La Société générale et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) figurent, selon Libération, parmi les entreprises et institutions françaises dont les liens avec Palantir Technologies, spécialiste américain des technologies de surveillance de masse, sont aujourd’hui pointés du doigt. Dans une tribune publiée par le quotidien, Yoann Bazin, professeur de stratégie des organisations à l’université Paris-Nanterre, estime que ces collaborations relèvent d’une « faute morale ». Son argument s’appuie sur l’exemple norvégien : la société Storebrand, un géant de la gestion d’actifs, s’est en effet désengagée de ses participations dans Palantir en 2025, invoquant des « risques éthiques et juridiques » liés à l’utilisation des outils de la firme.

Ce qu'il faut retenir

  • Yoann Bazin, professeur à l’université Paris-Nanterre, qualifie de « faute morale » les collaborations des entreprises françaises avec Palantir.
  • La Société générale et la DGSI sont explicitement citées comme exemples de partenaires français de Palantir.
  • En 2025, la société norvégienne Storebrand a abandonné ses investissements dans Palantir, invoquant des « risques éthiques ».
  • Palantir, fondée en 2003, est spécialisée dans les logiciels d’analyse de données massives pour les services de renseignement et les gouvernements.

Dans une tribune relayée par Libération, Yoann Bazin, chercheur en stratégie des organisations, dresse un parallèle entre la décision de Storebrand et la situation en France. Pour lui, les entreprises tricolores qui continuent de travailler avec Palantir « commettraient une faute morale ». Le professeur s’appuie sur les « controverses persistantes » entourant les outils de la firme américaine, accusée de faciliter des pratiques de surveillance intrusive, voire de complicité avec des régimes autoritaires. Ces critiques ne sont pas nouvelles : depuis son entrée en Bourse en 2020, Palantir est régulièrement épinglée pour ses contrats avec des gouvernements étrangers, notamment aux États-Unis et en Europe.

Parmi les partenaires français de Palantir, la Société générale, l’un des principaux groupes bancaires du pays, et la DGSI, service de renseignement intérieur, sont explicitement mentionnés. Pour Bazin, ces collaborations posent un problème de cohérence avec les valeurs défendues par la France en matière de protection des données et de respect des libertés individuelles. « On ne peut pas, d’un côté, vanter l’exemplarité de notre modèle démocratique et, de l’autre, s’appuyer sur des outils conçus pour contourner ces mêmes principes », a-t-il expliqué à Libération.

Palantir, fondée en 2003 par Peter Thiel, cofondateur de PayPal, s’est imposée comme un acteur incontournable dans le domaine de l’analyse prédictive et de la surveillance. Ses logiciels, comme Gotham ou Foundry, sont utilisés par des agences gouvernementales, des armées et des grandes entreprises pour traiter des volumes massifs de données. En Europe, la firme a notamment été critiquée pour ses contrats avec des pays comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, où des associations de défense des droits humains ont dénoncé des risques de « surveillance arbitraire ».

Et maintenant ?

Si l’appel de Yoann Bazin trouve un écho dans certains cercles académiques et militants, la question reste entière du côté des entreprises et institutions concernées. Aucune déclaration officielle n’a pour l’heure été publiée ni par la Société générale ni par la DGSI pour répondre à ces accusations. Une chose est sûre : le débat sur l’éthique des technologies de surveillance devrait s’intensifier dans les mois à venir, notamment avec l’entrée en vigueur en 2026 du règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act), qui encadre strictement l’usage des outils de reconnaissance faciale et de profilage. Les prochaines décisions des actionnaires et des autorités françaises pourraient donc devenir un test pour la crédibilité de leurs engagements en matière de protection des données.

Interrogé par Libération, un porte-parole de la Société générale a simplement rappelé que la banque « respecte scrupuleusement l’ensemble des réglementations en vigueur » sans préciser si un examen des partenariats avec Palantir était envisagé. Côté DGSI, le silence reste de mise. Pour autant, le sujet ne devrait pas s’éteindre : plusieurs députés français, notamment au sein de la commission des Lois, ont déjà appelé à un audit des collaborations entre les services de l’État et les entreprises spécialisées dans la surveillance de masse. Une audition pourrait être organisée d’ici la fin de l’année 2026.

Parmi les logiciels les plus critiqués figurent Gotham et Foundry, utilisés pour l’analyse de données massives. Ces outils sont accusés de faciliter la surveillance de masse, la prédiction policière et le profilage individuel, notamment dans des pays où les droits humains sont menacés.