire ».
« Nous n’avons pas pu établir que la participation de la plaignante aux actes sexuels a été ‘non volontaire’ », a indiqué le tribunal dans un communiqué, comme le rapporte Dagens Nyheter.
Une affaire qui rappelle l’affaire Pelicot et interroge la société suédoise
Sans commenter directement le verdict, la ministre suédoise de l’Égalité entre les genres, Nina Larsson, a réagi dans un communiqué diffusé notamment par Svenska Dagbladet. Elle a souligné que « la Suède connaît désormais sa propre affaire Pelicot », qualifiant ce dossier d’« horrible » et rappelant que « violence des hommes contre les femmes, achat de services sexuels et exploitation » en sont les principaux enseignements. De son côté, l’avocate de la victime, Me Silvia Ingolfsdottir, a annoncé sur le site de la radiotélévision publique SVT que son cliente ferait appel du jugement. « Malheureusement, ce verdict montre que nous avons encore beaucoup à faire pour qu’on prenne mieux en compte les femmes exploitées de la sorte », a-t-elle déclaré.
Des clients complices, mais peu condamnés
Parmi les quelque 120 hommes ayant acheté les services sexuels de la victime auprès de Runsten, seuls quelques-uns ont été poursuivis. Selon les informations disponibles, vingt-huit d’entre eux ont été condamnés, dont deux à des peines de prison. Les autres ont écopé d’amendes ou de sursis. Cette affaire met en lumière l’ampleur du phénomène de la prostitution forcée en Suède, un pays souvent cité en exemple pour sa législation répressive contre l’achat de services sexuels, adoptée en 1999. Pourtant, les cas de proxénétisme et d’exploitation restent fréquents, comme en témoigne ce procès.
Les autorités suédoises ont d’ailleurs renforcé ces dernières années les moyens alloués à la lutte contre ces réseaux, notamment via des unités spécialisées au sein de la police nationale. En 2024, 147 personnes ont été condamnées pour proxénétisme, selon les chiffres du Conseil national suédois pour la prévention de la criminalité (Brå).
Une condamnation civile et la fin d’un calvaire
Outre la peine de prison, Tomas Runsten a été condamné à verser 200 000 couronnes suédoises (18 400 euros) de dommages-intérêts à sa victime. Cette dernière, désormais en procédure de divorce, a pu quitter le domicile conjugal après des années de captivité psychologique et physique. Son avocat a confirmé qu’elle suivait un accompagnement psychologique et juridique pour reconstruire sa vie. « Ce procès était une étape nécessaire pour elle, mais le chemin vers la réparation sera long », a indiqué Me Ingolfsdottir à SVT.
Un contexte social et criminel sous surveillance
Cette affaire survient dans un contexte où la Suède reste en première ligne dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Depuis l’adoption de la loi criminalisant l’achat de services sexuels, le pays a vu émerger des réseaux de prostitution clandestins, souvent liés à des groupes criminels organisés. Les Hells Angels, dont Tomas Runsten a fait partie, sont régulièrement pointés du doigt pour leur implication dans des activités illicites, dont le proxénétisme. En 2023, les autorités suédoises ont démantelé un réseau de prostitution forcée lié à ce club, mettant en lumière les liens entre criminalité organisée et exploitation sexuelle.
Les associations féministes et les défenseurs des droits des femmes appellent depuis des années à un renforcement des mesures de protection pour les victimes, ainsi qu’à une meilleure formation des magistrats et des forces de l’ordre sur ces questions. « Ce verdict montre que la loi seule ne suffit pas. Il faut changer les mentalités », a souligné une militante interrogée par Dagens Nyheter.
Le tribunal du comté d’Angermanland a estimé qu’il n’avait pas pu établir que la participation de la victime aux actes sexuels était « non volontaire ». Les huit chefs d’accusation de viol et les trois de tentative de viol ont donc été abandonnés, malgré les éléments du dossier.